Greater Middle East
« Le régime iranien est décapité. Une page de l’Histoire, ouverte en 1979, vient de se tourner. » Après l’annonce de l’élimination de l’ayatollah Ali Khamenei, le guide la révolution, le constat du politologue français Gilles Kepel paraît sans appel. Le régime théocratique au pouvoir en Iran depuis 47 ans est à l’agonie. Une dictature obscurantiste et sanguinaire, combattue avec courage par des millions d’Iraniens, avides de liberté et pressés d’en finir avec la répression effroyable des gardiens de la révolution. Enlèvement d’opposants, assassinats politiques, pendaisons publiques, exécutions de masse. La mort effroyable de trente mille manifestants, abattus à bout portant en pleine rue alors qu’ils réclamaient des conditions de vie plus décentes et le retour au pays du fils héritier du Shah d’Iran, a précipité une opération préparée de longue date. Drapé dans la posture d’un président pacificateur, Donald Trump, qui a longtemps hésité à intervenir, n’occulte même plus l’envoi de troupes au sol. Impuissant à mettre un terme au conflit entre la Russie et l’Ukraine, il n’a jamais caché sa volonté de transformer les équilibres au Moyen-Orient et de renverser cette dictature islamiste sur le point d’acquérir l’arme nucléaire. Une menace existentielle pour son allié israélien. Le momentum idéal pour le président américain soucieux de faire diversion sur son bilan intérieur et l’encombrante affaire Epstein. Mais cette nouvelle guerre au Moyen-Orient n’a sans doute pas encore dévoilé l’ampleur de son onde de choc. Le douloureux souvenir de l’invasion en Irak et le fiasco en Afghanistan refont surface. La crainte d’un nouveau choc des civilisations. L’héritage de George W. Bush et son rêve d’un Proche-Orient affranchi des guerres confessionnelles et du fondamentalisme religieux. Du Maghreb au Pakistan, un « Greater Middle East » pacifié, prospère et démocratique. En adhésion avec l’Occident et en rupture avec la haine proférée envers le Grand Satan américain.


























