Au Dérailleur, une arcade pour l’emploi et pour la planète

Par Patrick Fischer

C’est un peu le fabuleux destin de Mathieu Nadeau, qui vient d’ouvrir l’atelier Au Dérailleur. Ce Canadien devenu Neuchâtelois, qui a gardé l’accent de là-bas et commencé sa carrière dans la mode, se retrouve aujourd’hui dans la réinsertion sociale. Il dirige l’association Phénix, qui propose des activités aux personnes sans emploi pour faciliter leur retour sur le marché du travail. Le Dérailleur, qui a pris place dans l’ancien Café des Arcades, est sa nouvelle vitrine chaux-de-fonnière. On peut y faire réparer son vélo et boire un verre… Et accessoirement donner une interview au journal Le Ô.

– Comment fonctionne ce Dérailleur ?
– L’atelier a ouvert le 1er juillet 2025. Notre idée a été de mettre l’insertion professionnelle et la mobilité douce au cœur de la ville. Nous avons en permanence une dizaine de personnes envoyées par le service de l’emploi pour un cycle de formation de 3 mois. On a décidé d’inclure un bar pour permettre au client qui vient faire réparer son vélo de prendre un café ou une bière.

– On peut y manger aussi ?
– Oui, on fait les mêmes plats qu’aux Paniers gourmands, un autre atelier que nous avons au centre-ville de Neuchâtel. On essaie de mêler petite restauration et mécanique vélo.

– Vous formez des personnes au bar autant que dans l’atelier ?
– Exactement. Ce sont deux métiers qui ne se ressemblent pas mais qui cohabitent bien. Les personnes qui sont placées chez nous font six semaines sur les vélos et six semaines au bar. Ils ont également une formation en informatique.

– Quelle est la valeur de cette formation ?
– Elle donne lieu à une attestation reconnue par les employeurs, qui permet de postuler plus facilement pour un travail dans ce domaine. Il y a même des gens qui retrouvent un emploi avant d’avoir terminé leur séjour chez nous. Pour l’anecdote, la personne que nous avons engagée comme responsable du bar, qui est aujourd’hui salariée chez nous, avait fait un stage aux Paniers gourmands.

– Pourquoi l’association s’appelle Phénix, clin d’œil mythologique ?
– Oui, c’est bien l’idée, l’oiseau qui renaît de ses cendres. Permettre aux personnes qui sont à l’aide sociale de voler à nouveau de leurs propres ailes.

– Vous proposez de nombreux ateliers, quelle a été la première activité ?
– La buanderie, c’était le premier atelier. Ensuite ça s’est développé : conciergerie, débarras, déménagement… Il y a une quinzaine d’années on a créé les paniers gourmands, où on vient apprendre à vendre les produits du terroir, à travailler dans une cuisine et à se familiariser avec l’informatique.

– Dernier atelier ouvert, le Dérailleur, on y vend aussi des vélos ?
– Oui, des vélos seconde main qu’on a récupérés et restaurés. Cette année, nous démarrons une collaboration avec la marque de vélos électriques suisse Miloo, qui seront vendus neufs.

– Vous vous situez dans l’économie réelle, en concurrence sur le marché, ou dans l’économie subventionnée, qui est protégée ?
– Je dirais quand même dans l’économie subventionnée car on peut se permettre de baisser les prix. Quand on fait un devis pour un déménagement, par exemple, on se situe parmi les moins chers. Notre but n’est pas le profit mais d’aider les gens à se réinsérer sur le marché de l’emploi.

– Que disent les entreprises privées : concurrence déloyale ?
– Non, je n’ai jamais entendu ce genre de remarque. (Rires…) On est un peu moins cher mais pas si éloigné non plus du marché, on ne va pas brader nos services !

– Est-ce que Phénix est aussi un instrument de la transition énergétique ?
– Notre but premier est l’insertion mais, clairement, on est dans une économie circulaire. On reçoit des jouets de seconde main qu’on restaure et qu’on revend, on fait pareil avec les vélos. On récupère des meubles et on va d’ailleurs créer un nouvel atelier pour les restaurer, c’est notre prochain bébé ! Il sera plutôt réservé aux personnes à l’aide sociale.

– Quelle différence faites-vous entre ces deux types de « main-d’œuvre » qui viennent de l’aide sociale ou du chômage ?
– Ceux qui viennent du service de l’emploi sont véritablement dans une logique de réinsertion professionnelle alors que ceux qui sont à l’aide sociale cherchent une réinsertion sociale ! Ils ont besoin de sortir de chez eux, de retrouver un équilibre avec une activité extérieure. La plupart viennent dans nos ateliers pour tisser des liens, faire des connaissances, certains trouvent du travail mais c’est plutôt rare, tandis que ceux qui sont au chômage cherchent prioritairement à retrouver un boulot. Nos ateliers leur ouvrent des perspectives dans des domaines nouveaux pour eux. Ça les sort de leur zone de confort et augmente leur employabilité. Un horloger au chômage peut se dire, tiens je pourrais faire serveur. Ça peut donner une nouvelle énergie.

