Un temple de la déconnexion

Par Kevin Vaucher

Il y a des bâtiments qui marquent une région et qui marquent leur temps. Le théâtre des Abeilles est l’un de ces repères visuels chaux-de-fonniers qui ne marque pas seulement une mais 2 époques. Lors de sa construction, en 1904, il faisait pleinement partie de la vie de quartier de l’ouest de la ville et correspondait à un quotidien qui tournait plus autour de la religion. L’érosion de l’intérêt pour l’église a malencontreusement conduit à son propre désintérêt, jusqu’à son abandon plusieurs années durant. Le bâtiment a retrouvé la lumière et a rouvert ses portes en 2016 grâce au besoin de divertissement. Devenu un temple de la déconnexion, il voit passer 15 000 spectateurs chaque année grâce à la foi créative et artistique.

Parler de déconnexion prend tout son sens dans le fameux temple de l’Abeille. Dès l’entrée, on tombe dans ce que l’association Evaprod, propriétaire des lieux, appelle « le foyer ». « C’est là que les gens se rencontrent avant et après les spectacles pour boire un verre et rencontrer les artistes qui se sont produits sur scène », évoque Léa Pheulpin, en charge de la communication. « Vous pouvez l’imaginer comme un sas de décompression, ou de déconnexion, entre la vie quotidienne et le monde magique des différents univers qui se créent ici », complète le directeur du théâtre Jacint Margarit.

Un gradin rétractable
Ce lieu est si important pour la dizaine de membres de l’équipe que sa réalisation a été préférée à l’option d’avoir une salle de spectacles plus grande. Tout étant relatif, la capacité maximale est quand même de 220 places (et même de 223 places pour être précis). Petite particularité savoureuse, la salle a été équipée d’un gradin inférieur rétractable qui permet de varier les dispositions et d’accueillir des concerts ainsi que des événements, soirées ou apéritifs d’entreprise par exemple. « La salle peut être louée lorsqu’elle est disponible. Cela peut aussi faire le bonheur de troupes amateures. » Lorsqu’on visite l’ancien temple, son charme fait rapidement effet.

L’orgue du temple refait sa vie à… Nice
Il plaît notamment par le fait qu’Evaprod s’est approprié le bâtiment depuis une dizaine d’années. Cela donne un beau mélange entre l’ancien et le nouveau comme l’escalier en bois qui monte au clocher, encore dans son jus, qui côtoie un judicieux « pont-levis » qui fait apparaître une seconde scène en hauteur. « Idéale pour y caler un orchestre symphonique », sourit Léa. Et vous n’avez pas encore entendu le plus surprenant : « C’était l’emplacement de l’ancien orgue qui a été intégralement démonté par l’EREN (Église réformée évangélique du canton de Neuchâtel) pour finir ses jours sur la Côte d’Azur, à Nice. De la neige au soleil, en voilà un qui a été béni des dieux…

Temple vendu pour 200 000 francs
Il faut dire que le temple – et son mobilier – partaient de loin. « Il a été laissé à l’abandon durant 4 ans et il a subi des pillages et des dégradations durant cette période », éclaire Jacint. Après l’avoir utilisé un moment pour répéter, l’association Evaprod s’est approchée de l’église pour le racheter et le réhabiliter. Bingo ! « Elle a accepté de nous le vendre au même prix qu’il avait coûté lors de sa construction. À savoir 200 000 francs. » Mais le plus dur restait à faire : « La première enveloppe des travaux de rénovation s’est montée à 1,5 million de francs. Une bonne moitié a pu être faite par des bénévoles. Ils étaient 350 environ. On peut vraiment dire que le théâtre des Abeilles a été construit par le peuple, pour le peuple. » Ainsi soit-il bien sûr !

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