CAS Neuchâtel, 150 ans et quelques glaciers en moins

Par Patrick Fischer

Au moment où le Club alpin suisse (CAS) est frappé par la gloire olympique avec la médaille d’or de Marianne Fatton en ski alpinisme, sa section neuchâteloise fête ses 150 ans. Un siècle et demi qui a vu les paysages alpins se transformer radicalement sous les coups de soleil du réchauffement climatique. Le CAS est aux premières loges ! À la fois impacté et appelé à sensibiliser la population. Le Ô a réuni Lucie Wiget, responsable protection de la nature à la centrale du CAS, et Jean-Daniel Quidort, président de la section neuchâteloise.

– Comment la montagne a changé en 150 ans ?
– Lucie Wiget : Il y a 150 ans on était au maximum glaciaire. À cette époque les gens avaient peur que les glaciers arrivent jusqu’aux villages. Aujourd’hui la crainte est de les voir disparaître avec des conséquences sur nos activités.
Jean-Daniel Quidort : Typiquement la catastrophe de Blatten est le résultat du réchauffement climatique. La fonte du permafrost est un souci pour nos cabanes qui se trouvent sur des pitons rocheux et qui pourraient vaciller.

– Et le CAS, comment a-t-il changé ?
– LW : Déjà il y a des femmes (rires)… !

– Depuis 1981, 10 ans après le droit de vote des femmes. C’est tard !
– LW : Super tard, oui !

– De nouvelles disciplines sont apparues ?
– JDQ : Le trail, le VTT, le ski alpinisme, l’escalade, le parapente… Il y a une plus grande diversité. Le vélo a pris une place importante. Grâce au vélo électrique beaucoup de gens reviennent à la montagne.

– Cela amène une nouvelle clientèle ?
– LW : Quand elles ont été construites, fin XIXe début XXe siècle, les cabanes étaient destinées aux alpinistes, qui se lèvent à 3 h du matin pour faire un sommet. C’était comme un camp de base. Ça a complètement changé ! Aujourd’hui on a également un public de randonneurs et de familles pour qui la cabane est un but en soi.
– JDQ : Les cabanes sont réaménagées pour cette nouvelle clientèle, les grands dortoirs font place à des chambres à 4 ou 6 lits.

– Les cabanes ont-elles tendance à devenir des hôtels ?
– JDQ : On peut l’observer pour les cabanes proches des pistes ou des touristes, mais pas pour celles qui sont éloignées et accessibles aux bons marcheurs seulement. Nos 2 cabanes alpines, Bertol et Saleinaz, ne sont pas des hôtels. Elles ne sont pas à la portée de tout le monde. Il faut compter 3 à 4 heures de marche, de niveau T4, avec des chaînes et des échelles.
– LW : C’est un débat ! Alors oui, on améliore le confort mais on ne rajoute pas de places. Personnellement, quand je me retrouve loin de tout dans la montagne, j’apprécie les choses simples, une forme de retour à l’essentiel.

– Comment ressentez-vous l’impact du réchauffement climatique ?
– JDQ : On doit changer certains itinéraires d’accès à nos cabanes. Si on fait du ski de randonnée, on doit marcher plus longtemps avec les skis sur le dos car il faut souvent monter à plus de 2000 m pour trouver de la neige.
– LW : À Saleinaz, ça nous a permis de développer des voies d’escalade qui constituent finalement un attrait supplémentaire. Et c’est plus agréable car il fait plus chaud !

– Il y a plus de dangers aussi ?
– JDQ : Le gros danger, en ski alpinisme, ce sont les séracs qui peuvent tomber. Il faut éviter de passer dessous ou alors passer très vite. Il y a aussi les chutes de pierres plus fréquentes.
– LW : Avec les glaciers qui fondent, on risque de trouver plus de crevasses.

Quelles mesures prend le CAS pour lutter contre le réchauffement ?
– JDQ : Cela concerne d’abord nos déplacements pour se rendre en montagne. On encourage nos membres à prendre les transports publics et à faire du covoiturage.
– LW : Nos études montrent que les trajets vers la montagne ont plus d’impact que l’hélicoptère.

– À part les déplacements ?
– JDQ : Le gardien de la cabane Bertol organise un « ravitrail », chaque participant part avec un sac de 5 kilos, rempli de farine, sucre, etc. pour éviter un ravitaillement par hélicoptère. Au lieu de monter de l’eau en bouteille on cherche à la purifier pour la transformer en eau potable.
– LW : On pousse aussi les gardiens à favoriser en partie des menus végétariens qui ont un bilan écologique bien meilleur.

– La nourriture en cabane ça reste très bidoche, non ?
– JLQ : C’est en train de changer. On le voit avec les nouvelles habitudes, les jeunes mangent moins de viande.

– Au niveau national, le CAS a-t-il une stratégie climat ?
– LW : Elle vise le zéro émissions en 2040. C’est clairement une priorité. Le club alpin est plus ambitieux que la Confédération qui a reporté le délai à 2050. Sur le plan politique, le CAS s’implique dans certaines campagnes, comme la loi CO2 ou la loi climat, mais pas toutes. Quand elles sont rénovées, les cabanes sont toutes autosuffisantes en énergie et en eau.
– JDQ : Il y a eu de gros investissements pour les équiper de panneaux solaires. Faut dire aussi que les besoins ont augmenté avec les montres, les portables, les vélos électriques qu’il faut recharger.

