Cible de la mission : Toutes les études le disent : le smartphone a pris une telle place dans la société qu’il deviendrait difficile de s’en passer. Trouve-t-on encore des « résistants » ?
Investigations, enquêtes et analyses : Kevin Vaucher se mue en sentinelle pour poser son regard sur les défis régionaux et se frotter aux grands dossiers des Montagnes.
Le constat
Vous êtes 70 % à avouer que vous ne pourriez pas vivre sans votre smartphone au quotidien. Ce chiffre aurait même pu être plus élevé si on avait concentré notre sondage sur le jeune public. Ce n’est pas moi qui le dis mais l’EDD (Éducation en vue d’un développement durable), autrement dit l’organisme qui relève que 98 % des jeunes Suisses de 12 à 19 ans sont inscrits au moins sur un réseau social. Ils sont aussi 97 % à passer chaque jour 3 heures ou plus sur leur Natel. Pendant le week-end, cela peut monter jusqu’à 5 heures. Plus globalement, un sondage réalisé en fin d’année 2024 en Suisse montre que près d’une personne sur deux présente des signes de dépendance à son smartphone. Des spécialistes en « digital détox » proposent aujourd’hui d’accompagner les gens pour se défaire de cette dépendance, un peu comme on le ferait pour d’autres addictions comme l’alcool ou la drogue. L’attrait est tel qu’on touche plus de 2600 fois notre « précieux » par jour et qu’on interagit avec lui entre 50 et 300 fois.
Il découvre le smartphone à plus de 40 ans
Dans ce contexte de pression sociale à l’utilisation du smartphone, rares sont ceux qui résistent encore à « l’envahisseur » – le taux de pénétration de la téléphonie mobile n’était que de 5 % en 1996. Trente ans plus tard, il est de plus de 125 % (certains ont plusieurs abonnements). Pourtant, un Neuchâtelois a attendu d’avoir la quarantaine bien entamée avant d’y céder (en partie). Il nous explique pourquoi : « C’est un mélange de facteurs liés à mes activités professionnelles et sociales qui m’ont poussé à céder », scrolle Guillaume. « Je suis prof et je fais partie de plusieurs clubs et sociétés. À chaque fois qu’il fallait organiser une rencontre, une sortie ou un camp de ski, j’étais le seul qu’il fallait contacter par mail ou sur le téléphone fixe. C’est par respect pour mes coéquipiers, collaborateurs ou collègues que je me suis procuré un Motorola des plus basiques. » Surtout, c’est souvent son épouse qui servait de relais avant qu’il ait un smartphone et il s’est dit qu’il était temps de lui épargner ça.
Nomophobie : la peur d’être séparé de son smartphone
Comme la télé ou l’ordinateur avant lui, le smartphone a entraîné un tel bouleversement sociétal qu’il est difficile de contrôler son utilisation. Comment expliquer une telle dépendance ? Par son côté pratique notamment. Même Guillaume en convient : « C’est quand même un super canal de diffusion pour planifier des tâches en groupe et diffuser des informations à tout le monde en même temps. C’est simple et pratique. Mais je tiens quand même à rester libre et à ne pas être prisonnier de mon smartphone. Je l’emporte très rarement avec moi et je le regarde seulement deux fois par jour en général. Je considère que c’est une arme dangereuse entre les mains des jeunes car il n’y a pas besoin de permis pour l’utiliser. » Il n’y a pas non plus de formation pour apprendre à s’en servir sans tomber sous sa dépendance. De sorte qu’environ 40 % des Suisses présentent des signes « évidents » ou « prononcés » de nomophobie, la peur d’être séparé de son smartphone.
Data centers plus polluants que le trafic aérien
L’effet pervers de ce phénomène est que la société pousse toujours plus à être connecté. « Payer les factures devenait de plus en plus compliqué sans e-banking », exemplifie Guillaume. La pression sociale d’être joignable en permanence, d’appartenir à un groupe et le besoin d’être récompensé artificiellement par des « likes », des « cœurs » ou des « flammes » rend l’utilisateur captif. Le Neuchâtelois voit donc d’un bon œil ce qui pousse à la régulation du smartphone comme l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 16 ans en Australie. Il souligne « un choix de responsabilité vu que la pollution engendrée par la production d’énergie nécessaire au fonctionnement des data centers dépasse celle du trafic aérien. J’ai aussi en tête l’initiative d’une ville irlandaise qui a interdit les smartphones à l’école et à la maison avant l’âge de 13 ans. Je crois que c’était en Irlande mais je n’en suis plus sûr. » Je fais quoi, je sors mon smartphone pour vérifier l’info ?
Rassurez-vous, la sentinelle du Haut veille et vous serez toujours les mieux informés…






























