Quand le « crime d’impureté » faisait frémir le Cerneux-Péquignot

Par Cédric Dupraz

En 1834, au Cerneux-Péquignot, deux amants se retrouvent dans le viseur de la justice. Leur faute ? Le « crime d’impureté » ! À l’époque, cette infraction sanctionne, entre autres, les relations charnelles hors mariage ! Impossible d’y échapper : quelques mois plus tôt, le Conseil d’État de la principauté de Neuchâtel avait en effet décidé que les contrevenants seraient emprisonnés dans un délai d’un mois à partir de la sentence.
Les faits sont difficiles à nier : Virginie Vermot-Petit-Outhenin, dont le ventre grossit à vue d’œil, est rattrapée par la réalité. Comme le souligne le maire Huguenin, la femme n’en était pas à son coup d’essai : quelques années auparavant, un premier enfant illégitime était déjà sorti de son ventre. Acculé ou conscient de ses responsabilités, son amant, François Felix Faivre reconnaît le 21 avril 1834 être le père de l’enfant. Le 29 mai, une petite fille vient au monde. Treize jours plus tard, la sentence tombe : 3 jours de prison pour l’homme,
6 pour la femme. Quant à l’enfant, en conformité au droit de l’époque, elle ne bénéficie ni de droits d’héritage ni de l’origine de ses parents.

L’intervention décisive du roi de Prusse
Cet épisode est tiré du recueil sur le Cerneux-Péquignot de Michel Kreis, de la société neuchâteloise de généalogie (2010). N’y voyez cependant pas un cas isolé de la seule paroisse catholique des Montagnes. En réalité, ce type de « crime sans victime » a été poursuivi durant des siècles, notamment par la Vénérable Classe des Pasteurs. Le Conseil d’État avait par ailleurs atténué la répression, conscient qu’elle poussait certaines femmes jusqu’à l’infanticide pour sauver leur honneur. Il faudra néanmoins l’intervention du roi de Prusse, le 21 juillet 1834, pour que les enfants illégitimes obtiennent des droits à l’héritage. Quelques années plus tard, l’avènement de la République en 1848 donnera un grand coup d’accélérateur, balayant les vestiges de l’Ancien Régime. Depuis lors, au Cerneux-Péquignot et ailleurs sur territoire neuchâtelois, on fricote au gré des saisons… marié ou non.

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