En ces temps d’Halloween on aime bien se donner quelques frissons en enfilant un masque ou en ornant sa maison de décors de saison. Mais pour se faire peur, pas besoin d’artifice ni de faux-semblants. Il suffit parfois de regarder la réalité bien en face pour avoir les poils qui se dressent : « Un jour, une personne m’a appelé pour me dire qu’elle mangeait les croquettes du chien depuis 2 jours, faute de nourriture », évoque Pascal Boillat. Comme toutes ses équipes, le président cantonal de l’association neuchâteloise des Cartons du cœur sera sur le terrain ce samedi 31 octobre pour la traditionnelle récolte annuelle.
Lors de mon passage dans le local de stockage de l’association, j’ai pu constater sans peine que les stocks étaient quasiment vides en ce mois d’octobre si important pour elle. Cette période est cruciale pour 2 raisons : elle coïncide avec le pic des demandes des bénéficiaires (+ 50% pour les mois de novembre et décembre, soit 60 à 65 livraisons par mois dans le Haut) et est synonyme de récolte annuelle pour les Cartons du cœur.
Nonante-quatre cartons récoltés en 2010, plus de 800 en 2025
Le concept de cette récolte se veut solidaire et non-contraignant : « Nos équipes se placent à l’entrée des grandes surfaces et récoltent vos dons sous forme de produits tels que les conserves de légumes, la farine, les légumes secs, l’huile, le café, les céréales, la purée, le riz et toutes autres denrées alimentaires non-périssables. » En 2025, l’équivalent de plus de 800 cartons ont été récoltés dans les Montagnes, permettant d’aider 1374 personnes. Sur l’ensemble du canton, ce sont plus de 3000 personnes qui ont bénéficié du soutien des Cartons du cœur. À titre de comparaison, 94 cartons « seulement » avaient été récoltés en 2010, un peu moins de 350 en 2015 et pas loin de 600 en 2020.
Besoin croissant : + 16 % de nouveaux bénéficiaires l’année passée
Si la solidarité citoyenne se fait plus grande, les besoins ont explosé et sont encore loin d’être pleinement comblés. « Nous avons eu 16 % de nouveaux bénéficiaires l’année passée », exemplifie Pascal Boillat. « Parmi les personnes prises en charge, environ 17 % provenaient des services sociaux avec qui la collaboration est excellente. » Ce qui signifie aussi que plus de 80 % des demandes touchent des foyers qui n’entrent pas dans les critères de ce filet social, tels que les travailleurs vivant au-dessous du seuil de pauvreté, les personnes âgées ou des familles monoparentales.
Une mère de 3 enfants plus en mesure de les nourrir
Face à des réalités aussi disparates, la principale mission du téléphoniste est de jauger l’urgence de la situation. « Une mère de famille de 3 enfants nous a contactés un vendredi matin pour nous dire qu’elle n’avait plus rien à manger à leur donner. Nous sommes intervenus en urgence pour lui apporter des bons », développe Pascal. Le système de bons permet aussi d’aider plus facilement les personnes qui souffrent d’allergies et qui peuvent ainsi faire des achats d’aliments plus ciblés. Face à l’horreur de la précarité, le meilleur antidote est connu et fonctionne : un peu de cœur, emballé dans un simple carton…


























