Et si on essayait de comprendre ?

Par Kevin Vaucher

Qu’on se le dise avant toute autre chose : La Brévine n’est de loin pas qu’un village où il fait froid et Le Ô vous le démontrera encore numéro après numéro en cette année 2026. Mais début janvier oblige, Impossible de ne pas évoquer le froid de canard et notamment les -30,3 degrés degrés de la nuit du 5 janvier. Rien que d’en parler, je ressens encore le froid qui déchirait mes mains lorsque j’ai pris cette photo aux alentours de 10 h, lorsque le mercure affichait encore -29,5 degrés. Et si on essayait de comprendre ?

La recette fonctionne à chaque fois : que ce soit -20 degrés, -25 degrés ou -30 degrés, La Brévine fait toujours parler d’elle dans tout le pays et au-delà lorsqu’elle affole le thermomètre en hiver. Le record du 12 janvier 1987 (-41,8 degrés) a marqué durablement les esprits et fait la fierté de ses habitants pour qui le froid est devenu un atout touristique. Le froid fait même l’objet d’une fête annuelle très populaire qui réunit des milliers de visiteurs. Prenez-en bonne note, ce sera les samedi 7 et dimanche 8 février en 2026 !

Une « cuvette surélevée » à air froid
Et si on essayait de comprendre pourquoi le village situé à 1043 mètres d’altitude, loin des sommets alpins, détient le record de froid du pays ? Qu’est-ce que cet endroit a de si spécial pour « nous les geler » pareillement ? Des experts de MétéoSuisse se sont penchés sur la question et ont livré leurs explications. Elles tiennent d’abord à la situation géographique et topographique du lieu. « À volume égal, un gaz froid comme l’air est plus dense et plus lourd qu’un air chaud, ce qui le pousse à s’écouler vers le bas et donc à s’accumuler dans les combes et les vallées. » Ce sont les fameuses « cuvettes à air froid » dans le langage familier.

Les 5 ingrédients du cocktail rafraîchissant brévinier
Et tant qu’une perturbation n’emporte pas cette masse d’air froid, elle persiste. En hiver, lorsque les nuits sont longues et que le soleil reste bas durant la journée, différents ingrédients forment un cocktail rafraîchissant : une masse d’air arctique, un taux d’humidité bas, l’absence de vent, l’absence de couverture nuageuse nocturne (qui agit comme une « couverture ») et un sol couvert de neige. Il en découle alors l’explication sur le « pourquoi » il ne fait pas plus froid en altitude : « Sur les sommets des Alpes par exemple, le vent est rarement absent et l’air froid peut s’écouler plus facilement. » En gros, il fait froid plus régulièrement en altitude (la température annuelle moyenne la plus négative se trouve au Jungfraujoch avec -6.7 degrés).

Le vent : acteur sournois du thermomètre
Dans un article de 2023, MétéoSuisse a parfaitement exemplifié cette analyse avec le cas du record de froid du 12 janvier 1987. Un front froid avait commencé à traverser la Suisse dès le 10 janvier à partir du nord-est, sur le versant sud d’un puissant anticyclone centré sur la Scandinavie. Une bise vigoureuse s’était en outre maintenue durant plusieurs jours, entraînant avec elle de l’air polaire de l’est européen voire de la Russie. Le genre d’air pas très sympa quoi. « Sur les relevés, l’évolution de la température et du vent à La Chaux-de-Fonds (ndlr : il n’y avait pas encore de relevé continu à la station de La Brévine à cette époque) montre une diminution constante de la température à l’arrière du front froid. Durant la nuit du 11 au 12 janvier, la cessation momentanée du vent permit une chute rapide de la température. Le retour de la bise avait rapidement changé la donne et fait remonter le mercure en matinée.

 

 

Le froid est devenu un atour commercial pour le village
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