Alain Ribaux : « l’économie durable est ma priorité »

Patrick Fischer

Le nouveau président du conseil d’état estime notre canton plus concurrentiel face à l’Asie

L’économie durable est appelée à durer. Elle tient compte des conséquences environnementales et sociales du développement économique. Elle devra répondre aux besoins du présent sans compromettre l’existence des générations futures. C’est le nouveau mantra de nos sociétés en surchauffe mais que fait-on concrètement ? Le ministre de l’économie du Canton, Alain Ribaux, président du Conseil d’Etat à partir du 1er juin donne sa première interview présidentielle dans Le Ô.

 

– Le Conseil d’Etat annonce la couleur sur son site : « Le développement durable est au cœur de la législature. » Ça se traduit comment ?

– Que l’on doit veiller à une croissance qualitative, le contraire d’une croissance débridée, orientée uniquement profit. Aujourd’hui, l’économie le fait assez spontanément parce qu’on ne vend plus un produit si on ne peut pas démontrer qu’on respecte l’environnement.

 

– Cela signifie qu’il n’y a pas besoin d’aides publiques pour encourager les entreprises qui investissent dans le durable ?

– Les aides publiques se manifestent dans les domaines d’activité stratégiques comme la haute technologie qui permet des avancées environnementales. Toutes les aides, que ça soit des prêts ou des appuis à fonds perdus, sont examinées sous l’angle de leur apport à la durabilité.   

 

– Neuchâtel est un canton industriel…

– … 45% du PIB, 38% des emplois, ce qui doit être unique en Europe. La plupart des régions ont basculé dans le tertiaire. Je ne connais pas d’autre endroit où il y a autant d’industrie. 

 

– Ah oui ? Et quel est le degré de durabilité des entreprises neuchâteloises ? 

– On assiste à un grand renouveau du tissu industriel grâce aux développements de la micromécanique et de la microélectronique, aux recherches du CSEM et à notre capacité d’innovation. La production est plus pointue, beaucoup moins énergivore et davantage automatisée. On pourrait penser que c’est dramatique pour l’emploi. Mais il faut savoir qu’on devra supprimer des emplois dans nos régions, ça fait aussi partie du développement durable. Avec le vieillissement de la population ceux qui sortent du marché du travail sont plus nombreux que ceux qui entrent. Et surtout, l’automatisation permet d’arriver à un niveau de coûts concurrentiel avec l’Asie et le sud de l’Europe.

 

– Des exemples ?

– L’entreprise de décolletage Codec qui fabrique entre autres des millions de vis infiniment petites ; elle a obtenu un marché contre des Chinois. 

L’entreprise Renaud à Boudry, spécialisée dans les broches, a acquis une nouvelle machine qui permet de tourner avec une seule personne au lieu de quatre. Eh bien, elle a augmenté ses effectifs car, étant plus performante, elle a pu rapatrier des volumes de l’étranger.

 

– Et l’Etat, est-ce qu’il se comporte comme une entreprise exemplaire sur le plan de la durabilité ?

– Cet hiver, il a fait 12 degrés dans mon bureau… et je suis venu travailler.

 

– Le chauffage était en panne ?

– Oui ! Mais la panne était liée à nos efforts pour diminuer la température des bureaux à 18 ou 19 degrés. Pour la consommation thermique on a donc été exemplaires ! Sur le plan de la mobilité, on a introduit un système d’écobonus, l’employé qui s’engage à ne pas venir en voiture reçoit 30 francs par mois. Il y a aussi l’électrification en cours du parc de véhicules de l’Etat. Et on peut mentionner notre réflexion sur les pôles. Le futur pôle économique de la Tène, retardé par des procédures, représente le top de la réflexion sur la durabilité, avec des exigences architecturales, une approche minimaliste quant aux places de parc, la gare à proximité. C’est là qu’on va y développer l’emploi du 21e siècle.

 

– Le vieillissement de la population, ça inquiète le ministre de l’économie ?

– Le problème est complètement sous-estimé par les milieux économiques. Les offres de formation ne sont pas foison. Il va falloir se réveiller. Globalement il va manquer du monde, on aura du mal à remplacer certains spécialistes. Ça développera sans doute de nouveaux modèles dans lesquels des collaborateurs pourront travailler plus longtemps s’ils le veulent.

 

 

Ecoprox c’est fini

– L’économie durable c’est aussi l’économie de proximité. Que devient le programme Ecoprox qui a permis de cofinancer de nombreux projets ?

– Ecoprox c’est fini ! Avec la pandémie sont nés des réflexes de consommation locale que le Conseil d’Etat a décidé de soutenir financièrement.

 

– L’Etat a mis combien ?

– 800’000 francs, sur trois ans. L’aide s’élevant à un tiers des coûts du projet, cela représente un total d’investissements d’environ 2,5 millions. 

 

– 75 projets déposés en 2020, 37 en 2021, 16 en 2022. Comment expliquer ce déclin ?

– C’était très lié à la pandémie. Tous les enthousiasmes se sont manifestés au début. A la fin, les projets étaient de moins bonne qualité. Pour nous le but est atteint, c’est d’avoir encouragé cette réflexion. Peut-être qu’on relancera l’idée dans 5 ans, mais là le moment est venu d’arrêter.

 

 

L’interview perso

– Un geste quotidien en faveur du développement durable ?

– J’ai acheté un vélo électrique, et je l’emploie !

 

– Le réchauffement climatique vous inquiète ?

– Oui, bien sûr. Je suis conscient qu’il faut agir vite mais pas de manière précipitée comme les extrémistes du climat. Ils oublient qu’une société comme la nôtre ne peut pas tout arrêter d’un coup si elle ne veut pas exploser socialement. 

 

– Que pensez-vous des collapsologues qui annoncent la fin de la civilisation industrielle ?

– Ceux qui font des prédictions se sont toujours trompés. Qui peut savoir comment la société va évoluer ? 

 

– La Suisse comptera cette année 9 millions d’habitants. C’est la limite ?

– Si on veut une bonne qualité de vie ça sera compliqué d’augmenter encore beaucoup. Notre territoire a ses limites, nos trains sont bondés, les routes bouchonnées… alors on peut encore augmenter mais pour cela il faudra être très strict dans l’aménagement du territoire, c’est-à-dire densifier. 

On ne peut pas avoir des maisons partout. J’ai envie d’avoir des espaces vides, des forêts, des rives accessibles. En même temps, une certaine forme d’immigration sera nécessaire pour compenser le vieillissement. 

Président du Conseil d’Etat à partir du 1er juin, le Chaux-de-Fonnier de cœur Alain Ribaux fait des conséquences environnementales et sociales du développement économique sa priorité. (Photo : Ville CdF )
Président du Conseil d’Etat à partir du 1er juin, le Chaux-de-Fonnier de cœur Alain Ribaux fait des conséquences environnementales et sociales du développement économique sa priorité. (Photo : Ville CdF )

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