Portrait d’un poussin devenu mère poule

Robert Nussbaum

Lara est bénévole à la Plage depuis 2018. elle adore l’ambiance à côté de la scène

« Si j’ai envie de redevenir simple spectatrice ? Oh non ! La Plage comme bénévole, quand tu es tombé dedans, tu as de la peine d’en sortir… » Etudiante chaux-de-fonnière de 23 ans, Lara sourit quand elle dit ça. Pendant la Plage des Six Pompes, elle donne tout son temps au festival depuis cinq ans. Adolescente, elle courait déjà d’un spectacle à l’autre pour en voir un maximum. Mais il y avait un blèm. « Tous mes ami-e-s faisaient bénévoles et je ne pouvais pas les voir. » Lara a donc sauté le pas. « En 2018 le premier jour, je suis allée voir un responsable. Je savais qu’ils cherchaient encore du monde, comme toujours. Le lendemain, j’avais mon T-shirt poussin. »

Poussin ? Oui, jaune poussin. C’est la couleur de la cinquantaine de bénévoles (sur 400-500) préposés à l’accueil du public. Et aussi à faire tourner à la fin du spectacle le chapeau de la collecte, seul salaire des artistes de rue pour leurs performances. « C’est super sympa, ça va de la petite pièce au billet de 100 francs », raconte Lara.

Mais le job le plus délicat des poussins, c’est de placer les gens de manière à ce qu’ils puissent voir le spectacle le mieux possible, entre la corde qui délimite l’aire de la scène au raz du bitume et les gradins s’il y en a. Surtout sur les grandes scènes à la Place du Marché. « Quand tu vois les gens bien assis, par terre, ceux sur leurs petites chaises derrière et le reste debout au fond, t’es contente », illustre la bénévole.

 

Premier contact
La fonction est néanmoins exposée. « On est le premier contact avec le public. L’énorme majorité des gens sont bon enfant, mais il y a les grognons, parce qu’on les déplace plusieurs fois, par exemple dans le cas de grosse affluence. Et il y a aussi la toute petite minorité de ceux qui veulent simplement emmerder. » De réelle mauvaise expérience, Lara n’en a vécu qu’une, mais c’était une agression quand même traumatisante, pour laquelle il a fallu appeler la police. L’auteur était bien sûr loin. Cet unique couac n’entame absolument pas le moral du poussin, devenu depuis le temps une mère poule pour les nouveaux bénévoles.

 

Au Bain de Minuit
Ce que Lara adore comme « insider » de la Plage ? L’ambiance « incroyable » qui règne au sein de toute l’équipe, qui caractérise ce festival pas comme les autres. « Je suis sur le pont 10 ou 12 heures tous les jours, mais après le dernier débriefing, on continue au Bain de Minuit, l’after des bénévoles, où l’on rencontre les autres secteurs de la fête et les artistes dans une mixité hyper cool », dit la jeune femme. Il n’y a pas de VIP à la Plage, même si la structure d’encadrement est très pro.

Et les spectacles alors ? « Je n’en vois pas beaucoup », lâche Lara. Quand on doit veiller à ce que tout roule pour le public, pas le temps d’en goûter la saveur. « Mais je ne suis pas frustrée, vraiment pas. » La bénévole encourage-t-elle d’autres à tenter l’expérience, quitte à tomber à leur tour dedans ? « Ah oui ! A fond ! »

 

 

« La Tchaux, une super famille d’accueil »

Nombre de bénévoles viennent de plus loin que la région proche pour profiter de l’intérieur. Témoignage d’une prof de gym française tombée en amour avec le Festival et notre ville !

– Qui est Marie-Aude Etienne ?
– Je dirais que je suis un assemblage de plusieurs cépages… toujours en cours de maturation! Professeure d’éducation physique et sportive dans le secondaire à Chartres (F). Je pratique le trail et un peu la voile et suis surtout curieuse de toutes les expériences et nouvelles découvertes quelles qu’elles soient , culturelles, artistiques ou sportives . L’évènementiel m’attire pour la concentration d’énergie et le partage entre des personnes d’horizons très différents. J’aime être dans le “backstage” donc les milieux associatifs et le bénévolat sont une porte d’entrée privilégiée pour vivre ces évènements de l’intérieur sans trop de responsabilités.

