Depuis 1995, il en a vu défiler des élèves ce prof d’allemand et de géo du lycée Blaise-Cendrars. À quelques jours de la retraite qu’il prendra à la fin de l’année scolaire, Jean-Philippe Rawyler laisse aussi son fauteuil d’animateur du ciné-club, une fonction qu’il a endossée avec passion. Ce club, un des piliers culturels du lycée, a vu le jour au début des années 1970 sous l’impulsion de l’enseignant Jean Frey.
« Avant de prendre le relais de responsable du ciné-club du lycée en 1998, je m’intéressais déjà au cinéma et j’étais à la tête du ciné-club de l’école obligatoire de La Chaux-de-Fonds. Plus qu’une passation, je parlerais de filiation dans des rôles successifs d’animateur puis de responsable », précise celui qui aura côtoyé des milliers d’élèves et visionné plus de 500 films dans son rôle de GO du ciné-club. Rencontre avec celui qui quittera ses fonctions avec un pincement de cœur :« Je vais regretter les jeunes et leurs échanges, qui sont pour nous, les enseignants, de véritables catalyseurs énergétiques », lâche avec émotion Jean-Philippe Rawyler.
Jean-Philippe Rawyler, quel but poursuit le ciné-club ?
Celui de procurer aux élèves une expérience culturelle unique en leur permettant de se familiariser avec les différentes facettes du 7e art. Chaque année, une équipe d’une quinzaine de jeunes de 15 à 18 ans donne du temps pour élaborer, diffuser le programme et participer activement à une douzaine de soirées. Ce n’est d’ailleurs par la seule expérience culturelle proposée par le lycée qui possède sa troupe de théâtre et son chœur. Ces activités extra-scolaires permettent aux adolescents de s’ouvrir au monde, d’acquérir des compétences autres que celles exclusivement scolaires. Elles peuvent générer ou nourrir des vocations et permettent à de futurs professionnels des métiers artistiques de mettre le pied à l’étrier.
Combien de projections par an, pour quelle fréquentation ?
L’équipe programme une quinzaine de films sur la saison qui court d’octobre à février. Parfois 2 par soir, soit une douzaine de soirées cinéma par an. Généralement, l’affluence est moyenne dans l’aula, sauf pour les soirées spéciales comme Halloween ou la Nuit du cinéma qui attirent jusqu’à 300 spectateurs. Ce qui est important à mes yeux, c’est d’offrir des émotions sur grand écran, et c’est bien différent d’une consommation d’images sur un écran de smartphone 4000 x plus petit.
La saison bat son plein entre octobre et février, pourquoi ?
Cette période s’y prête bien. Le soleil se couche plus vite, ce qui permet un obscurcissement total. Ces mois d’hiver sont aussi propices aux autres activités culturelles du lycée.
En 28 ans, quels changements avez-vous vécus ?
Le numérique et ses possibilités a été ressenti d’abord comme une forte concurrence, mais celle-ci s’est avérée aussi profitable au niveau de la programmation. Au lycée Blaise-Cendrars, nous projetons depuis 2012 des films en mode digital. Avant, les bandes nous étaient livrées via la poste par les distributeurs. Il fallait les bobiner et les rembobiner en cabine de projection avec tous les risques du métier que cela comporte, comme de monter une bande à l’envers, avec des sous-titres qui défilaient de droite à gauche ! Avec le digital, le monde des projectionnistes s’est allégé et le métier a rétréci, alors que le catalogue des films à disposition – en particulier les anciens – s’est élargi.
Votre pire et meilleur moment ?
Nous avons parfois tremblé lors de notre Nuit du cinéma ! Elle s’achève vers 8 h du matin et il est arrivé que de jeunes cohortes montent au lycée vers 2 h du mat’ pour continuer la fête après la sortie des boîtes et autres bars. En reprogrammant cet événement à fin février alors qu’il se tenait normalement mi-avril / début mai, nous avons évité ce souci… grâce au froid, magnifiquement dissuasif pour celles et ceux qui ne peuvent entrer dans l’aula ! Le meilleur moment est celui de la projection des films des étudiants, films « faits maison » dans le cadre des ateliers interdisciplinaires, des travaux de maturité ou des arts visuels. Certains sont même réalisés uniquement pour la Nuit du cinéma. On y découvre des perles. Un must du lycée qui en possède environ 180 dans ses archives.
On dit que les salles se vident, ça se confirme au Blaise Cendrars ?
Pas vraiment, c’est cyclique. Parfois, nous avons douté mais aujourd’hui, avec une moyenne de 80 membres par an qui paient leur carte (réd. 20 francs pour 15 films), il y a de quoi se montrer satisfaits et confiants en l’avenir. Certes, les affluences record des années 1970 et 1980 sont derrière nous, mais le fait de montrer un film macédonien à 40 élèves vaut mieux – dans l’esprit qui est le nôtre – qu’un blockbuster sans prétention qui attire 120 élèves.
L’Or maudit, la Vénus noire, des films inspirés par Cendrars, vous les avez programmés ?
Non mais je soufflerai l’idée à mes successeurs. Ils devront prendre leur bâton de pèlerin, passer par la Cinémathèque suisse et, si les films existent et sont diffusables, remettre en marche le 35 mm…
Près de 60 ans, 2 animateurs du ciné-club. Qui vous succédera ?
Une équipe de 4 enseignants passionnés de culture et de cinéma. Eva Baehler, Nicolas Clottu, Emmanuel Joos et Janique Tissot. Mes successeurs se rencontrent d’ailleurs cette semaine pour mettre en place la nouvelle saison, ce qui démontre leur motivation et leur sens de l’organisation. Le ciné-club est entre de bonnes mains.
Monsieur Rawyler, qu’allez-vous faire lorsque vous serez retraité ?
Évidemment du cinéma ! Je prévois de faire des petits films, d’utiliser des logiciels de montage accessibles et… de voir des films encore plus souvent !





























