Avec la Fondation que préside Jean-Nath Karakash, Pierre-O. Chave a bétonné la pérennité de PX Group.
Relayée sur www le-o.ch, l’annonce de jeudi dernier, c’est Noël avant l’heure pour les 550 collaborateurs qui ont découvert le processus de succession mis en place par Pierre-Olivier Chave, fondateur de la société en 1976. Là où d’autres auraient cherché à maximiser leur profit, lui a choisi de privilégier la pérennité du groupe, de son indépendance et de son ancrage dans les Montagnes neuchâteloises. La solution originale qu’il a conçue est le fruit d’une longue réflexion. Elle passe notamment par la création d’une Fondation PX, qui deviendra à terme l’actionnaire principal du groupe, aux côtés de la famille Chave. Le Ô, qui salue cette décision exemplaire, vient de s’entretenir avec Pierre-Olivier Chave, président de PX Group et Jean-Nathanaël Karakash, président désigné de la future Fondation PX.
– Pourquoi cette solution ?
– P-O Chave : J’ai le privilège d’avoir deux fils qui m’ont rejoint dans l’aventure et qui conduisent le groupe avec succès sur le plan exécutif. L’entreprise se développe bien et mon rôle se limite aux aspects stratégiques. Pour assurer un actionnariat solide et équilibré à long terme, le modèle de la fondation m’a semblé particulièrement adapté puisqu’il permettra de perpétuer les valeurs et l’état d’esprit familial du groupe.
– Qu’est-ce qui change ?
– Comme l’objectif central est d’assurer la continuité, je serais tenté de dire que rien ne doit changer pour l’entreprise et les employés ! Mes fils conserveront la direction exécutive et, en tant qu’actionnaires importants, ils travailleront main dans la main avec la Fondation. De mon côté, j’ai la chance d’être en pleine forme et j’espère pouvoir conserver la présidence du groupe durant les années à venir, satisfait que tout soit organisé pour assurer une transition en douceur après moi.
– Quel rapport avec Jean-Nat Karakash, ex- conseiller d’Etat ?
– Pour m’aider à concevoir la Fondation PX et en prendre la présidence, j’ai choisi un homme d’expérience, conscient de la responsabilité que portera à terme la fondation en tant qu’actionnaire principale du groupe. Je connais Jean-Nat depuis 15 ans et nous avons mené de nombreux projets en partenariat, tels que Neode, Innoparc ou la Maison de l’Absinthe. Durant son parcours politique, il est resté un ingénieur et nous partageons des valeurs communes, notamment notre combat pour que la Suisse conserve ses capacités industrielles. Ensemble nous avons bâti une relation de confiance et j’ai attendu qu’il revienne de son voyage autour du monde en famille pour le piquer avant que d’autres ne le fassent !
« Voilà pourquoi j’ai dit non pour Berne »
Enfant du Val-de-Travers, c’est durant ses études d’ingénierie à l’EPFL que Jean-Nat rejoint le Parti socialiste, en 2000. Elu député au Grand Conseil en 2001, il y siégera jusqu’en 2007, avant de rejoindre le Département de l’économie en tant que conseiller stratégique. En parallèle, il siège au Conseil général, puis à l’exécutif de Fleurier. Après la fusion de Val-de-Travers en 2009, il est élu Conseiller communal professionnel, en charge de l’économie, des finances et de l’intégration sociale. En 2013, il accède au Conseil d’État et prend la tête du Département de l’économie et de l’action sociale. En 2011, après deux législatures, il met fin à son mandat.
– Dans la peau d’un industriel, un nouveau défi ?
– J-N Karakash : Après mon départ du Conseil d’Etat, beaucoup me voyaient poursuivre la voie politique du côté de Berne, mais je ne voulais pas faire de choix précipité. C’est sans savoir ce que je ferais à mon retour que je suis parti pour mon tour du monde en famille. Je ne pensais pas retrouver un défi qui me motiverait autant que le Conseil d’Etat mais c’était sans compter sur la sollicitation de Pierre-Olivier Chave, totalement inattendue et si enthousiasmante, qui m’a convaincue.
– Vous avez donc renoncé à vous mettre en liste pour Berne ?
– Oui effectivement. Durant les vingt dernières années, beaucoup de nos fleurons industriels ont été vendus, faute de solution locale de reprise. Cela a appauvri notre canton et fragilisé les places de travail. Face à cela, le projet de Pierre-Olivier Chave est exemplaire. De plus, j’ai un immense respect, tant pour l’homme que pour ce qu’il a construit et suis très honoré qu’il m’ait sollicité. Pour moi, c’est une chance extraordinaire de continuer à m’engager dans le canton que j’aime, dans un cadre très différent, mais pour les mêmes valeurs !
– La responsabilité vous effraie ?
– Effrayer n’est pas le mot, mais je mesure pleinement la responsabilité que portera la fondation à terme et je fais donc preuve d’humilité devant le défi à relever. Par bonheur, le groupe se porte très bien sous la conduite de la famille Chave et l’objectif premier de la fondation sera d’assurer la continuité. En outre, la fondation disposera de temps pour s’organiser et acquérir un maximum d’expérience avant d’endosser le rôle d’actionnaire principale aux côtés de Philippe et Sylvain, lorsque Pierre-Olivier décidera de se retirer.
Fondation et pérennité
Dans le droit suisse, une fondation est une personne morale qui poursuit un ou plusieurs buts. Elle fait l’objet d’une surveillance de l’Etat qui vérifie que les moyens sont bien attribués aux buts statutaires.
Une référence qui vient à l’esprit est la Fondation Hans Wilsdorf qui détient Rolex depuis 1960. A l’origine, un choix stratégique anime un ou plusieurs actionnaires majoritaires soucieux d’offrir à leur société une solution durable et sereine. Imperméables à la fluctuation des marchés, à l’avidité d’actionnaires peu scrupuleux et aux surprises successorales, les sociétés contrôlées par une fondation, sont mieux protégées.
Toutes proportions gardées, en ce qui concerne la Fondation PX, l’objectif premier sera de contribuer à la pérennité de PX Group. La fondation aura son siège à La Chaux-de-Fonds et pourra détenir des participations dans d’autres sociétés. Le produit des actions solidifiera l’ensemble et permettra par exemple de faire de nouvelles acquisitions stratégiques. En fonction de moyens qu’elle pourra progressivement acquérir, la fondation pourra soutenir des projets utiles pour la région, notamment dans les domaines de la formation et de la culture.