– Comment avez-vous découvert cette Plage ?
– Je séjourne souvent en Suisse et j’avais entendu parler d’un village où tous les habitants étaient impliqués ; cela m’a intriguée et plutôt fait rêver et puis j’ai vu l’affiche de 2018 je crois, avec le torse d’un baigneur à la pilosité bien fournie et une bouée ou un objet inattendu sous le bras … ça m’a beaucoup fait rire et plu, ce côté surréaliste. Ma 1re venue a été déclenchée comme ça je crois.

– Votre fonction préférée ?
– J’ai fait déjà 4 éditions. Surtout à Bikini et sur les bars. Sur l’édition Atolls, j’ai occupé différentes missions , le chapeau , la préparation de la scène et l’an dernier j’étais au Bar du Temple. J’aime être au contact avec les festivaliers, échanger avec eux, manipuler des fûts , ne pas réussir à les amorcer du 1er coup… Être parfois dans le rush et me lancer un défi continuel : je ne différencie toujours pas les pièces de 50 centimes et celles de 10 ou 20 !

– La Plage, une famille ?
– En effet, la Tchaux c’est une super famille d’accueil , je ne connais pas de lieu plus intégrant plus chaleureux, plus simple. J’ai eu trois hôtes différents et tous vraiment plus adorables les uns que les autres : Anne Dominique, Lénaic et Cécile et Kayak (son chat ) chez qui je reviens avec beaucoup de plaisir depuis 3 ans maintenant, on partage de nombreux moments de fête et d’amitié, c’est très riche et chaleureux.

– Pour vous La Chaux de Fonds, c’est…
– Pour moi, votre ville est une utopie vivante. Un moment précieux et trop rare dans l’année que je ne voudrais jamais rater maintenant ! Merci à tous les organisateurs et instigateurs de ce Festival et à tous les membres actifs, la famille des bénévoles ! (gs)

 

 

« Une bulle de joie »

Notre troisième portrait de bénévole de La Plage vient aussi de l’Hexagone. Jeanne, 23 ans, vient de Poitiers en France. Elle a fait des études en littérature et un master de direction de projets culturel. « Je viens de terminer un CDD en tant que chargée d’action culturelle à l’opéra de Dijon et je pars vivre à Toulouse maintenant (en recherche de travail). Je fais aussi de la musique (violon, piano, chant) », explique-t-elle.

La Plage, elle l’a découverte à 16 ans grâce à une copine dont la mère travaillait pour le Festival d’arts de la rue Ah? à Parthenay. Les batteurs de pavés y sont venus plusieurs fois et elle connaissait donc Manu (réd. programmateur) et Laurent. Je l’ai suivi pour être bénévole à la Plage des Six Pompes en 2016, pour être T-shirt jaune, et depuis j’y suis revenue chaque fois, sauf l’année des attols. Cette année, je reviens en T-shirt jaune et chapeau. Ce que j’aime avec ce secteur, c’est être en contact avec les artistes, les techicien.n.e.s et le public. Un travail très dynamique, un peu toujours dans l’urgence », raconte Jeanne.

Elle est aussi emballée par l’équipe d’organisation. « Géniale, avec des responsables très à l’écoute et présent.e.s. Maintenant je n’arrive plus à lâcher La Plage car les rencontres que j’y ai faites comptent beaucoup pour moi, des amis avec qui je reste en contact depuis maintenant sept ans. Il y a aussi tout l’accueil général, la manière dont les bénévoles sont pris en charge qui est particulièrement exceptionnelle sur cet événement. »

Et Jeanne de nous offrir cette jolie conclusion : « Pour moi la Plage c’est une bulle de joie dont il est difficile de sortir. » (gs)

 

Lara sur la place du Bois, l’espace de la Plage entre autres réservé aux petits poulpes, les enfants de la fête. Elle vient d’emménager en « coloc » quelques rues plus haut, en particulier pour vivre le festival au plus près. (Photo : Robert Nussbaum)
Lara sur la place du Bois, l’espace de la Plage entre autres réservé aux petits poulpes, les enfants de la fête. Elle vient d’emménager en « coloc » quelques rues plus haut, en particulier pour vivre le festival au plus près. (Photo : Robert Nussbaum)

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