Juste pour une nuit

Florence Galland
Les Plumes Nomades

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11h27 son train entre en gare. Elle emprunte le passage sous voies, sourit au pingouin du coin, se faufile entre les habitués qui trainent une bière à la main, puis traverse le hall. Elle sort sur la place, toute éblouie.

Je la repère de loin, silhouette inconfondible, longue robe colorée, large chapeau tout droit sorti d’un tableau 1900 – et cette immense valise vert pomme. C’est sa maison qu’elle promène tel un havre de paix indispensable, même si ce n’est que pour une nuit.

Touche de gaité sur cette place sans couleur ni odeur (hormis l’huile de friture), elle me rejoint, m’entoure de ses bras doux et son parfum de jasmin recouvre tout – j’oublie la valise, le chapeau, la place…

Une rue en terre battue descend vers la mer
le jasmin du portique embaume
l’air surchauffé
cette terre sèche
brûlée de soleil
le vent dans les graminées d’or
les oliviers tortueux…

Sa voix me surprend :
– Allons au marché. Il est encore temps !

La valise roule le long de l’avenue qu’un tramway parcourait.

Marché tardif, reste celui qui vit au rythme du Sud et prend le temps de faire connaissance : – Ah tu viens du Maroc. Moi, d’Algérie ! – Princesse sans le sou, elle repart des légumes plein la valise.

Elle vient donc de là-bas, un peu, par moitié, sa peau en dit long.

Cette nuit j’en sais plus
croix berbère, lune et étoiles
ce tatouage entre les seins offerts

De sa maison-valise où son pays la suit, émerge une immense djelaba, je m’y enroule dans le jasmin … pendant que coule son bain, je l’attends. Après, nous sortirons.

Ainsi, dans sa vie-valise, un souvenir s’est ajouté, léger comme cette nuit : son rire aux chauves-souris du coin. Elle n’en avait jamais vu.

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