De la mer à la stratosphère, l’aventure solaire de Raphaël Domjan

Par Patrick Fischer

Après avoir effectué le premier tour du monde à bord d’un catamaran solaire, il vise la stratosphère avec un avion qui carbure au soleil. L’aventurier neuchâtelois Raphaël Domjan a passé de PlanetSolar en 2012 à SolarStratos aujourd’hui. Il vogue et vole à la recherche de l’exploit. C’est sa manière à lui d’attirer l’attention sur le dérèglement climatique : frapper les esprits pour promouvoir l’énergie solaire. Il évoque ses records et sa motivation pour les lecteurs du Ô.

– Raphaël Domjan, le 12 août 2025 vous avez volé à plus de 9500 m. Record validé ?
– On attend toujours la validation par la FAI, la fédération aéronautique Internationale. L’altitude exacte va se situer entre 9521 et 9689 m.

– Pourquoi cette différence ?
– C’est un calcul assez complexe, il ne s’agit pas d’une hauteur géographique mais d’une pression-altitude, qui dépend notamment de la température de l’air.

– Là-haut vous avez croisé un avion de ligne… !
– C’était un moment incroyable, se retrouver à la même altitude qu’un avion de ligne avec un petit avion solaire. Il était à 3 ou 4 km.

– Un risque de collision ?
– Non, j’ai fait un virage à gauche, et si cela s’était avéré nécessaire, le contrôle aérien m’aurait dit de descendre ou de monter pour l’éviter.

– Cela pose la question du danger, aviez-vous un parachute ?
– Oui j’ai un parachute. Le plus dangereux dans un vol comme le nôtre, au-dessus des Alpes, c’est la recherche des ascendances à proximité des sommets. Le pilote d’essai n’avait jamais volé à cette altitude, on ne savait pas comment l’avion allait réagir. Si tu te dis aventurier, il y a forcément une part de risque.

– Le plus compliqué pour réaliser cet exploit, c’était la bureaucratie ou la technologie ?
– Un, trouver l’argent. Deux, les démarches bureaucratiques. Ensuite la technique.

– Combien d’argent ?
– On aimerait y arriver avec 10 millions de francs mais on n’a pas encore trouvé toute la somme. On a déjà dépensé entre 5 et 6 millions.

– Votre but c’est d’aller encore plus haut, à quelle altitude ?
– Entre 11 000 et 14 000 m.

– Quelle est la difficulté ?
– La difficulté c’est qu’il nous faut plus d’énergie. On a 30 kWh, l’équivalent de 3 litres d’essence. Il faudrait qu’on arrive à 5 ou 6 litres. Notre défi c’est les nouvelles générations de batteries, plus légères et plus denses.

– Quel est le sens d’aller si haut, les avions de ligne ne volent pas dans la stratosphère !
– Ce qu’on cherche à montrer, c’est qu’avec un avion solaire on peut dépasser le potentiel des énergies fossiles. Pourquoi ? Votre voiture est électrique j’imagine…

– Ben non !
Faudra y penser la prochaine fois si vous voulez parquer chez moi ! (Rires)

– Ça montre que vous êtes ouvert…
– J’ai quand même des blocages ! Revenons à ma démonstration. L’avantage du moteur électrique est de n’avoir pas besoin d’oxygène, qui se raréfie avec l’altitude. Il maintient la même performance alors qu’avec un moteur thermique on perd déjà 30 % de rendement à 3000 m.

– La stratosphère, il y a un côté symbolique aussi ?
– Oui, si on cherchait uniquement l’efficacité on devrait s’attaquer au bâtiment, plus facile à décarboner et qui représente un gros volume d’émissions de CO2 comparé aux 3 % de l’aviation. Moi, j’essaie de montrer qu’il y a d’autres solutions que la décroissance, que l’énergie solaire a un immense potentiel, surtout en Suisse. Je perpétue l’esprit pionnier.

– Les écolos vous suivent ?
– Ils me considèrent comme un technico-solutionniste qui veut résoudre les problèmes grâce à la technologie. Pour les plus dogmatiques il faudrait arrêter de prendre l’avion car on ne peut pas décarboner l’aviation.

