« La chirurgie humanitaire n’est pas comme les autres »

Raphaèle Tschoumy
Permanence Volta

Des médecins neuchâtelois ont mené la semaine dernière une opération humanitaire sans précédent au Cameroun (Le Ô du 17 juin). L’Association MedCamSuisse est venue en aide à plus d’un millier de Camerounais-es en moins de cinq jours, à travers des consultations et des opérations. Reportage dans le bloc opératoire des Neuchâtelois, à Foumban.

C’est la saison des pluies. Il fait 25-27 degrés, taux d’humidité à 95%. Dans cette moiteur enveloppante, les équipes suisses, venues de la Permanence et Clinique Volta à la Chaux-de-Fonds, du Centre médical des Cadolles et Nerys à Neuchâtel ainsi que Fly Anesthesia et Cenan à Marin découvrent l’Hôpital du District de Foumban. Elles vont y exercer toute la semaine.

Cette bâtisse des années ’50 n’a jamais été rafraîchie. Des lambeaux de peintures pendent le long des murs. De la poussière rouge recouvre les sols. Les lits en ferraille sont le plus souvent recouverts de cartons en guise de matelas. Les toilettes sont laissées à l’abandon. Il n’y a pas d’évier, pas de douche ni d’eau courante.

 

Soins inaccessibles

C’est dans ce cadre que les médecins neuchâtelois ont installé une double salle d’opération, avec 500 kilos de matériel offert par Fly Anesthesia et Cenan à Marin.

La campagne de soin de MedCamSuisse est un succès : « En quatre jours, on a opéré une cinquantaine de personnes, de 8 h à 22 h tous les jours, et même une fois jusqu’à 4 h du matin », précise Pascal Locatelli, infirmier-anesthésiste, patron de la Volta.

Au-delà des chiffres, ce sont de nombreuses souffrances que les médecins neuchâtelois ont jugulé. Au Cameroun, pas d’assurance maladie : le patient doit payer les gants du chirurgien, le désinfectant, les pansements et les médicaments post-opératoires. Les soins sont donc inaccessibles.

Le Chaux-de-Fonnier Christophe Racine, médecin FMH en chirurgie plastique, note que la chirurgie humanitaire est bien spécifique : « Les pathologies sont les mêmes : brûlures, lipomes, excroissances. Mais ici, les gens vivent avec pendant des années par manque de moyens. Et les petites anomalies deviennent très importantes. C’est vertigineux de devoir les soigner. ».

Médecin FMH en chirurgie générale à la Volta et aux Cadolles, le Dr Francesco Strano a opéré rien moins qu’une trentaine d’hernies inguinales et abdominales ! « La population vit avec des hernies pendant cinq, dix, vingt ans. Elles deviennent impressionnantes, parfois plus grandes qu’un poing », raconte-t-il.

 

 

« Liens pour améliorer les choses »

Président de MedCamSuisse, le dermatologue de la Volta Salvador Nkondjo est très ému lorsqu’il évoque cette campagne de soins. « Nous avons discuté avec le Ministre camerounais de la jeunesse et de l’éducation civique. Nous avons rencontré le Roi, Sultan du Royaume des Bamouns. Nous avons eu accès aux autorités locales. En plus du partage de nos connaissances médicales avec l’hôpital, nous avons pu évoquer les questions politiques qui entravent le développement du système de santé. Nous reviendrons pour solidifier ces liens et offrir un avenir meilleur au Camerounais-es », conclut-il, enthousiaste.

 

 

Infirmières sans salaire

Des conditions spartiates, des horaires démesurés, des cas rares sur le billard, une vie nouvelle dans un environnement inconnu : les Neuchâtelois de Foumban sont repartis marqués à vie. « Voir le sourire des patient-es au réveil – quand on leur annonce que tout s’est bien passé – ça, c’est le plus beau des cadeaux… », conclut le Dr Strano. Une larme à l’œil.

Même si elles ont suivi une formation, les infirmiers-ères camerounaises ne sont pas payées ! Infirmière et directrice de Fly Anesthesia et de Cenan, Noémie Aebi a dû lutter pour les motiver. « Seule la responsable a le droit de faire des pansements ou de prendre la pression », déplore-t-elle. « Les autres ne font donc rien de motivant. C’est tout le système qu’il faudrait revoir. » Pour obtenir le privilège d’un salaire, le personnel soignant doit payer plusieurs milliers de francs au gouvernement. Après quoi, un salaire est – peut-être – obtenu, de quelques centaines de francs par mois…

 

La salle d’opération mise en place par les Neuchâtelois : une vraie ruche! (Photos : rty)
La salle d’opération mise en place par les Neuchâtelois : une vraie ruche! (Photos : rty)

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