Le Musée des Beaux-Arts du Locle consacre ses espaces aux femmes qui lisent, favorisant aussi les femmes artistes. Un dialogue surprenant et ludique – les arts et les mots – autour d’artistes contemporaines.
Exposition conceptuelle par excellence, « L* Plaisir du texte » – titre inspiré du livre éponyme de Roland Barthes – explore notre rapport aux mots et, en l’occurrence, aux images. Au Locle, celles-ci sont aussi évocatrices que le flux continu de celles qui nous inondent à chaque seconde de la vie quotidienne. Et ici, elles sont scrupuleusement choisies en fonction du thème, le plaisir de lire. Où le visiteur découvre que les femmes lisent de longue date, au-delà du patriarcat qui voulait les maintenir dans l’ignorance. En témoignent les innombrables peintures du Musée présentées, telles « La Jeune femme lisant » d’Albert Anker, ou « La Nuit » de Georges-Henri Dessoulavy (1944). . Parmi les artistes invités, Sara Knelman (Toronto) présente une partie de sa collection, ses « Lady Readers », des photos de femmes en train de lire, comme échappées de vieux albums de famille.
Bibliothèque imaginaire et ponctuation
Nouvelle conservatrice depuis 2022, Federica Chiocchetti explore les fonds du MBAL, tout en permettant à des artistes plus contemporains de montrer leurs liens aux mots. Ainsi Jo Spence, photographe britannique (1934-1992) se met en scène dans le rôle d’une ouvrière qui lit, en se marrant, un ouvrage de Freud.
Si la lecture s’impose, l’écriture elle aussi est au programme : ici un dessin de Pierre Bonnard représentant une femme qui écrit; là, les livres bonsaï d’Elisabeth Lebon, historienne de l’art, qui crée de curieux petits livres à consulter avec délicatesse.
L’espace urbain se déploie à travers les grandes oeuvres de l’Italien Luca Massaro, slogans, signes, un terme ici et là, beaucoup de couleurs où les mots explosent, retenant l’attention.
A ne rater sous aucun prétexte, « La Bibliothèque imaginaire » des Zurichois Lutz et Guggisberg, clin d’oeil comique, puisqu’ici les livres aux titres suggestifs sont… en bois.
Qui dit lecture dit ponctuation. Elle est présente, à travers un gigantesque point d’exclamation en fourrure synthétique – si douce –, ouvrage de Luca Massaro, caché au bas d’un escalier. Des astérisques rappellent le titre de l’expo emprunté à Roland Barthes, et d’une salle à l’autre, le Vaudois Philippe Decrausaz semble diriger le visiteur avec des parenthèses rouges qui accrochent le regard.
Une salle est dédiée aux enfants, « décorée » par la photographe américaine Anne Turyn qui a baladé son objectif parmi les élèves d’une classe. Les petites personnes sont d’ailleurs invitées à participer à la fête des mots.
Mary Shelley et son Frankenstein sont de la partie, sous la houlette des photos de l’Anglaise Chloe Dewe Mathews, inspirée par cette région de Verbier où l’autrice rédigea le premier manuscrit du monstre.
D’innombrables autres artistes surprendront les visiteurs. Vidéos, algorithme de logiciels proposant des phrases, et même musique, mots, images avec l’Afro-Cubaine Gisela Torres.
« L*e Plaisir du texte », un petit livre fort « étrange », comme le signale Federica Chiocchetti, complète cette exposition exigeante, qui marie élégamment les arts et l’écriture.
Musée des Beaux-Arts du Locle (MBAL) jusqu’au 18 septembre.