Patrick Herrmann, bilan d’une année de présidence

Anthony Picard

« Comme prof, j’ai coutume de dire que j’ai enseigné le français  et « vendu » l’allemand à mes élèves… »

Avant de devenir membre de l’Exécutif, Patrick Herrmann, le prof de français et d’allemand, s’est distingué dès 2000 par un fort engagement politique chez les Verts. Comme député au Grand Conseil, il s’est notamment engagé pour défendre l’Hôpital de la Ville, la qualité de l’enseignement et pour éveiller les consciences sur la durabilité. De 2003 à 2018, le Chaux-de-fonnier a dirigé le Lycée Blaise-Cendrars.

Autre trait du personnage, celui de l’engagement citoyen ; alors que d’autres ne savent que faire de leur retraite, Patrick Herrmann, qui a célébré ses 65 ans en avril 2021, a choisi de continuer à travailler ! Elu en octobre 2020, le premier citoyen chaux-de-fonnier achèvera son année présidentielle à la fin du mois. Celui qui a déclaré que son premier mandat serait aussi le dernier nous accorde en exclusivité une grande interview au sortir de l’AN 1 post-Covid bien rempli pour l’Exécutif et en particulier pour lui, responsable des ressources humaines, des espaces publics, de l’énergie et de la sécurité. 

Rencontre avec une personnalité aussi écoutée que respectée.

 

– Quel bilan tirez-vous de votre année de président de la 5e Ville romande ?  

– 2e ou 5e, ça peut flatter l’ego mais, en réalité, ce classement ne change rien à la vie de la cité.

En qualité de président, mon bilan repose sur mon plaisir d’être membre d’un Conseil communal dont l’union n’est pas que de façade. Je me rends compte de la chance que nous avons d’être capables de trouver pour la ville et ses citoyens des solutions pragmatiques et d’opérer des choix sans la pression des idéologies et à l’abri des egos. Nous interagissons toujours en équipe, avec rapidité, efficacité et respect mutuel. Dans toute société, vous trouverez des voix discordantes qui brocardent volontiers l’autorité mais cela ne nous empêche pas de sortir sans frilosité les dossiers du placard et de les traiter avec la volonté d’empoigner la réalité à bras le corps. Les projets que d’autres auraient délaissé par crainte de manquer de soutiens nécessaires ne nous effraient guère. 

Tous les projets en cours et les chantiers comme ceux de la rue du Commerce, du Grand-Pont ou de la Patinoire devraient bientôt laisser la place à une ville métamorphosée, moderne et attractive ! Notre but avéré que notre ville retrouve à brève échéance sérénité et confiance en elle est, selon moi, déjà perceptible!

 

– Les Suisses ont voté Oui à la loi climat. Pour les élections fédérales d’automne, les Verts veulent un changement de cap pour le climat, une société plus égalitaire et la biodiversité. Comment intégrez-vous ces idées à votre quotidien ?

– Par des mesures pragmatiques adaptées à notre ville; le Service des espaces publics aura tantôt électrifié une grande partie de son parc de véhicules ou s’est mis à pratiquer le fauchage tardif. Nous avons engagé un architecte paysagiste spécialisé dans les aménagements urbains afin de soigner le développement de la nature en ville. Malgré l’absurdité de devoir conserver l’éclairage public nocturne à proximité des passages cloutés dans les zones à 30 pour protéger les enfants à l’heure où ceux-ci dorment, nous allons essayer de baisser durablement l’éclairage de nuit.

 

– Depuis plusieurs années, et ce n’est pas fini, la Métropole que vous avez décidé d’embellir est jalonnée de chantiers aussi nombreux que perturbants. Un mal nécessaire pour mieux respirer ?

– Notre ville a pris du retard, c’est une réalité et nous faisons face à de nombreux chantiers en simultané. Je suis conscient des perturbations de trafic aux heures de pointe mais c’est le mal nécessaire pour que notre ville soit agréable pour ceux qui y vivront dans 20 ans. Certes, il y a les chantiers voyants et perturbants comme celui du Grand-Pont, mais il y a aussi les micro-chantiers liés à l’installation du réseau de fibres optiques mis gracieusement à disposition par Swisscom ou ceux qui permettent de développer le chauffage à distance qui profitera à 30’000 personnes dans 15 ans.

 

– Un Pod rétréci, un Grand-Pont semi-piétonnier, une piscine en travaux dès août, sans parler des chantiers de la place du Marché, de la H18 et de la patinoire. Sur ce chantier à venir, le HCC qui nous a régalé lors de la dernière saison, ne mérite-t-il pas mieux que son vieil écrin des Mélèzes ?

– L’important pour toute décision qui porte sur un investissement de remplacement comme celui de la patinoire, c’est d’adapter la voilure à la capacité d’investissement. Dans ce dossier, le Conseil général a validé un projet que la Ville peut assumer. En fonction des besoins du club, de partenariats avec des investisseurs, de la présence de mécènes ou de soutiens plus larges, le projet sera adapté pour autant qu’il soit correctement dimensionné. Au niveau du Conseil communal, ces grands projets sont traités lorsqu’ils sont à point et pas avant.

 

– Selon vous, quelles sont les priorités pour que La Chaux-de-Fonds retrouve son lustre d’antan ?

