Le photographe Guillaume Perret, ethnographe du corps et de l’âme

François Hainard

Bien connu dans la région, ce chasseur d’images expose au Club 44 Résidents, travail réalisé dans un camping

Depuis deux ans Guillaume Perret partage des moments du quotidien des habitants d’un camping en dessus de Lausanne, non pas la vie des usagers de passage, mais celle des vrais « résidents », de ceux qui y vivent à l’année. Une rencontre faite totalement par hasard, raconte-t-il, lors d’un déplacement pour répondre à la commande d’une photo-portrait.

À 50 ans, Perret est bien connu dans sa région neuchâteloise et au-delà, non seulement pour son dynamisme mais aussi par une démarche qui délaisse l’efficacité et la rapidité, pour privilégier une approche quasi ethnographique dans son travail. Il a besoin de partager les vies pour les comprendre, les saisir suffisamment pour en rendre compte par l’image, ses images. Ici, épargné des urgences qui accompagnent souvent les mandats d’entreprises ou d’institutions, le photographe prend le temps de réfléchir, d’attendre l’événement ou l’ambiance qui convient, sans oublier la lumière idoine. Il s’immerge, apprivoise les lieux et la personne, laisse de la place à la réflexion, à la divagation, à son imaginaire, et la lenteur devient ressource… On saisit alors les manières de vivre et les stratégies d’habiter, on sent la complicité mutuelle, le partage, l’absence de voyeurisme, la patience dans le message transmis.

Résidents, exposition en cours au Club 44, réunit une variété de personnages insolites, saisis dans des situations qu’ils ont souhaité mettre en scène eux-mêmes. Beaucoup travaillent, des saisonniers côtoient des étudiants, des cadres d’entreprise, des retraités. Par-delà cette diversité de statuts, d’âges et d’histoires vécues, un point commun les habite : faire le deuil de la vie standard en société pour une certaine marge, y incluse une petite ivresse de liberté.

Attention, il ne s’agit pas d’un documentaire ! Guillaume Perret le rappelle : « Une photo n’est pas la réalité, mais un regard, un discours subjectif, le tout sans doute augmenté d’une dimension poétique. » L’exposition est un narratif d’où émergent les émotions du photographe mélangées à celles des personnes. Elle dit le rapport aux autres, un choix de vie plus modeste, les différences… Dès lors, les images offrent des références, des repères, les fondamentaux de vies particulières… Au spectateur de les (re)trouver ! Le travail dans ce camping n’est pas terminé. Il se poursuivra, avec d’autres projets dont un panorama neuchâtelois, toujours à travers des corps, qui à leur tour raconteront leurs contextes.

Déchiffrer les personnes et leurs moments de vies avait déjà conduit l’artiste à publier un superbe ouvrage Amour, séries de photos « au corps à corps » qui combinent à la fois l’intime et le partage, l’énigmatique et l’insolite. En bon maçon qu’il fut Guillaume Perret construit sa carrière avec soin et, en bon pédagogue qu’il fut aussi, il sait raconter les émotions par l’image. Décidément, un photographe autodidacte à continuer de suivre.

Club 44, dimanche 21 janvier, 16 h-19 h, rencontre avec l’artiste (discussion, apéro).

Amour, Guillaume Perret, éd. Act, 2018.

guillaumeperret.com et www.club-44.ch

 

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