« Le Conseil fédéral a inutilement cédé à la panique et aux pressions internationales »

Olivier Kohler

Député au Grand conseil et actuel co-responsable de la promotion économique de la Ville de La Chaux-de-Fonds, Andreas Jurt porte un regard critique sur la descente aux enfers de Credit Suisse.  

Observateur attentif du monde économique et des turbulences récentes de la finance mondiale, Andreas Jurt avait pressenti les difficultés à venir du géant bancaire suisse en 2017 déjà. Alors qu’il était encore un membre influent de la direction générale de Credit Suisse, il fustige sa gouvernance devant un parterre de trois cents personnes. « Quand on change de stratégie tous les six mois et qu’on doit faire appel à des cabinets externes pour définir une politique, on doit considérer qu’il n’y a plus de pilote dans l’avion ». Une déclaration cinglante qui lui a valu beaucoup marques de sympathie – les cadres jurassiens et valaisans – et pas mal d’inimitié du côté de la Paradeplatz.

Aujourd’hui, alors que le débat enflamme les chambres fédérales et que le rachat du Credit Suisse est devenu une affaire éminemment politique, Andreas Jurt déplore la frilosité et la précipitation avec laquelle ont agi la BNS et le Conseil fédéral. « On aurait pu et on aurait dû sauver cette banque. On a été les otages naïfs des problèmes de la place financière américaine. On aurait dû affronter la tempête, baisser les voiles et laisser passer l’orage. Le Conseil fédéral a inutilement paniqué, cédant aux pressions internationalesL’entité suisse de la banque était rentable et hautement compétente. »

 

« Les dégâts d’images sont considérables pour la Suisse. En particulier au Moyen-Orient où notre place financière a perdu toute sa crédibilité. »

Un immense gâchis aux yeux de ce Bernois d’origine, qui aura officié à tous les niveaux de Credit Suisse pendant vingt-deux ans. « Les banques suisses ont voulu jouer dans la cour des grands, mais ils n’avaient ni la taille, ni la connaissance du marché américain. C’était une immense naïveté de la part de certains dirigeants de la Paradeplatz qui n’ont jamais compris la mentalité des loups de Wall Street et au final ont subi d’énormes pertes. Pas loin de 90 milliards de capitalisation boursière », explique Andreas Jurt. Amoureux inconditionnel de La Chaux-de-Fonds – il y a déposé ses valises en terminant sa carrière de hockeyeur professionnel au HCC –  il obtiendra un doctorat en management aux Etats-Unis dont il loue les vertus de leur fameux « chapter eleven » : « Une loi américaine qui apporte une protection aux entreprises au bord de l’abime financier et permet de sauver une société virtuellement en faillite plutôt que de précipiter sa chute. »

Andreas Jurt fustige la descente aux enfers de ce fleuron et ce pilier de l’économie helvétique : « Cela rappelle à certains égards la disparition de Swissair. Je souhaite maintenant qu’au niveau politique on engage des poursuites pénales contre les dirigeants fautifs pour les mettre face à leurs responsabilités.  Les dégâts d’images sont considérables pour la Suisse. En particulier au Moyen-Orient, où notre place financière a perdu toute sa crédibilité. Tout comme il n’est inacceptable de socialiser une nouvelle fois les pertes et d’avoir permis un rachat à 3 milliards de francs. C’est ridiculement bas. UBS a réalisé l’affaire de sa vie. Au final, on a voulu rassurer les marchés et nos partenaires internationaux. Le statu quo eût été préférable et aurait pu éviter cette immense fiasco politique. »

Andreas Jurt porte un regard critique
sur le CS.
Andreas Jurt porte un regard critique sur le CS.

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