Invitée du Club 44, la journaliste économique Myret Zaki dénonce la désinformation pratiquée par les collectivités publiques et leur propension à enjoliver les chiffres et la réalité.
« Si vous voulez contracter de la dette, vous devez présenter des beaux chiffres…. Cela se produit ici, aussi en Occident, y compris dans nos propres systèmes politiques ». La désinformation économique, enjeu et péril de nos démocraties. C’est la thèse du dernier ouvrage de la journaliste économique Myret Zaki qui s’inquiète de « l’absence d’informations essentielles, noyées dans une masse d’informations considérables. Le citoyen est mal informé, confronté à une carence d’informations essentielles. La désinformation économique travesti les faits au détriment de la réalité objective. La présentation confuse de chiffres avec la difficulté d’avoir accès d’informations essentielles pour l’intérêt public ».
Après avoir signé plusieurs enquêtes sur la fin du secret bancaire, l’opacité des flux financiers internationaux et la fin programmée du dollar, Myret Zaki insiste sur la nécessité – plus impérieuse que jamais – d’un journalisme d’investigation indépendant. Pour révéler l’envers des décors de réalités économiques qui ont un impact direct sur la vie des gens. Pour remettre en cause la parole officielle, dénoncer la désinformation économique pratiquée à large échelle par les multinationales et les puissances occidentales. « La communication institutionnelle est devenue écrasante. Informer sur l’état réel de nos sociétés et recouper les sources d’information n’a jamais été autant essentiel ».
Pour appuyer sa démonstration, l’experte en économie explore le champ de plusieurs réalités socio-économiques. En ces temps de crise et d’incertitude, elle s’interroge sur les méthodes de calcul de l’inflation. L’indice des prix à la consommation ou le fameux panier de la ménagère qui ne reflète pas la réalité de l’inflation réelle. Selon elle, cette donnée, déterminante pour les revendications de hausse salariale, est tronquée par des méthodes de calcul très discutables. « En Suisse, on parle d’une inflation annuelle de 3 %. La réalité peut être multipliée par deux ou trois. Ces calculs sont éminemment politiques et idéologiques ». La non prise en compte de la hausse des primes de caisse maladie apporte de l’étoffe à son argumentation. « Elles ont augmenté de 150% depuis vingt-six ans. Cette hausse n’est pas prise en compte dans le calcul de l’inflation. Or, 37% des ménages n’arrivent aujourd’hui plus à payer leurs primes et les collectivités publiques déboursent six milliards de subsides. Le système n’est plus tenable et précarise toujours plus les plus vulnérables.
Finalement, c’est l’argent des contribuables qui paient les revenus et les bénéfices colossaux des assurances. Une aberration économique, sans compter les frais directs liés au paiement des médicaments ». Myret Zaki dresse un constat tout aussi accablant concernant les chiffres du chômage et la paupérisation de la population. « Depuis dix ans, la Suisse a connu un recul des salaires nets, et dans le même temps, la rémunération du capital a explosé de 70. Le taux de chômage se situe officiellement à 2%. C’est le plein emploi. Il suffit de se tourner vers d’autres sources, comme le BIT à Genève, et on atteint le chiffre de 4%… Sans compter les gens inactifs, découragés de rechercher du travail, en fin de droit ou sortis des statistiques ».


























