Fritz Courvoisier, le chef militaire et l’un des artisans qui a contribué à chasser les royalistes du Château un certain 1er mars 1848, fait désormais partie des murs de l’un des symboles de la République. Réunis autour de leur aïeul, des descendants ont assisté à une cérémonie qui place leur illustre parent au cœur même de l’histoire de la Révolution.
C’est à la suite d’un article de presse de 2013 (CF Le Temps, 18.05.2013) qu’a germé chez Rémy Gogniat le projet de faire rapatrier certains objets, dont les clefs du Château, à Neuchâtel. Ce symbole de la conquête du Château jusqu’alors conservé à Genève dans la famille, est aujourd’hui visible dans l’ex-salle des avocats, rebaptisée salle Fritz Courvoisier. Exposées avec les épaulettes du grand homme, son buste et la toile d’Auguste Bachelin, ces reliques donnent une dimension symbolique au lieu comme l’a souligné Alain Ribaux en déclarant : « Adjacent à la salle du Conseil d’Etat, ce lieu de passage empreint d’histoire nous rappelle à nous autres serviteurs de l’Etat, combien la démocratie est un bien précieux. »
En marge des festivités de l’indépendance, le gouvernement rend hommage à cette figure emblématique de la République en lui dédiant un espace dans lequel des objets ayant appartenus au révolutionnaire sont exposés. Le trésor du chef de guerre, figure d’une révolution « pacifique » sans effusion de sang, se compose des épaulettes du chef, d’un buste en son honneur et des fameuses clefs.
Porte-parole de la famille, Marc Neuenschwander, rappelle que c’est aux femmes de la branche « Courvoisier-Jeannet » que l’on doit la transmission de ce patrimoine au fil des décennies. Nommé symboliquement « historien de la famille », il souligne que les objets ont été donnés à l’Etat de Neuchâtel avec la meilleure volonté de toute la famille.
Les anecdotes
En 2013, les lecteurs du Temps apprennent que Pierre-Alain Courvoisier garde certains objets dont un tableau de Fritz Courvoisier sous son lit. Une descendante relate qu’avant de suivre la famille à Genève, les objets ont longtemps été conservés dans une maison au-dessus des Brenets, appartenant à Emilie Courvoisier. A l’occasion de la cérémonie, la famille a déclaré qu’elle ferait don de ses archives à l’Etat de Neuchâtel ; un cadeau inestimable pour le patrimoine du canton.
Fritz Courvoisier (1er juin 1799 – 10 décembre 1854)
Issu d’une famille horlogère, il travaille dans l’entreprise familiale avant de créer sa propre marque en 1832. Pour se former il séjourne à Genève, à Couvet, puis à Bâle où il perfectionnera son allemand. Dans le but de faire fructifier ses affaires horlogères, il est souvent à l’étranger, notamment en France, en Italie, au Portugal, et en Russie. A Bastia, il est initié à la franc-maçonnerie dans la loge « Les Amis de la Paix » avant d’intégrer à La Chaux-de-Fonds « L’Amitié », loge rattachée à « La Grande Loge Alpina ».
Militaire, il devient capitaine des carabiniers de La Chaux-de-Fonds et participe en 1847 à la guerre du Sonderbund dans un corps militaire bernois, Neuchâtel s’étant déclaré neutre. Répondant à la sollicitation d’Ami Girard, arrivé du Vallon de St-Imier le 29 février, il prend la tête de la colonne révolutionnaire partie de La Chaux-de-Fonds au matin du 1er mars 1848 pour renverser les royalistes installés au château de Neuchâtel. A 20h, la Collégiale est aux mains des révolutionnaires.
Après l’indépendance, il est élu comme représentant du parti radical au Conseil national. Il siégera de 1851 à 1854 et se battra notamment pour la construction d’une ligne ferroviaire internationale reliant le plateau suisse à la France. Son projet de faire passer le train par Morteau, les Montagnes neuchâteloises et St-Imier sera retenu mais c’est la ligne passant par le Val-de-Travers qui deviendra internationale.