«Il n’y a rien de plus écolo que nos montres »

Par Patrick Fischer

BA111OD, une marque en pleine expansion Le rendez-vous a été pris pour le 11.11. « Une date qui me va bien », rigole Thomas Baillod, lui qui a mis 3 fois le chiffre 1 dans le nom de sa marque. BA111OD, c’est une success story pour une montre qui est née sur un malentendu. Son fondateur voulait avant tout révolutionner le modèle ancestral, et très cher, de la distribution dans l’horlogerie. Comme cela n’intéressait personne, Il a fini par fabriquer une montre pour démontrer la validité de son concept. Bingo : 40 % de croissance en 2025 ! Thomas Baillod est un geek attaché aux valeurs humaines. Pour Le Ô, cet enfant du Haut livre ses confidences sur le monde horloger, l’écologie et son parcours.

– 40% de croissance dans la morosité actuelle, vous êtes sur une autre planète ?
– Non non, on est bien sur la planète horlogère. On a des poches de forte croissance parce que c’est le début. Notre marque est maintenant bien présente dans le canton et dans le bassin lémanique.

– Donc pas de recette miracle ?
– Oui quand même, car on sent la baisse. Il y a une morosité ambiante, une appréhension de l’avenir, une érosion du pouvoir d’achat. Dans ma philosophie, 1000 francs c’est beaucoup d’argent. Comme enfant de La Chaux-de-Fonds, j’ai gardé avec beaucoup d’affection une mentalité de prolo et je la revendique. Dans l’horlogerie, il y a une envolée vers le très haut de gamme mais moi je veux rendre la qualité accessible. En ce début d’hiver, s’il faut faire un choix entre acquérir une montre ou remplir la citerne à mazout, avec Baillod on peut avoir le mazout et la montre !

– Ça crée des jalousies ?
– Les horlogers ne sont pas tendres entre eux… L’industrie horlogère c’est un peu la Corée du Nord !

– C’est-à-dire ?
– Il y a quelques puissants qui ont le droit de parler. On n’aime pas trop ceux qui ramènent leur fraise comme je l’ai fait sur la manière de vendre une montre et de revaloriser l’entrée de gamme. J’ai passé par les 4 étapes de Gandhi, d’abord on vous ignore, ensuite ils rigolent un peu à cause de mes mots bizarres « afluendor », « we-commerce », « phygital ». Mais quand nous avons réalisé un tourbillon à moins de 4000 francs, 100 % swiss made, ça a été une levée de boucliers. Nos concurrents sont allés enquêter jusqu’en Chine. And then you win, il y a de la place pour tout le monde, les grandes marques n’ont pas vendu moins de montres à cause de nous.

– Y a-t-il une place pour la réflexion écolo dans cette success story ?
– Nous fabriquons des montres mécaniques automatiques. Elles sont réparables, l’énergie vient des mouvements du poignet. Il n’y a rien de plus écologique sur terre. Toute notre philosophie est liée au local, on privilégie les circuits courts, nos tourbillons sont fabriqués à moins d’une demi-heure de voiture, et tout est assemblé dans nos locaux de la place des Halles.

– Pourtant vos premières montres étaient fabriquées en Chine !
– Absolument, on n’était pas dans les circuits courts ! Mais à l’époque je me fichais de l’origine du produit, ce qui m’intéressait c’était la manière de le vendre. Par contre, quand nous sommes devenus une marque à part entière, je me suis dit : je suis un enfant du pays, donc à partir de maintenant ça sera swiss made !

– Le client est au cœur de votre business model, c’est une injonction à montrer patte verte ?
– On va tout de suite crever l’abcès de la patte verte. Si on prend le nombre de montres fabriquées en Suisse et le poids moyen d’une montre en acier, on pourrait construire une tour métallique de 20 étages. Il y a une part d’hypocrisie à vouloir faire du 100 % écologique à cette échelle. L’impact qu’on aurait en recyclant l’acier est dérisoire. Par contre, nous faisons un effort dans le packaging pour éviter la surenchère d’emballages. On concentre toutes nos activités, du design à l’assemblage, dans la région. Si on ne faisait pas des montres mais des salades, elles pousseraient dans le jardin devant chez nous.

« Mes tourbillons, tu les ouvres, tu les respires, c’est du bon air du Haut ! »

« Ce qui coûte le moins cher dans une montre, c’est la montre », constate Thomas Baillod. « 65 % du prix est englouti par la distribution. » Pour récupérer cette marge, il va faire la révolution dans la distribution, en inventant le concept de we-commerce, un modèle de vente basé sur la notion de communauté, qui fait la synthèse entre le commerce traditionnel et le commerce digital. « C’est aussi vieux et aussi robuste que le bouche-à-oreille », version XXIe siècle !

