Utile aux seniors, AROSS fête ses 10 ans !

Par Anthony Picard

Vous n’avez pas encore entendu parler de cet établissement cantonal a u même titre que RHNe, Nomad ou le CNP ? C’est que vous n’appartenez pas (encore) à la classe d’âge galopante des + de 65 ans ou que le besoin de faire appel à ce service gratuit, organisé pour veiller au bien-être d’une population représentant 21 % de la population du canton, ne s’est pas fait sentir.

Maintenir à domicile grâce à la mise en place de prestations adaptées ou orienter en EMS quand la situation devient critique : l’Accueil Réseau Orientation Santé Social (AROSS) est une sorte de plateforme de coordination qui profite aux seniors, les écoute, les comprend et les aiguille dans leur parcours de vie. Reconnu depuis 2023 comme établissement autonome de droit public (EADP), ce réseau d’orientation a célébré son anniversaire à la maison du Peuple en montrant ses activités au grand public. Infirmière de profession, Fedzrije Seiler dirige l’établissement depuis l’automne 2024. Excellente connaisseuse du terrain, nous l’avons questionnée sur la manière dont AROSS apporte du soutien à une population de seniors qui dépassait 20 % à fin 2024.

– Fedzrije Seiler, diriez-vous que la situation des + de 65 ans est préoccupante ?
– Ce qui nous alarme, c’est le nombre de personnes inactives par rapport aux actifs. Avoir 65 ans ne signifie pas forcément avoir besoin immédiatement de nos services. En revanche, c’est souvent un moment où de nombreuses questions se posent sur l’avenir. Discuter des options possibles, des choix qui s’offrent à vous et bénéficier d’un accompagnement sur mesure peut apporter des réponses et de la sérénité. C’est à ce moment-là qu’AROSS peut entrer en jeu pour vous accompagner si nécessaire et faire le lien avec le système socio-sanitaire.

– AROSS souffle 10 bougies, malgré tout son public cible peine à solliciter ses services qui sont parfois méconnus ?
– L’établissement est encore jeune. Deux étapes majeures contribuent néanmoins à asseoir notre notoriété : notre présence sur l’entier du canton depuis 2019 et notre reconnaissance par l’État comme pilier de la santé publique en 2023. Dans le passé, on nous collait aussi l’étiquette de « porte d’entrée à l’EMS », ce qui est caricatural et réducteur.

– Désengorger les lits C du RHNe, une mission qui vous incombe ?
– Le problème des lits C, occupés par des patients qui ne nécessitent plus de soins aigus mais attendent un placement, pourrait être résolu en amont. Dans un système socio-sanitaire plus efficient, les partenaires agiraient au bon moment pour éviter des hospitalisations inappropriées. Prendre le temps de discuter avec le bénéficiaire, avec ses proches et avec le médecin est fondamental pour proposer la meilleure solution.

– Votre action est-elle automatique ?
– Nous n’avons pas d’algorithmes ! Souvent, ce sont les proches qui tirent la sonnette d’alarme mais nous ne faisons rien sans le consentement de la personne.

– La famille, les proches-aidants, les voisins, le généraliste,
le pharmacien, la commune… Mais lorsqu’il n’y a personne ?
– Oui, ces « sentinelles » font des signalements, mais il reste des aînés seuls et fragiles. Chaque personne dans le besoin devrait être aidée et notre objectif est d’entrer en contact en nous rendant à son domicile, dans son environnement de vie.
Avec 36 collaborateurs,

– Vous êtes la plus petite EADP ; comment faire pour être entendu ?
– Ce n’est pas une question de taille. Être au carrefour pour évaluer individuellement les besoins des bénéficiaires et coordonner la prise en charge s’avère utile au CNP, à Nomad, aux EMS et au RHNe. Contrairement à nos collègues qui « prennent en charge », nous ne travaillons pas dans l’urgence. Dans un modèle socio-sanitaire sous pression et qui va très vite pour la personne âgée, nous souhaitons apporter clarté et continuité.

– Quels sont les profils de vos collaboratrices et collaborateurs ?
– Elles et Ils ont en commun l’ADN à s’occuper d’autrui. Nos 25 coordinateurs sur le terrain (issus des professions d’infirmier, d’ergothérapeute, ou d’assistant social) totalisent 4000 interventions par an. Au quotidien, ces professionnels apportent de la sérénité aux personnes âgées. Conseiller, construire une vie avec des aides ponctuelles et durables est un service unique et gratuit offert par le canton que nos équipes prodiguent au quotidien. Nous ne vendons rien.

– Quel est le profil type d’un bénéficiaire ?
– Sachant que les femmes vivent plus longtemps, ce sont elles qui arrivent en tête mais tous nos bénéficiaires profitent de nos conseils dès 65 ans. Comme la situation n’est pas près de changer, nous devons organiser notre système socio-sanitaire afin de décharger les proches-aidants. Recourir à nos services avant que la situation se péjore, c’est souvent éviter des hospitalisations inappropriées ou des placements prématurés en EMS.

– Si vous aviez une baguette magique, que souhaiteriez-vous pour les 10 ans d’AROSS ?
– Je demanderais de pouvoir mieux cibler cette population qui a besoin de nous. D’être encore mieux renseignée afin de débloquer des situations grâce aux signalements de nos partenaires. Mon désir est que la dynamique s’inverse et que les trajectoires de nos aînés débutent à domicile.

Les propos engagés du président Zuber

Félicitant celles et ceux qui ont initié ce service unique et gratuit à la population des plus de 65 ans, Martin Zuber s’est ensuite adressé aux politiques pour les exhorter à faire évoluer les choses. « On parle d’un réseau de soins intégrés alors ayez le courage et la volonté d’avancer rapidement pour placer le RHNe, le CNP, Nomad et AROSS dans une même organisation. » Selon Martin Zuber, après les déclarations, place aux actes : « 180 000 habitants, 2 % de la population suisse, une taille qui doit nous inciter à mettre en place un réseau unique. » À l’heure où le conseiller d’état Frédéric Mairy promulgue la nécessaire réalité de travailler en réseau, le président d’AROSS sert de caisse de résonance au message politique. Et de conclure : « S’il n’est pas certain que dans 10 ans AROSS existera dans sa structure actuelle, je suis en revanche convaincu que les prestations resteront. »

 

Les propos engagés du président Zuber

Félicitant celles et ceux qui ont initié ce service unique et gratuit à la population des plus de 65 ans, Martin Zuber s’est ensuite adressé aux politiques pour les exhorter à faire évoluer les choses. « On parle d’un réseau de soins intégrés alors ayez le courage et la volonté d’avancer rapidement pour placer le RHNe, le CNP, Nomad et AROSS dans une même organisation. » Selon Martin Zuber, après les déclarations, place aux actes : « 180 000 habitants, 2 % de la population suisse, une taille qui doit nous inciter à mettre en place un réseau unique. » À l’heure où le conseiller d’état Frédéric Mairy promulgue la nécessaire réalité de travailler en réseau, le président d’AROSS sert de caisse de résonance au message politique. Et de conclure : « S’il n’est pas certain que dans 10 ans AROSS existera dans sa structure actuelle, je suis en revanche convaincu que les prestations resteront. »

 

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