Anne Bisang fête ses 10 ans au TPR !

Anthony Picard

Celle qui a été pendant 12 ans la cheffe de la Comédie de Genève avant de venir s’installer dans la Métropole, a fêté samedi dernier, une décennie de TPR. Après avoir suivi des cours d’arts dramatiques, cette passionnée du spectacle a choisi le métier de metteure en scène, profession qu’elle continue d’exercer lorsqu’elle peut dégager du temps. Née à Genève, Anne Bisang passe son enfance en famille entre le Japon et le Liban, pays découverts grâce à la carrière d’un papa actif dans le milieu horloger. Lorsqu’elle a 12 ans, sa famille revient s’installer en Suisse.

Rencontre avec cette pointure de la vie artistique suisse qui a soufflé le 1er juillet sa 10e bougie en qualité de directrice du « Théâtre populaire romand ».

 

– Qu’est-ce qui a changé au TPR entre 2013 et aujourd’hui ?

– Presque rien et beaucoup à la fois. Au fil des ans, j’ai acquis les bons réflexes, ceux qui s’affirment avec l’expérience du terrain. Le public a évolué aussi dans le sens qu’il s’est en partie renouvelé. C’est pour qu’il passe de bons moments que nous mijotons une programmation de qualité en phase avec ses attentes que je cerne de manière plus pertinente au fil des saisons. Ce qui a changé aussi c’est le bombardement, la profusion de contenus audio et vidéo numériques qui provoquent dans le même temps de manière paradoxale, le besoin pour la population de vivre des situations réelles autour de la scène et des artistes. Par ces moments privilégiés avec le public, nous voulons faire naître de vraies émotions, d’autant plus dans l’ère post-Covid qui nous oblige à nous réinventer pour redonner l’envie à la population de venir au théâtre.

 

– Comment s’annonce la prochaine saison ?

– Créations, musique, dialogues, la nouvelle saison du TPR invite à une réflexion sur la société. Elle débutera le 19 septembre à l’Heure Bleue avec Carmen. Au fil des mois, il y en aura pour tous les goûts autour d’un éventail de 25 spectacles qui s’enchaîneront jusqu’au 7 juin 2024. Notre programmation se veut accessible avec des artistes qui parlent simplement de la vie, avec leur cœur, et parfois aussi avec humour en nous embarquant dans des situations qui nous arrivent à tous autour de spectacles qui résonnent les uns avec les autres. Comme toujours, notre programme met l’accent sur la création et mise sur des spectacles qui n’ont encore jamais été joués comme Grande Ourse ou A L’affût la nouvelle création de Juliette Vernerey, deux spectacles imaginés par des artistes de la région.

 

– Une place pour votre métier de metteuse en scène ?

– Je préfère « metteure en scène » ou mettrice en scène même si ce dernier n’est pas encore entré dans le vocabulaire inclusif. Pas facile de trouver du temps pour exercer mon métier artistique ; mais j’y arrive et ça me plait. Comme directrice du TPR, j’ai le privilège de pouvoir assister à nombreux spectacles et de m’enrichir du travail des autres. Dans la saison qui vient, je remettrai au goût du jour « Still Life (Monroe – Lamarr) » une comédie que j’avais montée à Genève qui tourne autour d’un dialogue fictif entre les icônes hollywoodiennes qu’étaient Marylin Monroe et Hedy Lamarr. A distance l’une de l’autre, elles ont chacune incarné un idéal absolu du féminin dans une industrie cinématographique maltraitante cultivant les injonctions sexistes. Enfin réunies par la magie du théâtre, elles se confient le temps d’un spectacle dans lequel le voile est levé sur les coulisses d’un septième art en négation de l’intelligence féminine.

 

– A l’heure d’une prochaine votation cantonale sur le « POUR % sportif et culturel », quel est votre regard ?

– J’ai fait partie de la commission pour que ce référendum existe. Quelle que soit son issue, il est bon que la population puisse s’exprimer sur ce sujet et j’estime que d’encourager l’augmentation des moyens par une loi est une bonne chose.
Que ce soit par le corps ou par l’esprit, ces deux domaines ne sont pas antagonistes puisqu’ils participent chacun à la durabilité de la société. C’est vrai, le risque de polarisation est réel mais l’enjeu va bien au-delà d’une opposition entre sport et culture. Quant à la culture, une idée réductrice laisse à croire qu’elle ne serait qu’un loisir alors qu’elle est aussi un vecteur d’émancipation individuelle et d’enrichissement immatériel dans un monde préoccupé par l’accumulation des déchets. Envisager de dégager des montants à hauteur de 1% du budget du canton pour soutenir la diversité des activités culturelles est à mon avis un signal positif pour l’attractivité de notre région, raison pour laquelle je m’engagerai pour un oui à cette initiative.

