On commence cet article par une colle : quel est le bâtiment le plus haut de La Chaux-de-Fonds ? Je suis sûr que plus de la moitié d’entre vous ont répondu Espacité et ses 60 mètres de verticale ! Mais non, c’est la tour de la Gare qui pointe le plus haut le bout de son museau (67 mètres). Pas loin derrière ce duo de tête, on trouve l’église du Sacré-Cœur. Sa croix trône à 55 mètres au-dessus
du sol. Et comme l’édifice est actuellement en travaux, nous sommes allés faire un petit tour sur le toit des Montagnes neuchâteloises.
Rien de tel qu’un bel édifice religieux pour… s’élever un peu ! Vous avez le double sens, c’est bon ? Bien qu’une croix soit sagement suspendue autour de mon cou, je ne parle pas d’élévation spirituelle mais bel et bien d’élévation physique. Depuis 2 mois et demi, un échafaudage impressionnant habille le Sacré-Cœur. Jugez plutôt : 26 étages de 10 marches chacun, soit 260 marches à grimper. Soyons honnête, on a décidé de tricher un peu ce jour-là et on a emprunté la nacelle élévatrice pour prendre de la hauteur. « Il y a un peu de vent mais on devrait arriver en haut », souffle Maurice Perroset. Encourageant.
Un drone pour inspecter le clocher
Cet ancien président de paroisse est en charge des travaux menés sur l’église catholique romaine. Clic, clac, grrrrr… (bruits pas très rassurants). Et hop, voilà l’ascension qui commence dans la nacelle. « Accrochez-vous pour 3 minutes de plaisir. » Premier arrêt au niveau du clocher. C’est l’usure naturelle, couplée aux dégâts causés par le passage de la tempête de 2023, qui ont poussé à sa restauration totale. « Comme l’ECAP prenait à sa charge les coûts liés à la tempête (136 000 francs sur les 300 000 francs engagés), nous avons décidé de faire d’une pierre deux coups », éclaircit Alexandre Houlmann, président de la paroisse de la Sainte-Famille. C’est grâce à l’œil attentif d’un habitant que les dégâts ont été découverts. Un drone a permis d’en confirmer l’étendue : des tôles en cuivre étaient décrochés, ce qui impliquait un risque de sécurité élevé.»
Avec 2 tonnes de cuivre
Quelque temps plus tard, l’échafaudage était posé. Bon, il a fallu 3 semaines pour l’installer autour de la grande tour. Et accessoirement, sortir environ 100 000 francs pour se l’offrir. « L’investissement en vaut clairement la chandelle. De toute façon, nous n’avions pas le choix, il fallait intervenir », rapporte Maurice Perroset. Et comme les 100 ans de l’édifice seront célébrés en 2027, ce lifting tombait à pic ! Un peintre, 2 marbriers, 3 ferblantiers et 5 à 6 échafaudeurs s’y sont notamment succédés avant nous. Deux tonnes de cuivre ont été nécessaires pour renouveler le clocher qui prendra sa teinte définitive avec le temps, grâce à l’oxydation. Sous les abat-sons, la pierre a changé de couleur en raison d’accumulation de rouille. Elle sera sablée pour retrouver son éclat.
Trace laissée par un ouvrier italien
« Par ailleurs, ces abat-sons (qui servent à rediriger le son vers le bas) ont été envoyés chez Alfaset pour être thermolaqués. Tout devrait être terminé d’ici la fin du mois de septembre. » Un autre coup de pinceau important a été donné sur la croix (et son paratonnerre), au sommet de la structure. Pour y arriver, nous montons encore 10 étages à pied. Là, à 55 mètres du sol, on sent bien le petit vent du jour qui fait tanguer l’échafaudage. Maurice Perroset s’en amuse volontiers. « Stabilisez-vous car l’histoire de cette croix vaut le détour. Elle a été posée le 11 juin 1927 par Joseph Ochsner. Elle a été entièrement repeinte cette année. Mais avant cela, on a retrouvé un mot d’un ouvrier italien dans le clocher qui indiquait l’avoir repeinte en doré en 1949. À l’époque, ni la tour Espacité ni la tour de la Gare n’existaient encore. Le vent se renforce, quelques photos et on redescend «du toit ». Et la prochaine fois que je veux toucher une croix, promis, je ne fais pas monter un échafaudage gigantesque et me contenterai de toucher celle que j’ai autour du cou…