Le CAS, bien qu’il soit conscient du dérèglement climatique, n’est-il pas aussi une part du problème en envoyant du monde à la montagne ?
– JDQ : On sait que le bilan écologique des sorties d’un jour n’est pas idéal. Comme chef de course, j’essaie d’organiser plus de sorties sur 2 jours, qui laissent du temps pour prendre les transports publics.
– LW : Mes collègues suisses allemands ont coutume de dire Bergsport ist Motorsport ! il faut bien accéder à la montagne. En Suisse, les plus grandes émissions de CO2 sont dues aux loisirs. Heureusement, les gens seront davantage sensibilisés s’ils pratiquent la montagne et voient la beauté des paysages.

– Le CAS a développé un projet pour concilier l’escalade et la protection des oiseaux.
– LW : C’est une démarche qui réunit les grimpeurs, les guides, les organisations de protection de la nature. Certains périmètres sont fermés à l’escalade en période de nidification. Des grimpeurs sont formés par un ornithologue pour faire un suivi des oiseaux et des lieux où ils nichent. Ces mesures sont mieux acceptées quand tout le monde est impliqué.

– D’autres initiatives ?
– LW : Depuis 3 ans on organise un marché alpin de 2e main pour revendre des habits et du matériel de montagne, qui a beaucoup de succès.

– Le CAS a-t-il un rôle militant, de lanceur d’alerte, dans ce contexte climatique ?
– LW : Mon travail c’est effectivement de sensibiliser nos membres mais aussi le public. On a fait une campagne #posetapeche ou #scheissmoment en allemand, volontairement amusantes, et un peu provoc, pour apprendre aux gens comment faire leurs besoins dans la nature, à savoir s’éloigner des cours d’eau et ramasser son papier.

La cabane Bertol sur son éperon rocheux pourrait être impactée par la fonte du permafrost

2450 membres
Fondé en 1876, le CAS Neuchâtel est la section mère du canton, de loin le plus gros effectif avec 2450 membres. Moyenne d’âge, environ 50 ans, 39 % de femmes et 61 % d’hommes. En sont issus la section de La Chaux-de-Fonds en 1877, du Chasseron en 1897 et de Sommartel en 1961.

Le CAS Neuchâtel possède 2 cabanes dans les Alpes, Bertol et Saleinaz, et 2 autres sur les crêtes du Jura, Perrenoud et La Menée. L’un des temps forts des festivités du 150e sera de relier les 4 cabanes à la force du mollet, à pied et à vélo, un parcours de 310 km et 7200 m de dénivelé.

Leurs petits gestes pour la planète : la douche et la bonne parole

Le réchauffement climatique vous inquiète ?
JDQ : Oui, la multiplication des catastrophes climatiques fait peur. Le réchauffement amène des problèmes qu’on n’avait pas avant.
LW : Je ne vois pas une volonté politique en Suisse pour être plus punchy et proactif dans la lutte contre le réchauffement. On en fait clairement pas assez pour un pays riche qui est un gros émetteur de CO2 par personne.

Votre geste quotidien en faveur du climat ?
JDQ : Je diminue ma consommation d’eau, une douche mais pas de bain, je prends le train pour aller au travail, et j’éteins la lumière en partant.
LW : Je me déplace à vélo, pas électrique, je prends les transports publics, et je prêche la bonne parole à chaque fois que je peux !

Vous prenez l’avion ?
JDQ : Je l’ai beaucoup pris quand j’étais jeune mais je ne prends plus l’avion aujourd’hui.
LW : Oui ça m’arrive parce que j’adore voyager, mais j’avoue que j’ai mauvaise conscience.

CAS Jean-Daniel Quidort et Lucie Wiget
Depuis l’an 2000, les glaciers suisses ont perdu 40 % de leur volume (Photo L. Wiget)
Depuis l’an 2000, les glaciers suisses ont perdu 40 % de leur volume (Photo L. Wiget)

2450 membres
Fondé en 1876, le CAS Neuchâtel est la section mère du canton, de loin le plus gros effectif avec 2450 membres. Moyenne d’âge, environ 50 ans, 39 % de femmes et 61 % d’hommes. En sont issus la section de La Chaux-de-Fonds en 1877, du Chasseron en 1897 et de Sommartel en 1961.

Le CAS Neuchâtel possède 2 cabanes dans les Alpes, Bertol et Saleinaz, et 2 autres sur les crêtes du Jura, Perrenoud et La Menée. L’un des temps forts des festivités du 150e sera de relier les 4 cabanes à la force du mollet, à pied et à vélo, un parcours de 310 km et 7200 m de dénivelé.

Leurs petits gestes pour la planète : la douche et la bonne parole

Le réchauffement climatique vous inquiète ?
JDQ : Oui, la multiplication des catastrophes climatiques fait peur. Le réchauffement amène des problèmes qu’on n’avait pas avant.
LW : Je ne vois pas une volonté politique en Suisse pour être plus punchy et proactif dans la lutte contre le réchauffement. On en fait clairement pas assez pour un pays riche qui est un gros émetteur de CO2 par personne.

Votre geste quotidien en faveur du climat ?
JDQ : Je diminue ma consommation d’eau, une douche mais pas de bain, je prends le train pour aller au travail, et j’éteins la lumière en partant.
LW : Je me déplace à vélo, pas électrique, je prends les transports publics, et je prêche la bonne parole à chaque fois que je peux !

Vous prenez l’avion ?
JDQ : Je l’ai beaucoup pris quand j’étais jeune mais je ne prends plus l’avion aujourd’hui.
LW : Oui ça m’arrive parce que j’adore voyager, mais j’avoue que j’ai mauvaise conscience.

CAS Jean-Daniel Quidort et Lucie Wiget

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