 

La Chaux-de-Fonds, première Capitale Culturelle Suisse en 2027, ça vous botte ?

– Et comment ! l’annonce du message culture du Conseil fédéral à l’attention des chambres, l’émulation communale et cantonale autour de ce thème me plait. Fixer rapidement les contours de la manifestation, notamment en choisissant la gouvernance et la direction artistique doit être une priorité de l’organisateur pour savoir quel cap sera donné. A ce stade, préparons-nous à devenir première Capitale Suisse de l’histoire pour que cet événement national soit un succès à La Chaux-de-Fonds et conditionne les prochaines éditions. Notre ville avec la richesse de sa palette scénique et muséale notamment a les moyens de concerner et d’attirer un large public. A titre personnel, pouvoir m’investir en faveur de cette année culte et permettre au TPR de s’engager au cœur des festivités en faisant profiter les organisateurs de mon expérience serait très motivant.

 

– Et votre retraite dans tout ça ?

– Lorsque va débuter cette fabuleuse année qui fera de La Chaux-de-Fonds la capitale culturelle de tous les Suisses, j’aurai à peine dépassé l’âge légal de la retraite mais les enjeux et mon enthousiasme m’appellent à vivre l’événement de l’intérieur. Être aux premières loges, ce serait tellement stimulant !

 

– Quelques idées soufflées aux organisateurs de Capitale culturelle suisse ?

– Entre micro-événements très intimistes et mégas spectacles « grandioses » qui courent le risque de l’impersonnel, je souhaite voir éclore des événements rassembleurs « tout public » qui questionnent notre identité et nous engagent dans la transformation de la société. Je souhaite aussi que soit évoquée la possibilité d’offrir, via le mécénat ou le sponsoring, la gratuité de nombreuses manifestations. La gratuité n’est pas une fin en soi, mais lors d’un tel événement l’accès à l’offre culturelle ne devrait souffrir d’aucun obstacle économique afin que la découverte soit totale.

 

 

Tu veux devenir actrice ou acteur ?

Réalise ton rêve et rejoins le TPR

Cours enfants (Photo: Stéphanie Friedli)

Le Théâtre populaire romand repose sur une structure fixe d’une quinzaine de personnes. Dans les fondamentaux de l’institution, être une vitrine à spectacles n’est pas le seul objectif, former les jeunes fait aussi partie des valeurs du TPR.

Cours de théâtre pour les 8 à 12 ans
Chaque lundi le TPR veut mettre un bol d’air créatif dans la semaine des enfants et en les incitant à fouler les planches. Avec pour objectif premier d’apprendre à cette jeune population à écouter et vivre une aventure collective, les cours offrent un excellent moyen de se découvrir autrement et de prendre sa place en explorant la palette des arts vivants. Au fil des mois, le groupe composé d’une dizaine d’élèves va préparer un vrai spectacle qui sera joué devant le public en décembre 2023. Pour l’élève, endosser la responsabilité que le spectacle ne pourra se jouer sans lui, inculque le sens du devoir et participe à le faire grandir en renforçant l’estime de soi.

Lieu : Beau-Site 30, 2300 La Chaux-de-Fonds.
Horaire : les lundis de 16h45 à 18h15.
Tarif : CHF 470.– par semestre.

 

La formation préprofessionnelle du TPR en collaboration avec le Conservatoire de musique neuchâtelois
Cette opportunité d’une formation au sein d’un théâtre de création unique en Suisse romande permet aux jeunes de suivre dès 16 ans, un cursus préprofessionnel qui a pour but de familiariser les jeunes aux différents aspects du métier d’actrice et d’acteur. Elle prépare l’étudiant aux concours d’entrée des écoles professionnelles des arts de la scène.
« Ici nous accueillons des jeunes pour les secouer de manière à les vider de leurs idées reçues sur le théâtre ; même si peu d’entre ces jeunes se retrouveront finalement sur le devant de la scène ; nombreux seront celles et ceux qui se dirigeront vers d’autres métiers du spectacle », nous dit Anne Bisang. En fonction du niveau de l’étudiant, la durée de l’enseignement peut varier entre deux et 4 semestres.

Lieu : La Chaux-de-Fonds, TPR et CMNE.
Admission : sur audition, possible jusqu’à fin septembre.
Tarif : CHF 2700.- par année.

Anne Bisang. (Photo : ap)
Anne Bisang. (Photo : ap)

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