C’est pour tester son modèle économique qu’il crée, après 25 refus, sa propre montre en 2019. Pari réussi. Aujourd’hui le chiffre d’affaires annuel dépasse les 3 millions, la marque tourne avec 11 employés, a déjà vendu plus de 10 000 montres (les deux tiers en Suisse romande) au prix moyen de 1000 francs.

– Et la Suisse alémanique ?
– Un marché à conquérir. Une première boutique a été ouverte ce mois de décembre à Saint-Gall. Et on projette d’en ouvrir entre 5 et 10 l’année prochaine.

– Les exportations ?
– Depuis l’entrée en vigueur des droits de douane à 39 %, on a explosé aux Etats-Unis. C’est complètement paradoxal. On fait aussi un gros effort sur l’Asie : la Thaïlande, Singapour, Hong Kong. Et on développe notre présence en France et en Allemagne. On vise une croissance de 50 % en 2026, après les 40 % de cette année.

– Facile à digérer ?
– La croissance est une crise, clairement ! Gérer une croissance, c’est gérer une crise. Il faut être attentif à la surchauffe des équipes… c’est comme une voiture, à un moment si on ne veut pas aller dans le rouge, il faut changer de vitesse.

– Le concept de distribution a précédé le produit, vous avez fait les choses à l’envers ?
– J’ai effectivement commencé par me demander comment vendre une montre, comment la fabriquer et à quel prix. Il faut sortir du romantisme, une belle montre c’est une montre qui se vend. Il n’y a rien de pire que l’entrepreneur qui crée la montre de ses rêves, ça ne représente rien tant qu’elle n’est pas convertie en chiffre d’affaires.

– Ça a vraiment commencé dans votre garage, comme la légende des gourous de la Silicon Valley ?
– C’est vrai, on était en train de vendre la maison familiale, j’ai posé mes cartons et suis vite allé au garage pour lancer un site Internet. Le lendemain j’avais fait pour 30 000 francs de ventes.

– La marque est regroupée place des Halles à Neuchâtel. Et à La Chaux-de-Fonds ?
– Les tourbillons, donc nos pièces à forte valeur ajoutée, sont faits à La Chaux-de-Fonds chez l’horloger Olivier Mory. Mes tourbillons, tu les ouvres, tu les respires, c’est du bon air du Haut !

 

Thomas Baillod, un enfant de La Chaux-de-Fonds

– Le lien de la famille Baillod avec l’horlogerie ?
– J’ai découvert un aïeul, Ulysse Baillod, horloger au Locle en 1775. Je suis l’héritier de 250 ans de tradition horlogère. La pomme est tombée tout près de l’arbre.

– Vous êtes né en 1971 à La Chaux-de-Fonds, directement tombé dans la crise du quartz, c’est ancré dans votre ADN ?
– Bien sûr. Je voyais passer à la maison les Blum, Hayek, Bannwart qui racontaient ce qui se passait et qui avaient l’air préoccupés. Comme enfant je me sentais relativement préservé, mais je voyais bien qu’il y avait un problème. Je suis resté très sensible aux innovations qui changent tout, comme le quartz à l’époque.

– Vous avez travaillé pour Publicitas, Victorinox, plusieurs marques horlogères, qu’est-ce que ça vous a appris ?
– Chez Publicitas, qui a fait faillite, j’ai appris ce qui se passe quand une entreprise rate son tournant digital. Chez Victorinox j’ai appris le respect du temps, la distribution est comme un travail d’agriculteur, on plante les graines, on arrose, et on attend que ça pousse.

– Deux fois au chômage, quelle leçon ?
– La première fois, c’était une énorme peur. Je me suis retrouvé au bord du ravin, à la fin de mes indemnités, et pourtant je suis un bosseur, quand Victorinox m’a tendu la main. Une peur viscérale et un respect énorme des cabossés, des petites gens qui voudraient bien bosser mais qui ne trouvent pas. Ça a été des périodes d’humilité et de remise en question.

– Fils de Gil Baillod, rédacteur en chef emblématique de L’Impartial. Quel conseil vous a-t-il donné ?
– Beaucoup d’amour, c’est le meilleur des conseils. Et que si on veut quelque chose, il faut bosser pour l’avoir. C’était un self made man. Il m’a appris la tendresse, le respect des choses bien faites.

– Le réchauffement climatique vous inquiète ?
– À fond ! Et le fait que tout le monde s’échauffe en ce moment aussi. L’individualisme, les bruits de bottes… On va vers des temps compliqués, les préoccupations environnementales risquent de passer à la trappe.

 

Rebecca Jossen, horlogère dans les ateliers BA111OD
Rebecca Jossen, horlogère dans les ateliers BA111OD

« Mes tourbillons, tu les ouvres, tu les respires, c’est du bon air du Haut ! »

« Ce qui coûte le moins cher dans une montre, c’est la montre », constate Thomas Baillod. « 65 % du prix est englouti par la distribution. » Pour récupérer cette marge, il va faire la révolution dans la distribution, en inventant le concept de we-commerce, un modèle de vente basé sur la notion de communauté, qui fait la synthèse entre le commerce traditionnel et le commerce digital. « C’est aussi vieux et aussi robuste que le bouche-à-oreille », version XXIe siècle !

