Devant la polémique, les langues se délient !

Par Anthony Picard

Plus encore que les ex-conseillers communaux montés aux barricades, notre témoin a vécu le feuilleton concernant Françoise Casciotta de l’intérieur. « En 2007, j’ai été nommé directeur de l’école primaire avant que ma fonction ne s’élargisse à l’école enfantine. À la suite de la réforme Harmos, et de la création du cercle scolaire du Locle (CSLL), la direction était formée d’un directeur ainsi que de quatre adjoint·es et ça fonctionnait plutôt bien », plante Thierry Hild sous forme de décor.

Passage de témoin : « Une information minimale du directeur sortant »
En 2017, après le retrait du directeur Denis Jubin, le Conseil communal nomme Françoise Casciotta à la tête de la direction de l’école, écartant au passage un candidat membre de la direction adjointe. « La nouvelle directrice prend ses quartiers avec une information minimale du directeur sortant. Diriger une école, c’est s’exposer à des difficultés, des contrariétés, des oppositions, des mécontentements de tous bords mais beaucoup plus rarement à des félicitations et des remerciements. Lors de ses premières années de direction, Françoise Casciotta l’a appris à ses dépens, elle qui aurait eu besoin de reconnaissance pour valoriser son travail. C’est un métier qui s’apprend sur la durée, par l’écoute, le dialogue et la recherche de compromis. Le tout avec une profonde connaissance du métier d’enseignant. Françoise Casciotta ne cochait pas toutes les cases, mais elle a été soutenue par ses adjoints, c’était notre rôle. »

Cumul d’erreurs de management
L’arrivée de la pandémie a entraîné la fermeture des écoles en mars 2020, provoquant un choc énorme. « Au lieu d’activer le protocole de situation de crise que chaque direction du canton a en main, Françoise Casciotta a choisi de s’isoler et de ne communiquer que par l’intermédiaire de l’adjoint du cycle 3, Vincent Fivaz. Ma collègue du cycle 1 et moi devions passer par son intermédiaire pour obtenir l’aval de décisions ou de mesures à prendre. Cette erreur de management d’équipe a conduit à la démission de l’adjointe du cycle 1. Nouvelle erreur, le poste n’a pas été repourvu, même s’il est vrai que, dans le même temps, Françoise Casciotta avait décidé de doter le service socio-éducatif et le secrétariat de postes supplémentaires. À partir de là, le fonctionnement de la direction s’est résumé en contacts bilatéraux, entre Françoise Casciotta et son adjoint Fivaz qui avait pour ainsi dire installé son bureau dans celui de sa directrice. En présence de candidatures plus affirmées, la décision de nommer une administratrice jeune et inexpérimentée qui a subi des arrêts de travail de longue durée a précipité les difficultés et augmenté la charge de travail de Françoise Casciotta et du personnel du secrétariat. »

Ascension 2022 : la machine déraille un peu plus
Lors du week-end de l’Ascension 2022, la machine déraille un peu plus : « Françoise Casciotta est victime d’un grave problème de santé. Avec mon collègue adjoint, nous nous retrouvons seuls à piloter l’école sans recevoir d’aide de l’autorité communale qui continuait à passer par la directrice, malgré un arrêt de travail plus ou moins partiel qui se prolongeait. Une situation très floue et pesante pour tout le personnel. »

« Qu’y a-t-il de si sensible dans ce rapport ? »
Thierry Hild poursuit ses explications : « Dans cette ambiance de travail difficile, Françoise Casciotta demande au Conseil communal de mandater Actaes pour réaliser des entretiens confidentiels dans le but d’améliorer le climat de travail et la communication. Sans logique apparente des besoins de ses collaborateurs. Lors de la séance de restitution du rapport, l’autorité communale et le responsable des ressources humaines (RH) n’ont pas été à la hauteur de l’enjeu et n’ont proposé aucune mesure d’accompagnement aux collaborateurs. Pire, Françoise Casciotta a convoqué en solo des séances avec le secrétariat et le SSE, générant des émotions négatives de part et d’autre. À partir de là, une crise de confiance a éclaté. Depuis 2023, la diffusion du rapport d’Actaes est bloquée.

« Prétendre que des enseignants auraient comploté est honteux. »
«Trop seule, soumises à de très fortes pressions, mal conseillée de l’intérieur, Françoise Casciotta s’est essoufflée au point d’en perdre la santé », regrette l’ex-cadre du CSLL. « De plus, ma mise à l’écart des séances de direction et l’impossibilité d’établir un passage d’informations avec mon successeur ont conduit à une désorganisation des processus de travail, à une détérioration des collaborations avec le SSE et à plusieurs démissions. Je trouve honteux de se cacher derrière l’anonymat pour qualifier de « catastrophiques » les assistantes scolaires et tout aussi honteux de prétendre que des enseignantes auraient comploté contre la directrice en agissant par jalousie. Vouloir faire porter le chapeau du renvoi de Françoise Casciotta à des personnes qui ont subi des erreurs de management est délétère. Les contacts que j’ai gardés avec des collaboratrices de l’école confirment bien que la situation de cette année scolaire s’est apaisée par rapport à l’année précédente. »

Réhabiliter, réintégrer ?
Ce sera à la justice de trancher s’il faut ou non réintégrer Françoise Casciotta, bien entendu. Le cercle scolaire du Locle compte des enseignantes et enseignants pleinement dévoués à leurs tâches et ils ont besoin d’une équipe de direction neuve, expérimentée et efficiente pour les encadrer, les soutenir et mener à bien l’ensemble de leurs missions auprès des élèves.

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