Tout part d’un chiffre : 80 % des agriculteurs français (sans doute que les proportions s’en approchent en Suisse) se disent inquiets quant à la viabilité de leurs fermes ! Et tout part aussi d’un constat : les agriculteurs sont largement conscients qu’une transition agricole est nécessaire afin de tenir compte du réchauffement climatique et de ses effets, notamment sur les productions. La solution s’impose d’elle-même : il faut décarboner ! Oui mais un obstacle s’impose tout aussi naturellement : les producteurs sont freinés financièrement dans leur désir de faire évoluer leur métier. Alors que faire ?
Cette présentation découle de la conférence organisée par Les Vert·e·s le 22 janvier dernier. Cette manière de présenter les enjeux environnementaux d’une autre façon a été un relatif succès puisque la moitié des 100 places à disposition dans l’auditoire du CPNE avaient trouvé preneuses et preneurs. L’intervenant principal était Corentin Biardeau, ingénieur projet en agriculture et alimentation. Lui et son équipe de The Shift Project ont travaillé à l’élaboration d’un rapport sur l’approche bas carbone de l’agriculture en France. On peut balayer ce sujet d’un revers de la main ou se dire que l’agriculture produit 14 % des gaz à effets de serre en Suisse et que la question est légitime.
Réduire les émissions intérieures sans augmenter les émissions importées
Corentin Biardeau a déconstruit une des fausses croyances au sujet du monde agricole. « Ces gaz à effets de serre proviennent à une très grosse majorité de processus biologiques et non pas de combustion d’énergie fossile tel le carburant pour le tracteur. » Et alors quoi ? Cela signifie que la manière de travailler des paysans – si elle évolue – peut avoir un impact positif sur leur empreinte carbone. « Sans même parler du fait que le réchauffement climatique influence déjà les productions et que certaines cultures ne pourront plus être produites dans telle ou telle région par exemple. » Toute la question est maintenant de savoir sous quelle forme la transition écologique peut avoir lieu et comment faire évoluer les systèmes d’élevage tout en limitant les émissions importées.
Les 3 scénarios possibles d’ici 2050
« Réduire les gaz à effets de serre en diminuant le nombre d’animaux est une option mais si la demande en viande ne diminue pas dans le même temps, il faudra en importer. » Résultat : plus d’importation donc plus de transports donc plus d’impact sur l’environnement. « Pour trouver le juste équilibre, il est important de planifier les choses à l’avance. » Prenons l’engrais azoté par exemple : « Il en faut un certain volume dans l’agriculture mais pas trop non plus car il a un impact écologique majeur qui va jusqu’à la pollution des eaux souterraines. » En fonction de l’équilibre trouvé et des justes mesures, le conférencier avance 3 scénarios possibles d’ici 2050 allant de l’autonomie alimentaire à l’importation marquée de nourritures.
Des mesures incitatives au lieu de normes
Tout dépendra donc des choix entrepris, eux-mêmes grandement influencés par les moyens financiers qui pourraient être mis à la disposition des agriculteurs pour leur permettre d’avancer dans la bonne direction. « Mieux que les normes rigides qui constituent souvent des charges supplémentaires pour les producteurs, il faut viser des mesures de transformation incitatives (ndlr : donc en partie financières) en tenant compte que décarboner engendre inéluctablement une hausse des coûts de production », recommande Corentin Biardeau. Au final, c’est surtout la volonté politique qui pourra donc faire la différence.



























