Dans ce temps troublé et indécis, Le Ô s’est entretenu avec l’un des 7 sages de notre pays, Albert Rösti, pour évoquer avec lui 12 dossiers chauds actuels. Parmi eux, on trouve en bonne place la ligne directe Neuchâtel–La Chaux-de-Fonds ainsi que sa récente venue, très commentée, aux Planchettes.
– Monsieur le conseiller fédéral, quelles leçons tirez-vous du résultat des votations du 8 mars dernier, en particulier du refus du fonds climat et de celui de toucher à la redevance ?
– En rejetant le fonds climat, les électeurs ont confirmé la politique énergétique et environnementale actuelle de la Suisse. Elle est équilibrée, tient compte des intérêts de la population et de l’économie et porte ses fruits : les émissions de CO₂ ont diminué depuis 1990. Pour atteindre l’objectif de zéro émission nette de gaz à effet de serre d’ici 2050, nous combinons subventions, instruments incitatifs, objectifs clairs et technologies de stockage du CO₂. Cette approche nous permettra de poursuivre efficacement la décarbonation.
Le rejet de l’initiative SSR montre que la population soutient la voie choisie par le Conseil fédéral et le Parlement. Avec son contre-projet, le Conseil fédéral avait déjà décidé d’alléger les charges des ménages et des entreprises, répondant ainsi à la demande principale des initiants. La SSR devra désormais remplir sa mission avec un budget réduit, se recentrer et tenir compte des attentes du public. La nouvelle concession sera conçue pour garantir un service public durable, équilibré et présent dans toutes les régions du pays.
– Les Romands ont appris à vous connaître et vous apprécient car vous ne fuyez pas vos responsabilités. Visite à Lausanne au sujet des retards pris dans la construction de la nouvelle gare, nouvel horaire CFF, défense de projets autoroutiers, justification d’une réouverture du dossier nucléaire, comment faites-vous pour endosser ces lourdes responsabilités ?
– La charge est grande, c’est vrai, mais j’assume ces dossiers parce qu’ils sont utiles pour la population et l’avenir de notre pays. Je me base sur des faits, sur le travail des spécialistes de mon département, puis je tranche, même quand les décisions sont impopulaires. Dans un département comme le mien, je dois faire une pesée des intérêts entre « protection » et « utilité ». C’est important d’entretenir un dialogue direct avec la population, dans toutes les régions de Suisse.
– Neuchâtel–La Chaux-de-Fonds. L’horizon s’est éclairci il y a 2 mois avec le message favorable du Conseil fédéral qui recommande la réalisation de la ligne directe. Le projet devisé à 1,3 milliard de francs est sur de bonnes voies. Quelles sont les prochaines étapes et qu’est-ce qui pourrait retarder l’inauguration de la liaison en 2041 ?
– Le Conseil fédéral a intégré la ligne directe dans le cadre du projet « Transports ’45 ». Mon département prépare un message qui sera mis en consultation puis débattu par le Parlement, vraisemblablement en 2027. Sur le plan technique, la ligne directe se trouve aujourd’hui en phase d’avant-projet, qui doit se terminer cette année. Dans le cas des projets d’infrastructures, il est possible que des retards surviennent en raison d’oppositions ou, dans le cas de tunnels, d’aléas géologiques. Je suis toutefois confiant que la mise en service pourra avoir lieu comme prévu.
– Dans les projets classés prioritaires, le tunnel du Grimsel suscite la polémique. Reliant l’Oberland bernois à la vallée de Conches, il provoque des remous au sujet de son utilité. Sont-ce vos origines bernoises qui vous amènent à soutenir la construction d’un tunnel de 22 km censé fluidifier un faible trafic estimé à 1000 véhicules / jour ?
– Le tunnel du Grimsel n’est pas comparable à ce qui est prévu à Genève ou à Lucerne. Ce n’est pas une extension de capacité. Il a été retenu parce qu’il offre une occasion unique de combiner le rail et l’électricité et parce qu’il propose une synergie avec le tourisme. Il permet de résoudre un problème d’approvisionnement en électricité entre les régions de l’Oberhasli et de la vallée de Conches. Mais il y a encore beaucoup d’étapes à franchir et c’est en fin de compte le Parlement qui décidera.
– Vous avez réouvert le dossier des centrales nucléaires mis au placard par Doris Leuthard en 2011 après l’accident de Fukushima, pourquoi ?
