L’article 47 a empêché tout journaliste suisse de contribuer à l’enquête internationale « Suisse secrets ».
Pandora, Panama papers et autres « leaks » : les scandales se succèdent. Crédit Suisse n’est pas la seule banque à être épinglée : elles sont légions, en particulier dans les pays anglosaxons. Celles-là bénéficient de la loi du plus fort et de la connivence silencieuse des médias états-uniens. Ce qui n’excuse rien pour autant…
Une nouvelle petite bombe, « Suisse secrets », vient d’éclater dans les médias du monde entier. Elle révèle l’existence de 18’000 comptes administrés par le Crédit suisse, issus de la corruption et pour blanchiment. Les faits reprochés se seraient arrêtés en 2013 et concernent des personnages en majorité non européens.
Le Monde a révélé quelques profils : dirigeants nigérians, algériens, tunisiens, libyens, vénézuéliens, tortionnaire militaire égyptien, ministre kazakh, responsables de services secrets, maffieux de la ‘Ndrangheta, jusqu’au roi de Jordanie… Quid des oligarques russes et leurs milliards de francs dans les coffres suisses ? Les montants déposés le sont bien sûr pour échapper aux législations et à l’opinion publique de leur pays d’origine.
Informée, la FINMA, notre gendarme bancaire helvétique, dit surveiller l’affaire et « être en contact » avec la banque mise à l’index. Une façon de prévenir que, s’il devait y en avoir, les sanctions resteront modestes, avertissement ou blâme tout au plus. La FINMA ne dispose en effet d’aucun autre véritable moyen de sanctionner une telle institution.
Jusqu’à 3 ans de prison !
Le plus incroyable et encore moins admissible relève de l’article 47 de la Loi suisse sur les banques. Il stipule, à l’image de ce qui se passe dans les dictatures de ce monde, que les journalistes suisses n’ont pas le droit d’enquêter sur les données bancaires, sous risque d’une peine pécuniaire ou d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 3 ans ! Les journalistes devraient attendre l’autorisation des auteurs de faits illicites pour en faire état ! Même si l’intérêt public est manifeste.
En raison de cette législation liberticide, aucun média helvétique n’a pu se joindre aux 152 journalistes de 39 pays et 48 médias ayant mis en lumière ces fraudes. C’est à se demander si l’article 47 n’a pas été repris d’une loi chinoise ou d’un autre régime autocrate…
Nos parlementaires des deux chambres, en se rappelant la levée du secret bancaire en 2009, doivent intervenir sur le champ. Et à l’unisson, car on imagine mal qu’un soutien aux médias ne vienne que des partis de gauche. En Suisse, la liberté de la presse n’a pas de couleur partisane. On veut le croire.


























