La mère de toutes les batailles

Olivier Kohler

Votation cruciale sur la question des primes d’assurance maladie

Auréolé d’une victoire historique avec l’acceptation par le peuple et les cantons de la 13e rente AVS, Pierre-Yves Maillard va-t-il réitérer son coup politique de janvier dernier en gagnant son combat pour stopper la folie des primes d’assurance-maladie ? C’est l’un des enjeux majeurs des fédérales de ce dimanche. Proposant un plafonnement des primes à 10 % du revenu, l’initiative soutenue par la gauche affole les sondages. 56 % des personnes sondées l’acceptent, mais l’écart s’est réduit et des disparités régionales et linguistiques apparaissent clairement.

Une immense majorité de Suisses – 88 % – estiment qu’il est urgent d’agir. Mais les intentions de vote laissent entrevoir un Röstigraben. Si les Romands et les Tessinois plébiscitent l’initiative à 70 %, seuls 50 % des Alémaniques disent vouloir glisser un oui dans l’urne. Or, pour être acceptée, l’initiative doit obtenir la majorité du peuple – votants – et des cantons.

Vote le plus serré de l’histoire ?
Les politologues de l’institut de sondage gfs.bern s’attendent à une forte mobilisation du camp du non. L’argument principal des opposants – le risque d’une augmentation des impôts pour financer des aides supplémentaires – pourrait faire mouche. L’initiative du Centre pour freiner les coûts de la santé séduit aussi une majorité d’électeurs, mais dans une moindre mesure : 52 % des intentions de vote. Les deux initiatives semblent perdre du terrain et la votation de dimanche s’annonce comme l’une des plus serrées de l’histoire. Tous les regards se portent vers les cantons alémaniques qui pourraient faire basculer le résultat.

Primes moyennes à 18,5 % dans le canton de Neuchâtel
L’électorat alémanique est historiquement opposé à toute forme d’interventionnisme étatique. Beaucoup d’opposants interrogés outre-Sarine estiment ne pas devoir payer pour les cantons latins, dont Neuchâtel, considérés comme responsables de l’explosion des coûts de la santé, avec des patients plus enclins à solliciter un médecin. La gestion des hôpitaux romands est aussi mise en cause avec des déficits récurrents. Ces différences de sensibilité s’expliquent aussi par d’importantes disparités régionales.

Dans la plupart des cantons, les primes moyennes dépassent largement la barre des 10 %. Neuchâtel détient toujours la palme : 18,5 % du revenu. En cas d’acceptation de l’initiative, notre canton serait le principal bénéficiaire en termes d’économie. Tous les cantons en jouiraient, mais dans une moindre mesure.

La solidarité entre les cantons jouera un rôle capital. Avec des budgets qui eux aussi ont pris l’ascenseur. Le parti socialiste a dépensé 700 000 francs pour financer cette mère de toutes les batailles. À titre de comparaison, le Centre dispose d’un budget de 320 000 francs pour tenter de faire triompher son initiative. Quant au taux de participation, il est estimé à 48 %. À vrai dire, assez faible à considérer les enjeux politiques et sociétaux que les Suisses et Suissesses sont appelés à trancher.

 

où va le monde ?

« La géographie, cela sert d’abord à faire la guerre »

« Détruire le Hamas complètement, c’est de la pensée magique. » Le constat émane de Frédéric Encel, l’un des observateurs de la géopolitique mondiale les plus en vue du moment. « Le Hamas n’est pas qu’un mouvement terroriste et militaire. Il est aussi politique, éducatif et religieux. On ne détruit pas une idéologie – en l’occurrence l’islamisme radical – seulement avec des armes. » Ce spécialiste du Moyen-Orient apporte un regard politique sur la crise israélo-palestinienne. Pour ce professeur à Sciences Po Paris, « la complexité de la mise en œuvre de la solution à deux États – la seule admise par l’ONU – est réelle, mais pas insurmontable. » À ses yeux, le conflit correspond à une rivalité entre deux nationalismes concurrents sur un même territoire. En tenant compte de l’instrumentalisation du religieux au profit du politique… tout en réalisant que ce type de guerre et de conflits n’est pas l’apanage du Moyen-Orient.

Une terre, deux peuples. Un paradigme au potentiel souvent explosif. Dans le sillage de la chute du mur de Berlin, la tragédie yougoslave et le suicide d’une Nation. La poudrière du Caucase où Arméniens et Azéris se disputent la territorialité du Haut-Karabakh. Sans oublier l’Ukraine où la guerre a débuté avec la prise de la Crimée. « Le nationalisme, c’est la guerre », célèbre adage de François Mitterrand, trouve aujourd’hui encore toute son acuité. Prononcée à Strasbourg devant les députés européens, la formule avait valeur d’avertissement face à la tentation des nationalismes déferlant sur le continent européen. Dans son dernier livre – Les voies de la puissance – Ancel dresse un tableau lucide de la géopolitique mondiale. Convaincu que la solution à deux États demeure l’unique solution pour sortir de l’enfer de la guerre à Gaza, il décrypte les mutations d’un ordre mondial en pleine décomposition. Citant Yves Lacoste, son maître à penser, pour qui « la géographie, ça sert d’abord à faire la guerre. »

Les voies de la puissance, regard sur le Proche-Orient, Frédéric Encel, Club 44, mardi 11 juin 2024, 20 h 15.

 

où va le monde ?

« La géographie, cela sert d’abord à faire la guerre »

« Détruire le Hamas complètement, c’est de la pensée magique. » Le constat émane de Frédéric Encel, l’un des observateurs de la géopolitique mondiale les plus en vue du moment. « Le Hamas n’est pas qu’un mouvement terroriste et militaire. Il est aussi politique, éducatif et religieux. On ne détruit pas une idéologie – en l’occurrence l’islamisme radical – seulement avec des armes. » Ce spécialiste du Moyen-Orient apporte un regard politique sur la crise israélo-palestinienne. Pour ce professeur à Sciences Po Paris, « la complexité de la mise en œuvre de la solution à deux États – la seule admise par l’ONU – est réelle, mais pas insurmontable. » À ses yeux, le conflit correspond à une rivalité entre deux nationalismes concurrents sur un même territoire. En tenant compte de l’instrumentalisation du religieux au profit du politique… tout en réalisant que ce type de guerre et de conflits n’est pas l’apanage du Moyen-Orient.

Une terre, deux peuples. Un paradigme au potentiel souvent explosif. Dans le sillage de la chute du mur de Berlin, la tragédie yougoslave et le suicide d’une Nation. La poudrière du Caucase où Arméniens et Azéris se disputent la territorialité du Haut-Karabakh. Sans oublier l’Ukraine où la guerre a débuté avec la prise de la Crimée. « Le nationalisme, c’est la guerre », célèbre adage de François Mitterrand, trouve aujourd’hui encore toute son acuité. Prononcée à Strasbourg devant les députés européens, la formule avait valeur d’avertissement face à la tentation des nationalismes déferlant sur le continent européen. Dans son dernier livre – Les voies de la puissance – Ancel dresse un tableau lucide de la géopolitique mondiale. Convaincu que la solution à deux États demeure l’unique solution pour sortir de l’enfer de la guerre à Gaza, il décrypte les mutations d’un ordre mondial en pleine décomposition. Citant Yves Lacoste, son maître à penser, pour qui « la géographie, ça sert d’abord à faire la guerre. »

Les voies de la puissance, regard sur le Proche-Orient, Frédéric Encel, Club 44, mardi 11 juin 2024, 20 h 15.

 

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