De la mode à l’action sociale le grand écart de Mathieu Nadeau

Mathieu Nadeau a fait ses études au Canada. Plus de 20 ans comme styliste de mode dans le développement de produits, notamment pour les magasins Yendi jusqu’à leur faillite. Il a connu les mêmes questionnements que ceux qui fréquentent les ateliers Phénix : « Que vais-je faire de ma vie ? »

Après la mode, il fait un crochet comme enseignant dans une école de couture, puis deux ans en EMS. « C’est là que j’ai compris que j’avais besoin de travailler avec les gens mais pas nécessairement les personnes âgées. Je suis arrivé chez Phénix car ils cherchaient un responsable de la buanderie. Avec mon parcours dans le textile ça ne me faisait pas trop peur ! » Mathieu Nadeau reprend la direction de Phénix en avril 2025.

– Votre regard de Canadien sur la Suisse ?
– J’adore ! Parfois je trouve que ça manque un peu d’ouverture mais faut pas oublier que c’est un tout petit pays comparé au Canada.

– Est-ce que le Canada est en avance sur la Suisse pour la politique climatique ?
– Sur certains points oui. Le système de recyclage y est plus développé. La Suisse pourrait faire mieux. Par contre, elle est plus vélo friendly.

– Le réchauffement climatique vous inquiète ?
– Un petit peu oui.

– Seulement un petit peu ?
– (Rires). Oui ça m’inquiète mais honnêtement je ne sais pas ce qu’on devrait faire. À mon niveau, je me suis débarrassé de ma voiture, je vais au travail à vélo, je fais mon recyclage, et j’effectue très rarement des commandes en ligne. Je préfère acheter local, encourager les commerces de la région. D’un côté on a des milliers d’avions et de camions qui circulent pour amener nos paquets et de l’autre nos villes qui se vident de leurs commerçants. Or, on a besoin d’eux. C’est hallucinant, peut-être qu’on devrait taxer les gens qui achètent en ligne.

– Vous qui étiez dans la mode, ce qui pollue énormément c’est la fast fashion !
– Oh oui, c’est affreux, c’est affreux (rires…), c’est affreux ! On pousse les gens à surconsommer, je ne suis plus dans ce business heureusement. Chaque semaine il y a de nouvelles collections, ça ne fait pas de sens. Une chemise reste une chemise, on ne va pas s’acheter quinze chemises blanches !

 

Mathieu Nadeau : « Notre but est la réinsertion sur le marché de l’emploi mais on est clairement dans l’économie circulaire »  (Photo PF)
Mathieu Nadeau : « Notre but est la réinsertion sur le marché de l’emploi mais on est clairement dans l’économie circulaire » (Photo PF)

De la mode à l’action sociale le grand écart de Mathieu Nadeau

Mathieu Nadeau a fait ses études au Canada. Plus de 20 ans comme styliste de mode dans le développement de produits, notamment pour les magasins Yendi jusqu’à leur faillite. Il a connu les mêmes questionnements que ceux qui fréquentent les ateliers Phénix : « Que vais-je faire de ma vie ? »

Après la mode, il fait un crochet comme enseignant dans une école de couture, puis deux ans en EMS. « C’est là que j’ai compris que j’avais besoin de travailler avec les gens mais pas nécessairement les personnes âgées. Je suis arrivé chez Phénix car ils cherchaient un responsable de la buanderie. Avec mon parcours dans le textile ça ne me faisait pas trop peur ! » Mathieu Nadeau reprend la direction de Phénix en avril 2025.

– Votre regard de Canadien sur la Suisse ?
– J’adore ! Parfois je trouve que ça manque un peu d’ouverture mais faut pas oublier que c’est un tout petit pays comparé au Canada.

– Est-ce que le Canada est en avance sur la Suisse pour la politique climatique ?
– Sur certains points oui. Le système de recyclage y est plus développé. La Suisse pourrait faire mieux. Par contre, elle est plus vélo friendly.

– Le réchauffement climatique vous inquiète ?
– Un petit peu oui.

– Seulement un petit peu ?
– (Rires). Oui ça m’inquiète mais honnêtement je ne sais pas ce qu’on devrait faire. À mon niveau, je me suis débarrassé de ma voiture, je vais au travail à vélo, je fais mon recyclage, et j’effectue très rarement des commandes en ligne. Je préfère acheter local, encourager les commerces de la région. D’un côté on a des milliers d’avions et de camions qui circulent pour amener nos paquets et de l’autre nos villes qui se vident de leurs commerçants. Or, on a besoin d’eux. C’est hallucinant, peut-être qu’on devrait taxer les gens qui achètent en ligne.

– Vous qui étiez dans la mode, ce qui pollue énormément c’est la fast fashion !
– Oh oui, c’est affreux, c’est affreux (rires…), c’est affreux ! On pousse les gens à surconsommer, je ne suis plus dans ce business heureusement. Chaque semaine il y a de nouvelles collections, ça ne fait pas de sens. Une chemise reste une chemise, on ne va pas s’acheter quinze chemises blanches !

 

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