Nom d’une rue !

Julie Guinand

La comtesse Elise et le navigateur Laurent Bourgnon comptent parmi les recalés de la commission de toponymie. Que pensez-vous du processus de désignation de nos places et avenues ? Suite et (pas) fin de notre dossier.

Nos rues peuvent être fleuries (rue des Primevères ou place des Lilas), boisées (rue des Hêtres ou des Bouleaux), commémoratives (rue du 1er Août ou des Electrices) ou encore poétiques (Passage secret ou Passage tranquille), mais leurs noms sont rarement anodins. Ils confèrent une couleur et une tonalité à la ville. Ils portent les traces de son histoire. L’espace urbain est bien souvent plus politique que ce que l’on pourrait penser. Tour d’horizon avec Sylvie Pipoz, déléguée à la valorisation du patrimoine et membre de la commission de toponymie.

 

Que révèle le nom de nos rues ?
Les rues peuvent évoquer la géologie d’un lieu, comme la rue de la Ronde sous laquelle coule ladite rivière. Elles peuvent aussi éveiller l’imaginaire, comme l’impasse du Dragon qui mène à l’usine d’incinération. Elles marquent parfois des réalités démographiques, comme la rue du Temple-Allemand qui atteste de la présence de la communauté allemande. Les noms de rues sont là pour faciliter la lecture de la ville mais aussi pour lui conférer une identité.

 

Arbres, fleurs ou personnalités : quelles sont les tendances au sein de la commission ?
Choisir une personnalité, c’est lui donner un poids, une visibilité et une longévité très importantes. C’est forcément délicat. Dernièrement, les noms poétiques et humoristiques ont été privilégiés, avec une grande attention à l’ancrage local. 

 

Prochains projets en discussion ?
La place des Forains devrait être rebaptisée en lien avec la création du nouveau parking, de même que la place devant la synagogue qui va prendre le nom d’une personnalité en lien avec la communauté juive.

 

 

Où sont les femmes ?

De toutes les rues portant des noms de personnalités, trois seulement rendent hommage à des femmes ! La rue Monique Saint-Hélier, autrice de L’arrosoir rouge et du Cavalier de paille, la rue Sophie Mairet et la boucle de Cydalise, toutes deux initiatrices du premier établissement de soins de la ville, en 1841 (notons au passage que seul le prénom de Cydalise Nicolet a été retenu pour la postérité). Un déséquilibre qui se retrouve dans toutes les villes du monde. La commission de toponymie se dit attentive à la question. Si elle n’envisage pas de renommer des rues existantes, elle a en réserve une liste de Chaux-de-Fonnières à célébrer dans les années à venir.

 

 

Ces villes qui féminisent ou actualisent

En 2020, à Genève, dix rues ont été rebaptisées avec des noms de femmes ayant marqué l’histoire de la ville. Neuf autres changements sont actuellement en cours.

A Neuchâtel, l’espace Louis-Agassiz a été rebaptisé Place Tilo- Frey en 2018, du nom de la première femme de couleur a avoir siégé sous la Coupole fédérale. 

A Ziguinchor, au Sénégal, les rues au nom de figures du colonialisme sont actuellement remplacées. La rue du Général-de-Gaulle est ainsi en passe de devenir la rue de la Paix.

 

 

Toponymie : document-clé signalé par une membre de la commission

Marinette Matthey, membre de la commission de toponymie depuis 30 ans, est sortie du bois pour signaler un document très éclairant (lien ci-dessous). Elle a fait les comptes : 42 hommes, 3 femmes et 32 noms désignant ou évoquant des végétaux. « Mais aussi des noms renvoyant à des bâtiments, au patrimoine horloger, aux bâtisseurs, à l’histoire, etc. » Notant l’intérêt d’« analyser ce corpus en fonction des époques où on a donné les noms », elle confirme que la commission « n’aime pas trop donner des noms de personnes aux rues ». Mais elle-même, avoue-t-elle, aimerait bien « débaptiser certaines rues pour rappeler le souvenir de Jeanne Perrochet, Madeleine Vogt ou plus près de nous Anne-Lise Grobéty ». 

www.chaux-de-fonds.ch/histoire-patrimoine/Documents/topo_def.pdf

 

 

Et les sportifs ?

Dans une ville qui compte parmi ses champions des Kiki Antenen, des Willy Kernen, des Rigolet, des René Huguenin, ou dans un temps plus récent, des Laurent Bourgnon, l’absence des représentant.e.s du monde sportif est encore plus criarde que celle des femmes dans les noms de rues de la Métropole horlogère. Un vide béant qui pourrait laisser accroire que les membres de la commission de toponymie, passés et surtout actuel-les n’aiment pas le sport. Ou en tous cas ne le considèrent pas comme un élément relevant de notre société. L’appel du pied est lancé !

De la rue de la Grognerie…

La rue de la Grognerie n’est pas devenue comme indiqué par erreur dans la 1re partie de ce dossier la rue du Succès. Elle est l’actuelle rue du Progrès, rectifie Sylvie Pipoz.
(gs)

 

 

Quid de la rue Agassiz ?

A Neuchâtel, l’Espace Louis Agassi a été rebaptisé Tilo Frey. Mais le glaciologue dont les thèses racistes sont aujourd’hui décriées ne devrait pas être déboulonné à la Chaux-de-Fonds. Il se dit que la plaque explicative pourrait toutefois être modifiée pour mettre en lumière les aspects problématiques de la pensée d’Agassiz. (Le
Ô)

Quels noms aimeriez-vous donner à nos rues et places ? Votre avis nous intéresse !

Selon vous, quelle politique adopter pour une toponymie qui colle à notre époque tout en s’inscrivant dans l’histoire de la ville ? Faut-il glorifier les figures du passé ? Les dépoussiérer ? Ou tout simplement casser le mythe des « grands hommes » Quel processus, quels choix, quels changements privilégier ? Aimeriez-vous une place de la comtesse Elise, attraction touristique au Portugal où elle fut l’épouse du roi Ferdinand II, mais oubliée dans sa ville natale ? Un couvert Laurent Bourgnon, double vainqueur de la Route du Rhum, sur la place de la Gare ?

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Ecrivez-nous à info@le-o.ch ou appelez le 032 913 90 00 !

L’Impasse du dragon : clin d’œil à l’usine d’incinération Vadec ! (Photos : gs)
L’Impasse du dragon : clin d’œil à l’usine d’incinération Vadec ! (Photos : gs)

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Selon vous, quelle politique adopter pour une toponymie qui colle à notre époque tout en s’inscrivant dans l’histoire de la ville ? Faut-il glorifier les figures du passé ? Les dépoussiérer ? Ou tout simplement casser le mythe des « grands hommes » Quel processus, quels choix, quels changements privilégier ? Aimeriez-vous une place de la comtesse Elise, attraction touristique au Portugal où elle fut l’épouse du roi Ferdinand II, mais oubliée dans sa ville natale ? Un couvert Laurent Bourgnon, double vainqueur de la Route du Rhum, sur la place de la Gare ?

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