– Mais votre aventure solaire est-elle transposable à l’aviation commerciale ?
– Non, il faut être honnête. On s’achemine plutôt vers des centrales solaires au sol qui produiront de l’hydrogène. On fera voler des avions à l’énergie solaire mais de manière indirecte. Le solaire pur conviendra aux petits avions et aux petites distances.

– Bertrand Piccard veut réaliser un tour du monde en avion à hydrogène en 2028, vous êtes monté plus haut que lui… Vous êtes en concurrence ?
– Non pas du tout, on a même été assez proches. Nous faisons tous les deux de l’écologie expérimentale. Et on n’est pas les seuls, PlanetSolar, Solar-Impulse, l’homme volant Yves Rossy, Alinghi… La Suisse est un pays de pionniers, surtout la Suisse romande !

– Comment vous l’expliquez ?
– On n’a pas le même état d’esprit, les Romands c’est plus l’aventure, l’exploration. Les Alémaniques font des trucs sérieux. Ils construisent les avions Pilatus.

Vous avez un lien avec Pilatus, ils s’intéressent à ce que vous faites ?
Aucun lien, ils s’en fichent complètement, comme la plupart des constructeurs aéronautiques. C’est un peu en train de changer. Bertrand Piccard a réussi à embarquer Airbus dans son projet Climate Impulse de tour du monde en avion à hydrogène.

– Vos projets à vous ?
– La stratosphère en 2027 et on aimerait faire un vol solaire avec une célébrité, mais je ne peux pas en dire plus à ce stade.

En 2012, le catamaran PlanetSolar a bouclé le premier tour
du monde en bateau solaire en 584 jours 23 heures et 31 minutes.

Apprentissage et atterrissage à La Chaux-de-Fonds

Raphaël Domjan est né en 1972 à Neuchâtel. Apprentissage de mécanicien motocycle à La Chaux-de-Fonds. Il a exercé le métier d’ambulancier à Lausanne et au Val-de-Travers. Devenu aventurier, il donne de nombreuses conférences, quand il ne pilote pas le prince Albert de Monaco à bord de son avion électrique, c’était en 2021. L’année suivante il était le premier pilote à avoir atterri avec un avion solaire aux Eplatures.

– Quel métier indiquez-vous sur les documents officiels ?
– Explorateur et conférencier.

– À quel âge êtes-vous tombé dans les panneaux solaires ?
– En 2001 à 29 ans, c’est à ce moment que je suis tombé amoureux de l’énergie solaire. On a créé, avec mon frère et un ami d’enfance, le premier hébergeur Internet solaire au monde en installant des panneaux solaires sur le toit de la maison de nos parents et en utilisant des batteries de voitures. Ça nous a fait pas mal de pub, même sur TV5 Monde. De 200 clients on est passé à 4000.

– Premier choc climatique ?
– 2004 en Islande. Le glacier qu’on avait vu lors d’un premier voyage 11 ans plus tôt avait quasi disparu, il avait reculé de 30 km, 400 à 600 m d’épaisseur de glace avaient fondu. On a d’abord pensé qu’on n’était pas au bon endroit.

– Est-ce qu’on a sous-estimé le potentiel solaire en Suisse ?
– Oui partout, en Suisse et dans le monde. On rattrape un peu notre retard. Quand on a présenté notre projet PlanetSolar en 2004, le solaire représentait 0,1 % de l’électricité. Aujourd’hui on est en dessus de 10 % et ça monte à une vitesse folle, encore plus vite en Chine que chez nous. C’est clairement l’énergie la moins chère et la moins impactante.

– Le réchauffement climatique vous inquiète un peu, pas mal, beaucoup… ?
– Je suis très inquiet, mais je le vis mieux parce que j’agis.

– En quoi vos expéditions contribuent à la lutte contre le réchauffement ?
– On fait de l’écologie expérimentale. Après avoir montré qu’on peut réaliser un tour du monde en bateau solaire, des sociétés se sont mises à en construire. À côté, on a créé un centre de formation d’installateurs solaires au Sénégal, on a développé un projet pour les sages-femmes au Mali. On veut montrer que le solaire est une énergie humaniste, qu’on ne peut pas taxer.

