Karim Erard a étudié la philosophie, le français et le journalisme à l’université de Neuchâtel. Ensuite, il a obtenu son master en pédagogie à la Haute École pédagogique. Depuis, il enseigne le français et la philosophie à Delémont. À côté de son métier, il se passionne pour les voyages et transmet sa passion à travers des conférences et bientôt des podcasts sur de nombreux pays. Il était de passage le 17 janvier à la bibliothèque de la ville de La Chaux-de-Fonds pour répondre à la question : « Comment vivent les gens en Corée du Nord ? » Interview.
– Karim Erard, votre conférence porte sur la Corée du Nord, combien de fois y êtes-vous allé ?
– Je ne suis allé qu’une fois pendant une dizaine de jours. Nous nous sommes rendus dans 3 villes : la capitale Pyongyang, la cité balnéaire Wonsan et la ville frontière Kaesong. Je me suis ensuite rendu en Corée du Sud pour le reste de mon voyage comme ça j’avais les deux facettes d’un pays fracturé par l’histoire.
– Avec seulement une dizaine de jours sur place, peut-on vraiment en tirer des enseignements fiables ?
– Malheureusement, je n’ai interviewé personne en Corée du Nord. Mais j’ai tenu un carnet de voyage tous les soirs où je transcrivais en détail mes observations. J’ai pris plusieurs photos. Ensuite, j’ai beaucoup lu, réuni une importante bibliographie et recueilli une série de témoignages de Suisses qui avaient vécu dans ce régime totalitaire communiste. Parmi eux, quatre officiers de liaison qui ont été pendant un certain temps sur la frontière entre les deux Corées, un biologiste qui s’est rendu une cinquantaine de fois là-bas et un instructeur de Grindelwald qui a formé des chevriers nord-coréens.
– Qu’est-ce qui vous frappe dans ce pays ?
– J’aime les pays qu’on considère comme des royaumes inconnus comme le Bhoutan ou la Corée du Nord. Aller là-bas, c’est palpitant et présente un vrai intérêt de découvertes.
– Comment fait-on pour rentrer en Corée du Nord, pays réputé « verrouillé »?
– Il y a peu de touristes car ça semble peu accessible. En Corée du Nord, ils vous prennent votre passeport. Pour aller dans ce pays, j’ai contacté deux agences de voyage qui m’ont délivré des papiers à Beijing. C’était le début d’une incroyable découverte. Incroyable, ça n’est pas forcément positif car ça reste un régime totalitaire affreux.
– Est-ce que les Nord-Coréens sont conscients de la réalité dans laquelle ils vivent ?
– C’est très difficile de savoir car l’accès à la population est compliqué. Ils ne parlent pas anglais et il y a de la pudeur. Les guides ne nous laissent pas discuter avec la population et sont des vecteurs de propagande.
– Qu’est-ce qui vous a choqué en Corée du Nord ?
– Je dirais l’urbanisme. Tout est construit en suivant des critères architecturaux soviétiques avec des espaces, boulevards et bâtiments monumentaux. Les statues et fresques dédiées aux leaders politiques sont frappantes par leur gigantisme. Par exemple, il y a deux statues en bronze d’une vingtaine de mètres de Kim Il-sung et de Kim Jong-il situés sur la colline de Mansudae. Il y a également une absence saisissante de publicité.
– Est-ce qu’il n’y a pas une forme de lassitude qui s’installe au bout de 80 conférences sur le même sujet ?
– Non, pas du tout. C’est un projet qui a pris de plus en plus de place et d’ampleur au fur et à mesure des années. Donc, il y a un côté d’accomplissement avec ces conférences.



























