Villes fantômes

Bernadette Richard

Tandis que la plupart des villes européennes rajeunissent au fil des décennies, avec plus ou moins de bonheur, il en est dont l’encéphalogramme plat raconte une triste histoire.

Oradour-sur-Glane, dans le Limousin. Le 10 juin 1944, deux cents Waffen SS massacrent l’entier de ses habitants. Le village est classé monument historique en 1946. Un peu plus au sud, en Italie, Craco, abandonnée définitivement en 1975 pour des raisons géologiques, séismes, éboulements. Elle avait résisté à la peste noire. Pas tout à fait fantôme, puisqu’elle sert de décor à de nombreux films. Ville martyre de la guerre civile espagnole, Belchite, près de Saragosse, a été détruite par les nationalistes. Elle a de beaux restes.

Très au nord, Pyramiden, sise en territoire norvégien, appartient à la compagnie russe Arktikugol. Un peu plus de mille habitants, mineurs et leurs familles dans les années 1980. La fin de l’ère soviétique sonne le glas de la cité, aujourd’hui abandonnée… Il reste six personnes pour s’occuper d’un hôtel qui accueille les touristes de la désolation.

Kolmanskop, en Namibie, en plein désert. Opulente jusque dans les années 1920, abandonnée quand le diamant a vomi son ultime pépite. Construites à l’allemande, les maisons sont toujours debout… envahies par le sable.

Et bien entendu Pripyat, prospère, la plus moderne de l’ère soviétique, érigée en quelques années pour les travailleurs de la centrale nucléaire de Tchernobyl. Délaissée après l’explosion du 4e réacteur en 1986, elle est devenue un grand terrain de jeu pour les animaux sauvages et, malheureusement, un lieu touristique cher aux fanatiques des catastrophes.

Il y en a beaucoup d’autres… Et bientôt le territoire de Gaza ?

Dernières parutions : La Chambre noire, récit, Favre éd., 2023. Hibakusha – Oppenheimer, le défi des parias, théâtre, éd. Grand Cargo, 2024. Dernier concert à Pripyat, éd. L’Âge d’Homme, 2020

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