Chapeau-Râblé dévasté, téléski aussi enterré ?

Alireza Baheri

La Tchaux pleurait déjà Acroland, fermé à jamais : il n’y a plus d’arbres ! Le téléski est aussi anéanti. Que vont faire la Ville et Tourisme ne ? Suspense pour un fleuron !

Vous pensiez que La Chaux-de-Fonds n’était pas au bout de ses peines ? Détrompez-vous ! Après la catastrophe du 24 juillet, il semble bien qu’en plus dAcroland, déjà annoncé définitivement fermé, le téléski du Chapeau-Râblé pourrait ne jamais se relever. Un coup de tonnerre aux conséquences lourdes pour le tourisme neuchâtelois. Le Ô a approché la Ville et Tourisme Neuchâtelois Montagnes. Un mois et un jour après la terrible bourrasque, une chose est sûre : l’heure est critique pour ce fleuron de la Métropole horlogère. Il faudra trouver au bas mot 1 million de francs pour le ressusciter. Et c’est loin d’être gagné.

Les images du site dévasté parlent d’elles-mêmes : des arbres complètement déracinés, les câbles du téléski décrochés et un paysage méconnaissable.

« Cette fermeture est une grosse perte pour l’attractivité de la ville », concède Vincent Matthey, responsable de Tourisme Neuchâtel Montagnes. Même son de cloches chez le conseiller communal en charge de l’urbanisme Théo Huguenin-Élie. « Cette attraction attire des Chaux-de-Fonniers mais aussi des Neuchâtelois et des gens du Jura bernois ». Pour le directeur du Ski-Club de La Chaux-de-Fonds Loïc Santschi, « une perte serait aussi tragique ».

 

La Ville prête à s’engager
Si Acroland est enterré, le téléski peut-il être sauvé ? « La Ville ne s’est pas encore penchée sur le dossier, avoue le conseiller communal Théo Huguenin-Élie. « Nous n’avons pas encore discuté avec l’exploitant en raison des nombreuses urgences toujours en cours liées à la tempête ».

L’élu relève tout de même que « le Conseil communal est prêt à s’engager si un projet de reconstruction venait à se décider ». Michel Villarejo, chef du Service des sports, se déclare « favorable au maintien de cette activité assez unique dans un milieu urbain et tellement appréciée ». « Nous n’avons pas encore pu discuter avec Sully Sandoz, le patron des lieux, précise-t-il toutefois. Nous attendons le constat qui doit établir l’ampleur des dégâts. Puis nous discuterons de l’avenir de l’installation avec Monsieur Sandoz ». Mais Michel Villarejo tempère aussi : « La baisse de l’enneigement due au réchauffement va poser question… ». En clair, le défi en vaut-il la chandelle ?

Un téléski pour maintenir un accès populaire et de proximité au ski alpin coûterait entre 800’000 et 900’000 frs. « Perdre ce téléski serait une perte importante dans la région et une perte de visibilité de la ville », souligne Loïc Santschi.

Longtemps injoignable, le responsable des lieus sinistrés Sully Sandoz nous a finalement rappelé un soir de cette semaine. Nous lui avons posé la question d’une éventuelle collecte de fonds pour l’encourager à lancer un projet de reconstruction (lire ci-contre).

Et vous, Chaux-de-Fonnières, Chaux-de-Fonniers, seriez-vous prêt à faire un don pour sauver votre emblématique téléski ? Dites-le nous à info@le-o.ch!

 

 

Sully Sandoz : « Tout est perdu, même le ratrac »

« Je ne sais pas quoi vous dire… C’est trop tôt… Je vis au jour le jour. L’entreprise Garaventa est venue enlever le câble qui était l’élément le plus dangereux. Mais rien ne peut être sauvé ». Au bout du fil, Sully Sandoz avoue sa tristesse. Et son immense désarroi. En six minutes, son Acroland et son téléski ont été rayés de la carte. « Le ratrac acheté 100’000 francs pour l’hiver dernier, mitraillé, est aussi en dégât total. Je l’avais utilisé trois heures… ».

Le printemps dernier, il avait refait ses assurances. « Mais je n’ai pas assuré le tout, loin de là. Qui aurait pu imaginer une catastrophe aussi totale ?»

Reconstruire le téléski détruit coûterait pas loin d’un million de francs. L’exploitant balance entre désespoir et nouveau projet. Quand on lui parle d’une collecte, il rappelle sa vente du vieux câble en 2009. « On m’avait pris pour un fou. Mais j’avais récolté 30’000 frs ! Et quelques années après, le téléski des Breuleux avait fait comme moi ». La Ville avait alloué une aide de 25’000 frs et un prêt, « que je n’ai pas encore fini de rembourser… ».

Et maintenant ? « Je n’aime pas réclamer de l’aide. Des jeunes m’ont dit qu’ils pensaient à une sorte de collecte. Mais ça ne fera pas tout :je ne veux pas être tout seul si le téléski se reconstruit. »
Sully Sandoz veut croire à l’aide des pouvoirs publics et de Tourisme neuchâtelois. Le frein du réchauffement climatique avec des saisons étriquées ? « Il y a 30 ans, on avait déjà eu des hivers sans neige… », note-t-il. Et Sully Sandoz de noter a contrario qu’il pourrait y avoir un débouché estival : « des jeunes cyclistes qui ont une piste sur les Hauts de la ville voulaient me louer le téléski ».

Un mois et un jour après la catastrophe, il est temps que les discussions commencent. « Mais c’est sûr qu’on ne skiera pas l’hiver prochain ». C’est pour ceux d’après que le suspense est total…

Giovanni Sammali

 

 

Pas de dossier à l’ECAP

Interrogé sur la situation d’Acroland et du téléski du Chapeau-Rablé, l’ECAP indique ne pas avoir encore reçu de dossier relatif. L’Etablissement cantonal d’assurance et de prévention précise qu’il peut uniquement couvrir des sinistres survenus sur des bâtiments et non ceux touchant les arbres ou les installations de loisirs.

Il n’est pas exclu que le champ des sinistres pris en compte soit élargi à titre exceptionnel. « Une réunion est prévue le 29 août prochain », signale Jean-Michel Brunner, directeur de l’ECAP. A cette occasion, un élargissement du champ d’application de l’assurance pourrait être décidé, sur un plan général. Mais aucun cas particulier ne sera traité lors de cette réunion. (ab)

Le Chapeau-Râblé dévasté. A la clé, une vue sur la ville inédite et effrayante. Avec un dernier vestige d’Acroland. (Photo : A. Baheri)
Le Chapeau-Râblé dévasté. A la clé, une vue sur la ville inédite et effrayante. Avec un dernier vestige d’Acroland. (Photo : A. Baheri)

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