– Quand vous n’êtes pas en expédition, votre geste quotidien pour le climat ?
– Tout ce qu’il est possible de faire sans énergie fossile, je le fais. Voiture électrique, panneaux solaires… J’ai comme règle de vie de ne rien m’interdire mais de le faire en consommant le moins possible, avec un impact minimum. Je ne fais pas de shopping pour acheter des choses dont je n’ai pas besoin et je fais réparer mes habits. J’achète toujours les mêmes caleçons, quand ils sont troués, ma couturière m’en refait un avec deux ancien qui sont usagés.

 

Raphaël Domjan aux commandes de SolarStratos, 
du niveau de la mer à la stratosphère.
Raphaël Domjan aux commandes de SolarStratos, du niveau de la mer à la stratosphère.

Apprentissage et atterrissage à La Chaux-de-Fonds

Raphaël Domjan est né en 1972 à Neuchâtel. Apprentissage de mécanicien motocycle à La Chaux-de-Fonds. Il a exercé le métier d’ambulancier à Lausanne et au Val-de-Travers. Devenu aventurier, il donne de nombreuses conférences, quand il ne pilote pas le prince Albert de Monaco à bord de son avion électrique, c’était en 2021. L’année suivante il était le premier pilote à avoir atterri avec un avion solaire aux Eplatures.

– Quel métier indiquez-vous sur les documents officiels ?
– Explorateur et conférencier.

– À quel âge êtes-vous tombé dans les panneaux solaires ?
– En 2001 à 29 ans, c’est à ce moment que je suis tombé amoureux de l’énergie solaire. On a créé, avec mon frère et un ami d’enfance, le premier hébergeur Internet solaire au monde en installant des panneaux solaires sur le toit de la maison de nos parents et en utilisant des batteries de voitures. Ça nous a fait pas mal de pub, même sur TV5 Monde. De 200 clients on est passé à 4000.

– Premier choc climatique ?
– 2004 en Islande. Le glacier qu’on avait vu lors d’un premier voyage 11 ans plus tôt avait quasi disparu, il avait reculé de 30 km, 400 à 600 m d’épaisseur de glace avaient fondu. On a d’abord pensé qu’on n’était pas au bon endroit.

– Est-ce qu’on a sous-estimé le potentiel solaire en Suisse ?
– Oui partout, en Suisse et dans le monde. On rattrape un peu notre retard. Quand on a présenté notre projet PlanetSolar en 2004, le solaire représentait 0,1 % de l’électricité. Aujourd’hui on est en dessus de 10 % et ça monte à une vitesse folle, encore plus vite en Chine que chez nous. C’est clairement l’énergie la moins chère et la moins impactante.

– Le réchauffement climatique vous inquiète un peu, pas mal, beaucoup… ?
– Je suis très inquiet, mais je le vis mieux parce que j’agis.

– En quoi vos expéditions contribuent à la lutte contre le réchauffement ?
– On fait de l’écologie expérimentale. Après avoir montré qu’on peut réaliser un tour du monde en bateau solaire, des sociétés se sont mises à en construire. À côté, on a créé un centre de formation d’installateurs solaires au Sénégal, on a développé un projet pour les sages-femmes au Mali. On veut montrer que le solaire est une énergie humaniste, qu’on ne peut pas taxer.

– Quand vous n’êtes pas en expédition, votre geste quotidien pour le climat ?
– Tout ce qu’il est possible de faire sans énergie fossile, je le fais. Voiture électrique, panneaux solaires… J’ai comme règle de vie de ne rien m’interdire mais de le faire en consommant le moins possible, avec un impact minimum. Je ne fais pas de shopping pour acheter des choses dont je n’ai pas besoin et je fais réparer mes habits. J’achète toujours les mêmes caleçons, quand ils sont troués, ma couturière m’en refait un avec deux ancien qui sont usagés.

 

Découvrez nos autres articles