– En 2017, une décision a été prise par le peuple dans un certain contexte et je la respecte. Mais depuis, le monde a changé de manière imprévisible : crises énergétiques, tensions géopolitiques et nouvelles réalités stratégiques comme la décarbonation et la hausse des besoins en électricité. Il ne s’agit pas de dire que le peuple s’est trompé mais de tenir compte de ces évolutions. Un changement de mentalité s’observe dans le monde, y compris dans des pays qui avaient renoncé à l’énergie nucléaire. En tant que ministre de l’Énergie mon devoir est d’ouvrir ce débat. Si la population et le Parlement disent « non », il faudra l’accepter. Mais au vu de la situation, l’énergie nucléaire reste une option à long terme importante pour notre prospérité, notre sécurité d’approvisionnement et notre souveraineté.
– On pourrait aussi parler du loup et des Montagnes mais je préfère discuter nature et catastrophes naturelles. Face à la recrudescence d’événements alpins aussi imprévisibles que dévastateurs, que peut faire la Confédération en matière de prévention pour soutenir les cantons, en particulier le Valais ?
– La prévention est essentielle : en collaboration avec les cantons, nous renforçons la surveillance et les systèmes d’alerte précoce. L’exemple de Blatten, l’année dernière, a montré à quel point cela est important. Grâce à une bonne surveillance, l’évacuation du village a pu être effectuée suffisamment tôt et, à une exception près, personne n’a été blessé. De plus, nous investissons dans des ouvrages et des forêts de protection. Je m’engage pour que les régions de montagne deviennent plus résilientes, afin que les personnes, les infrastructures et la nature soient protégées au mieux, aujourd’hui comme demain.
– Vous êtes l’un des représentants UDC au CF. Quelle est votre recette pour que vos idées, qui sont celles d’un tiers de la population, influencent le CF ?
– En tant que conseiller fédéral, je défends ce que je considère comme l’intérêt du pays, et nous décidons finalement au Conseil fédéral de manière collégiale. Comme chef du Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC), je défends des positions proches de la population, par exemple sur la sécurité d’approvisionnement, sur des infrastructures fiables et sur la maîtrise des coûts – mais toujours en recherchant des compromis durables. Ma « recette », c’est d’être clair sur mes convictions et prêt à trouver des solutions pragmatiques avec mes collègues au Conseil fédéral.
– À vous voir, à vous écouter, on sent beaucoup de plaisir à endosser la fonction. À bientôt 59 ans, vous semblez être totalement heureux. Qu’est-ce qui peut freiner votre enthousiasme ?
– C’est vrai, j’ai beaucoup de plaisir à exercer cette fonction. Comme chef du DETEC et avec des collaboratrices et collaborateurs motivés et compétents, je peux faire avancer des projets utiles pour la population et pour le pays. Les défis restent nombreux et les attentes élevées, ce qui m’oblige à garder les pieds sur terre.
– Le Moyen-Orient qui s’embrase, la guerre en Ukraine. Le prix du pétrole qui bat des records, les états qui renforcent leurs armées. Comment le Conseil fédéral peut-il jouer un rôle pour apaiser les turbulences géopolitiques actuelles ?
– L’escalade du conflit au Proche-Orient a provoqué une hausse des prix de l’énergie et a déjà un impact sur l’approvisionnement mondial. En Suisse, l’approvisionnement reste toutefois assuré pour l’instant. Un comité de pilotage pour la sécurité de l’approvisionnement énergétique s’est réuni le 17 mars 2026 sous la direction du président de la Confédération, Guy Parmelin, et de moi-même. En cas de pénurie grave, des mesures comme la libération des stocks obligatoires de produits pétroliers sont prévues.
– Vous aimez assister aux fêtes de lutte. Vous étiez d’ailleurs pressenti pour être le président du comité de la fête fédérale de lutte « Thun 2028 ». Dans votre jeunesse à Kandersteg, vous avez vécu à la ferme, vous avez pratiqué le ski, vous êtes monté au lac d’Oeschinen mais avez-vous pratiqué la lutte suisse ?
– Effectivement j’aime beaucoup assister aux fêtes de lutte pour l’ambiance, le respect entre les lutteurs et le lien avec nos traditions. Moi-même je n’ai jamais pratiqué la lutte, n’ayant jamais eu le physique adéquat !
– L’année prochaine votre collègue Cassis endossera la présidence de la Confédération, quand est prévu votre tour ?
– Il est prévu que j’assume la présidence de la Confédération en 2028, pour autant que le Parlement vote pour moi.
– Merci Monsieur le conseiller fédéral. Pour clore l’interview, dites encore à nos lecteurs les images qui vous viennent directement à l’esprit lorsqu’on évoque le canton de Neuchâtel.
– Ma dernière visite dans le canton de Neuchâtel remonte au 1er août 2025 aux Planchettes, où j’ai été chaleureusement accueilli par la population. Ce canton m’évoque spontanément le savoir-faire horloger, la fête des Vendanges, le Creux-du-Van et bien sûr la future ligne ferroviaire entre La Chaux-de-Fonds et Neuchâtel.






























