Risque de pénurie : pourquoi la Ville souffle le froid

Giovanni Sammali

Le président vert du Conseil communal vit avec l’énorme complexité du moment.

A la suppression des illuminations de Noël déjà annoncée, la Ville de La Chaux-de-Fonds a ajouté mardi de nouvelles mesures. Emboitant le pas à d’autres localités, et suivant les recommandations fédérales et cantonales, elle restreindra l’éclairage public du 1er novembre au 30 avril, en le calant sur les transports publics la semaine et les établissements publics les vendredis et samedis. Extinction des vitrines et enseignes lumineuses demandée à partir de 22 h au plus tard.

Une phrase du communiqué diffusé est édifiante : « Le jeu en vaut assurément la chandelle: les conséquences d’éventuelles coupures de courant cet hiver demeurent largement imprévisibles, mais seraient assurément dommageables pour les ménages, les institutions ou encore les entreprises ».

 

Bonjour le contorsionisme…
Inciter les gens à agir pour éviter les conséquences inconnues de quelque chose qui n’arrivera peut-être pas : bonjour le contorsionisme… Au bout du fil, Patrick Herrmann, président du Conseil communal soupire. « Notre texte initial disait « catastrophiques ». Il a été remplacé par « dommageables », pour ne pas plonger tout le monde dans un inquiétude totale », précise le conseiller communal en charge des énergies.

« On essaie de passer un cap difficile, en étant transparent ». Et comme gouverner, c’est prévoir, les Autorités doivent se et nous préparer à un pire qui fait froid dans le dos. « Si la pénurie se confirme début 2023, ça voudra dire plus d’eau, plus de congélateurs et frigos, des entreprises et institutions à l’arrêt… Tellement vaste que ça en devient inimaginable », frissonne Patrick Herrmann.

Que répond-il aux critiques de mesures alibi, frappant la population en la culpabilisant et la privant de la magie des lumières de Noël, alors que le monde industriel dévoreur d’électricité semble épargné ? « Faux. Les entreprises sont tout autant visées » (lire encadré ci-dessous).

Soit. Mais ne plus laisser un spot, un sapin ou un tronçon du Pod illuminés pour les Fêtes, n’est-ce pas trop radical ? « Le choix a été difficile. Surtout qu’on ne peut être sûr d’avoir raison ! Mais si on demande aux gens de réduire, on doit montrer l’exemple. Neuchâtel semple prendre l’option d’illuminations partielles. C’est à nos yeux une mauvaise idée : si la pénurie redoutée arrive, il y aura de quoi en vouloir à ceux qui n’ont pas joué le jeu à fond… »

En regard des disparités qui se font jour, l’élu regrette « extrordinairement » que la Confédération et les Cantons n’aient pas fixé la norme. « C’est la porte ouverte pour s’autoriser des exceptions. Et ruiner les efforts », regrette l’élu, en concédant que « la complexité de la situation est énorme, aussi en terme de relation inter-autorités ».

La Chaux-de-Fonds a pris le parti de jouer le jeu à fond. « Ou presque. On prolonge en effet l’éclairage en fin de semaine, en pensant à la vie nocturne de ces jours-là ».

A titre personnel, le Vert qu’il est rugit face à la panique montante : « Cela fait 15 ans qu’on parle de l’indispensable transition énergétique et des ressources durables comme notre seul avenir. Or, jusqu’ici, une bonne partie du monde politique suisse, au plan national, cantonal et local s’est opposé ou a freiné la mise en œuvre de mesures. C’est une erreur politico-économique majeure ! On savait que le jour où il faudrait payer les énergies à leur juste prix, on finirait dans le mur. Dommage qu’on doive attendre que le mur soit là pour devenir – presque – bons… »

Patrick Herrmann espère ainsi que l’élan vers une consommation d’énergie verte va se consolider. « On voit pousser des panneaux solaires partout. Mais après, attention, si on se remet tous à chauffer au bois, la qualité de l’air va en prendre un coup ».

 

 

Eclairage public : part infime

Quelle part d’électricité grillent les ménages ? Et l’éclairage public ? Les réponses de l’ORCCAN (organe de gestion en cas de catastrophe) confirment que les premiers frappés ne sont pas les plus gloutons. Loin de là. Mais les entreprises ne vont pas… y couper !

Entreprises. Toutes celles consommant plus de 100’000 kWh par an ont été informées : message du Conseil fédéral, courriers des distributeurs d’électricité, rencontres avec les milieux professionnels en coordination avec le canton.

Recommandations ou obligations ? La campagne de recommandations de Berne (OFEN) pour des économies sur base volontaire est en cours. Le canton l’appuie avec ses mesures d’exemplarité et nombre d’informations sur www.ne.ch. Des limitations forcées que Berne imposerait ne sont pas exclues si les économies de chacun-e et de tous les acteurs de la société devaient ne pas suffire. Une consultation sur cette éventualité est attendue.

Poids de l’éclairage d’une ville. En 2020, l’éclairage public total (toutes les communes) a représenté 0.8 % de la consommation totale d’électricité.

Poids des ménages. Ils grillent moins d’un tiers du total cantonal. En 2020, les foyers ont consommé 28.9 % des 1039 GWh de la consommation électrique totale.

Rationnement anti black-out. Mesure de dernier recours très peu probable, qui relèverait de la Confédération. D’autres actions sont possibles pour éviter d’en arriver là, conclut l’ORCCAN. 

Illuminations supprimées : qu’en pensez-vous ?

Des sapins de Noël décorés par des artistes. Et des sapins stylisés dans les vitrines, faits du bois de bancs publics recyclés. Voilà comment seront remplacées les illuminations du centre cette année. La Ville espère que « les citoyens sauront faire vivre la cité avec leur coeur et leur engagement, afin de nous faire passer à nous toutes et tous des moments de bonheur et de convivialité ». Joli défi.

Mais vous, que pensez-vous de la suppression des lumières de Noël ?

Dites-le à info@le-o.ch ! 

Patrick Hermann devant le cube de Noël de la Ville (photo montage/Le Ô)
Patrick Hermann devant le cube de Noël de la Ville (photo montage/Le Ô)

Illuminations supprimées : qu’en pensez-vous ?

Des sapins de Noël décorés par des artistes. Et des sapins stylisés dans les vitrines, faits du bois de bancs publics recyclés. Voilà comment seront remplacées les illuminations du centre cette année. La Ville espère que « les citoyens sauront faire vivre la cité avec leur coeur et leur engagement, afin de nous faire passer à nous toutes et tous des moments de bonheur et de convivialité ». Joli défi.

Mais vous, que pensez-vous de la suppression des lumières de Noël ?

Dites-le à info@le-o.ch ! 

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