– Le lustre d’antan est un mythe permis par l’histoire. Une ville comme la nôtre a bénéficié d’un outil de production industrielle préservée alors que le reste de l’Europe avait été dévasté par la guerre. Revenir à cette époque ne sera pas possible à vues humaines! En revanche, redevenir une cité prospère fait partie de nos résolutions. En tirant encore mieux parti de nos caractéristiques, une ville à 1000 mètres dispose indéniablement de quelques atouts…

 

– Dans les services, on a eu l’impression qu’une affaire chasse l’autre. Chef de la comm’, chancelier, consultant à la promotion économique qui s’en va… Comment éviter ces feuilletons qui font les choux gras des médias ? 

– Vous oubliez le départ du chef de la sécurité publique et celui de la directrice de la bibliothèque ! Soyons pragmatiques, ces départs successifs semblent nombreux mais reposent sur des situations différentes et si vous en parlez c’est parce qu’ils touchent à des fonctions ou des personnalités symboliques. Pour moi, ils démontrent surtout la capacité de notre Ville à rebondir en engageant de nouvelles personnes. Je souligne aussi que la Ville n’a jamais été prise en faute, ni dans ses décisions ni dans sa manière d’agir et qu’elle a toujours voulu apaiser les situations délicates créées parfois par les médias.

 

– Péréquation cantonale liée aux charges géo-topographiques, Plage des Six Pompes 2024, hausse sempiternelle des coûts d’assurance maladie dans le canton, vous choisissez quel sujet ?

– 100% chaux-de-fonnier, je prends celui de la Plage des Six Pompes. Connue pour sa vaste offre culturelle, presque surdimensionnée pour sa taille, notre ville est le terreau de projets aussi créatifs que novateurs comme l’est l’événement de la Plage. Pour les autorités, héberger le plus grand Festival International des arts de la rue, c’est détenir une carte de visite importante notamment à l’heure de sa mise au-devant de la scène avec son titre à venir de Capitale Culturelle Suisse. Pour nous autres politiciens, c’est bien d’accorder notre soutien à ce type d’événement à cheval entre institutionnel et culture souterraine, notamment en trouvant des solutions pour que l’édition 2024 soit un succès sans la place du Marché qui sera en travaux.

 

– Vert dans une Métropole industrielle, un point noir ?

– Être Vert à La Chaux-de-Fonds c’est autre chose que dans une autre ville industrielle. Ici, nos zones industrielles sont plutôt des jardins. Certes, tout n’est pas parfait, mais je vous assure que la majorité des entreprises se soucient de durabilité comme elles prêtent une attention soutenue à l’aspect de leurs bâtiments et aux alentours afin de présenter la meilleure image à leurs partenaires.

 

– Depuis 18 mois Le Ô est diffusé à l’ensemble des ménages. Le Tourbillon, organe de la Ville soutenu par le contribuable est distribué 11x par an. À l’heure de promouvoir la durabilité, pourquoi ne pas distribuer en même temps ?

– Le Conseil communal a été rendu attentif à cette question pour laquelle il a mandaté la Commission de la communication et une décision devrait tomber incessamment (ndlr : la commission s’est réunie en février 2023). Alors que Le Tourbillon est un organe officiel qui sert à promouvoir la Ville, Le Ô répond à une initiative privée où la liberté des propos est garantie. Dans les discussions informelles avec mes collègues, nous avons penché jusqu’ici pour une différenciation des titres afin d’éviter aux lecteurs une confusion entre médias et pour ne pas avoir à contrôler les contenus du Ô pour les rendre compatibles avec ceux du Tourbillon et vice versa.

 

 

Questions express

– Le changement climatique va-t-il impacter La Chaux-de-Fonds ?

– Bien entendu, mais la ville en souffrira vraisemblablement moins que les villes de plaine. Ceci dit, les difficultés avérées amènent souvent l’être humain à se sublimer et je pense qu’elles le rendront progressivement plus performant à agir vite et bien.

 

– Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous?

– Ça me paraît une évidence de créer davantage d’harmonie. J’aime cet état rare qui permet le bien-être de l’humain et de son environnement.

 

– Y-a-t-il une personnalité avec laquelle vous partiriez en vacances ?

– Non, un inconnu ou une inconnue m’irait tout aussi bien.

 

– Votre dernier coup de foudre ?

Le dernier livre que j’ai lu de l’Espagnol Arturo Pérez-Reverte.

 

– Quelle est la personne qui vous a le plus influencé dans votre vie ? 

– Mon épouse Anne, qui m’a toujours soutenu et conseillé ; sans elle, vous ne seriez pas là à me poser vos questions.

 

– Avez-vous un péché mignon ?

– La glace au chocolat.

 

– Quel autre métier auriez-vous rêvé d’exercer ?

– J’ai exploré une partie intéressante des filières dans la fonction publique; j’aurais volontiers essayé d’exercer dans le privé, comme entrepreneur ou dans les RH.

 

– Votre plat préféré ?

– Il y tellement de choses que j’aime… allons-y pour ma madeleine de Proust et les tranches pannées que ma maman cuisinait.

 

– Les araignées, la mort, qu’est-ce qui vous fait peur ?

– A mon âge, bien avant les araignées, il y la maladie et ce qu’il y a au bout….

 

– En quelques phrases, décrivez-nous Patrick Herrmann?

– J’ai presque toujours éprouvé un sentiment d’imposture quand j’ai exercé des fonctions que je pensais inaccessibles pour un gars issu d’une famille comme la mienne; j’ai le sentiment d’ avoir été poussé au fond par la frustration d’une mère empêchée de réaliser sa vie à son époque parce qu’elle était femme.

Le Vert Patrick Herrmann devant un parterre fleuri, qui symbolise l'embellissement de la Métropole. (Photo : ap)
Le Vert Patrick Herrmann devant un parterre fleuri, qui symbolise l'embellissement de la Métropole. (Photo : ap)

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