Un chant monte d’on ne sait où…

Florence Galland,
www.ecristoire.ch

Laponie, Abisko. La fin de la ligne de chemin de fer, cette gare en bois peint, toi sur le quai qui m’attend. Temps des retrouvailles après tant d’attente. Temps pour nous deux, loin de tous, loin des yeux, ensemble enfin.

Tu es venu me chercher.

Comme à chaque fois que je te retrouve, je suis surprise par ta taille imposante. Impossible de te manquer à la descente du train. Ton chapeau dépasse de tous les autres, ta silhouette massive m’appelle et je cours. Dans tes bras, je me blottis. Contre ton cœur, je retrouve ton odeur. Trop de temps a passé. Tu m’as tant manqué. Nous voici enfin réunis.

Bien vite tu m’emmènes dans ta Volvo grise. Je retrouve le cuir si doux sous ma main, l’odeur de ta pipe, ce paysage à perte de vue. Laponie. L’air rare me convient. Nous roulons. Bouleaux nains, parfois un lac, de rares fermes de bois rouge. Puis le bateau. Sa passerelle est descendue. Nous montons. Quelques rares voyageurs, des femmes surtout, leur fichu sur la tête, des robes de laine chaudes, un tablier. Les hommes portent casquettes et vestons de cuir. Vont-ils à une fête ?

Toi, ton éternel paletot de velours. On dirait un lord anglais égaré dans la grand Nord. Ou plutôt posé là comme si c’était la chose la plus naturelle au monde. Où que tu sois tu es à l’aise, si familier à chacun, ta pipe au coin des lèvres. Oh combien j’aime à te regarder ! Sais-tu, tes yeux en amandes me rappellent l’Orient ? De combien de mélanges es-tu issus ? Maintenant, je vois le Prince de Perse. Tes yeux se plissent. Et je m’y perds.

Le bruit du moteur me rappelle au moment présent. Le bateau largue les amarres et s’en va au fil de l’eau. Calme, lenteur. Un chant monte d’on ne sait où. Tes bras se font doux et accueillants. A nouveau, je m’y love. Et tu m’entraines jusqu’à notre cabine. Je t’invite dans le lit. Nos retrouvailles sont de feu sur une eau de glace.

 

(Photo: Rosula Blanc)
(Photo: Rosula Blanc)

Découvrez nos autres articles

La saison printanière débute en ville du Locle et aux Brenets. Les espaces publics se couvrent de terrasses, que ce soit sur la place