Les élucubrations d’un journaliste parisien

Jean-Pierre Molliet

Cette série retrace la construction de l’ouvrage franco-suisse. Hé non, dix-huit manufactures n’ont pas été englouties dans le lac de Moron !

Alors que la construction du barrage du Châtelot vient de commencer et que deux ans encore de travaux sont programmés, un article paru le 25 août 1951 dans le journal Le Parisien libéré fait polémique. Il est signé de son correspondant spécial à Pontarlier. Ses propos fantaisistes ont été repris et dénoncés le 13 septembre par L’Impartial.

Un énorme titre, «  Moron village d’horlogers va disparaître sous les eaux de l’immense barrage du Châtelot », annonçait la couleur.

Une seule habitation rayée
On pouvait lire dans l’article : « Moron, charmant hameau situé sur la frontière franco-suisse, près du Russey (Doubs), sera submergé cet hiver. Ses derniers habitants viennent de quitter leurs demeures. Aucun cri de désespoir n’est venu troubler le calme de la riante vallée verdoyante qui fut le berceau de plusieurs familles d’artisans dont le plus connu fut le forgeron Faivre-Picon inventeur d’une mitrailleuse qui fut proposée au gouvernement impérial au temps de Napoléon III. Les gens vivaient confortablement des produits de l’horlogerie et de la tournerie dont les installations fonctionnaient grâce au torrent aujourd’hui dompté.

(…) Moron aura vécu, mais par contre, à sa place, couvrant largement la superficie du hameau fonctionnera d’ici peu un puissant barrage qui viendra heureusement compléter l’équipement français. »

Un Chaux-de-Fonnier habitant Paris est intervenu auprès de la rédaction du journal parisien. Il a fait part de son indignation. Il a écrit : «  Votre correspondant s’est f…ichu royalement du monde. Sa seule excuse, c’est qu’il n’avait probablement jamais vu le Doubs, ni le Châtelot, ni le Pissoux. Il n’y a jamais eu d’habitants à Moron. Dix-huit manufactures alors qu’il n’a jamais existé qu’une ferme… »

À notre connaissance, il n’y a pas eu de suite à ce reportage fantaisiste.

Rappel de la vérité, septante-trois ans après
Contrairement aux allégations du journaliste parisien (voir ci-contre), il a été nécessaire de détruire une seule maison, située à quelques hectomètres en aval de la chute du Saut-du-Doubs. Et non dix huit manufactures ni le village de Moron (et ses habitants) qui n’ont jamais existé, alors que l’affirme l’article du Parisien
libéré. Les faits tels qu’ils se sont produits.

Le 14 janvier 1953 : c’est le jour où la seule habitation située sur le secteur du futur lac sera incendiée volontairement. Cette destruction a pour but d’éviter des accidents aux curieux. Les états-majors des sapeurs-pompiers du Locle et des Brenets ainsi que de nombreux spectateurs sont sur place. À 8 h, un détachement déverse du mazout à l’intérieur et y met le feu.

Ainsi le bâtiment de La Roche compte les dernières minutes de son existence. Il est 8 h 20 quand éclate le sinistre. Aussitôt une fumée épaisse sort des fenêtres et le feu gagne rapidement les étages. Bientôt les flammes crèvent le toit et s’élèvent hautes dans l’air froid. À 10 h 30, les cheminées et les murs s’écroulent dans un grand fracas. Ce qui était une maison à deux étages comptant sept logements et une annexe ne forme plus qu’un amas fumant et calciné.

 

 

Le bâtiment de La Roche avant et juste après sa mise à feu volontaire (Jean Molliet)
Le bâtiment de La Roche avant et juste après sa mise à feu volontaire (Jean Molliet)

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