C’est pour tester son modèle économique qu’il crée, après 25 refus, sa propre montre en 2019. Pari réussi. Aujourd’hui le chiffre d’affaires annuel dépasse les 3 millions, la marque tourne avec 11 employés, a déjà vendu plus de 10 000 montres (les deux tiers en Suisse romande) au prix moyen de 1000 francs.

– Et la Suisse alémanique ?
– Un marché à conquérir. Une première boutique a été ouverte ce mois de décembre à Saint-Gall. Et on projette d’en ouvrir entre 5 et 10 l’année prochaine.

– Les exportations ?
– Depuis l’entrée en vigueur des droits de douane à 39 %, on a explosé aux Etats-Unis. C’est complètement paradoxal. On fait aussi un gros effort sur l’Asie : la Thaïlande, Singapour, Hong Kong. Et on développe notre présence en France et en Allemagne. On vise une croissance de 50 % en 2026, après les 40 % de cette année.

– Facile à digérer ?
– La croissance est une crise, clairement ! Gérer une croissance, c’est gérer une crise. Il faut être attentif à la surchauffe des équipes… c’est comme une voiture, à un moment si on ne veut pas aller dans le rouge, il faut changer de vitesse.

– Le concept de distribution a précédé le produit, vous avez fait les choses à l’envers ?
– J’ai effectivement commencé par me demander comment vendre une montre, comment la fabriquer et à quel prix. Il faut sortir du romantisme, une belle montre c’est une montre qui se vend. Il n’y a rien de pire que l’entrepreneur qui crée la montre de ses rêves, ça ne représente rien tant qu’elle n’est pas convertie en chiffre d’affaires.

– Ça a vraiment commencé dans votre garage, comme la légende des gourous de la Silicon Valley ?
– C’est vrai, on était en train de vendre la maison familiale, j’ai posé mes cartons et suis vite allé au garage pour lancer un site Internet. Le lendemain j’avais fait pour 30 000 francs de ventes.

– La marque est regroupée place des Halles à Neuchâtel. Et à La Chaux-de-Fonds ?
– Les tourbillons, donc nos pièces à forte valeur ajoutée, sont faits à La Chaux-de-Fonds chez l’horloger Olivier Mory. Mes tourbillons, tu les ouvres, tu les respires, c’est du bon air du Haut !

 

Thomas Baillod, un enfant de La Chaux-de-Fonds

– Le lien de la famille Baillod avec l’horlogerie ?
– J’ai découvert un aïeul, Ulysse Baillod, horloger au Locle en 1775. Je suis l’héritier de 250 ans de tradition horlogère. La pomme est tombée tout près de l’arbre.

– Vous êtes né en 1971 à La Chaux-de-Fonds, directement tombé dans la crise du quartz, c’est ancré dans votre ADN ?
– Bien sûr. Je voyais passer à la maison les Blum, Hayek, Bannwart qui racontaient ce qui se passait et qui avaient l’air préoccupés. Comme enfant je me sentais relativement préservé, mais je voyais bien qu’il y avait un problème. Je suis resté très sensible aux innovations qui changent tout, comme le quartz à l’époque.

– Vous avez travaillé pour Publicitas, Victorinox, plusieurs marques horlogères, qu’est-ce que ça vous a appris ?
– Chez Publicitas, qui a fait faillite, j’ai appris ce qui se passe quand une entreprise rate son tournant digital. Chez Victorinox j’ai appris le respect du temps, la distribution est comme un travail d’agriculteur, on plante les graines, on arrose, et on attend que ça pousse.

– Deux fois au chômage, quelle leçon ?
– La première fois, c’était une énorme peur. Je me suis retrouvé au bord du ravin, à la fin de mes indemnités, et pourtant je suis un bosseur, quand Victorinox m’a tendu la main. Une peur viscérale et un respect énorme des cabossés, des petites gens qui voudraient bien bosser mais qui ne trouvent pas. Ça a été des périodes d’humilité et de remise en question.

– Fils de Gil Baillod, rédacteur en chef emblématique de L’Impartial. Quel conseil vous a-t-il donné ?
– Beaucoup d’amour, c’est le meilleur des conseils. Et que si on veut quelque chose, il faut bosser pour l’avoir. C’était un self made man. Il m’a appris la tendresse, le respect des choses bien faites.

– Le réchauffement climatique vous inquiète ?
– À fond ! Et le fait que tout le monde s’échauffe en ce moment aussi. L’individualisme, les bruits de bottes… On va vers des temps compliqués, les préoccupations environnementales risquent de passer à la trappe.

 

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