Quelle place pour la préoccupation climatique quand on dirige un grand garage ?
– La place que nos clients veulent bien lui accorder ! Nous ne fabriquons pas de voitures, nous les vendons. On peut les conseiller en fonction de leur profil et de l’utilisation qu’ils comptent en faire.
Ils sont préoccupés par le climat vos clients ?
– Mon impression est qu’ils savent qu’un jour ils conduiront une voiture électrique mais ils ne savent pas quand. Est-ce le bon moment ou pas ? Nos discussions tournent beaucoup autour de cette question.
Comme garagiste, comment voyez-vous votre rôle ?
– Notre métier n’est pas de vendre des voitures neuves, c’est de prolonger la vie des véhicules. On les entretient, on les répare, on les revend d’occasion. Ça revient à économiser l’énergie grise, celle qu’on utilise pour fabriquer de nouvelles voitures. C’est là notre principale contribution à la protection de l’environnement. Et on réussit assez bien puisque chaque année le parc automobile suisse vieillit d’un mois. On en est à 10 ans actuellement. Les gens jouent le jeu, ils gardent leur voiture plus longtemps.
Vous iriez jusqu’à dire que la voiture à essence pollue moins que la voiture électrique si on prend en considération le cycle complet ?
– Non, je n’irais pas jusque-là ! Mais c’est un calcul complexe car il faudrait savoir combien il y a de CO2 dans la production d’électricité. En Allemagne il y a des centrales à charbon. En Angleterre et en Chine aussi. Les spécialistes s’écharpent pour savoir si la fabrication des batteries ne génère pas plus de problèmes que la fabrication d’un moteur thermique… Et maintenant, il y a l’arrivée des biocarburants. Vous en mettez dans une voiture diesel, et vous êtes neutre en CO2 !
C’est possible aujourd’hui ?
– Les grandes compagnies l’annoncent pour la fin de l’année. Actuellement, chaque litre de diesel contient déjà un pourcentage de biocarburants mais si on arrivait à 100 % on franchirait vraiment un cap. Je ne sais pas si c’est l’avenir.
Dans les ateliers, avez-vous pris des mesures en faveur de l’environnement ?
– Depuis toujours. Aujourd’hui, on ne rejette plus rien. Tout est trié et recyclé, que ça soit l’huile, le fer, le plastique, le carton, les tissus. En carrosserie, l’évolution a été phénoménale ces 30 dernières années. On n’utilise quasi plus de solvants.
Conseillez-vous à vos clients d’acheter des voitures électriques ?
– Non, ça aurait peu d’influence et on risquerait de perdre le client. Celui qui fait 40 000 km par année parce qu’il traverse la Suisse à longueur de journées, il faut qu’il prenne un diesel, d’autant qu’avec tous les filtres et peut-être demain un biocarburant ça devient intéressant.
Y a-t-il un regain d’intérêt pour les voitures électriques depuis la guerre au Moyen-Orient et la flambée du pétrole ?
– Le marché a connu un premier plafond de verre. Les gens voulaient de petites voitures pas chères et on leur a servi d’énormes voitures très chères avec des difficultés de ravitaillement ! Avec les premières Tesla, il y a eu un phénomène de mode et parfois aussi une forme de snobisme. Aujourd’hui effectivement on sent que ça repart, surtout pour des voitures électriques d’occasion qu’on avait du mal à vendre avant.
Au détriment des hybrides ?
– Non, les hybrides progressent au détriment des voitures thermiques, très clairement.
Est-ce que la voiture est toujours un gros pollueur ?
– Non, c’est un mauvais procès. Dans notre pays, la mobilité est liée à la prospérité. Arrêter de bouger c’est presque nous demander d’arrêter de respirer ! Les statistiques de l’Office fédéral des routes sont claires, elles montrent une baisse massive des émissions de CO2 par véhicule et par kilomètre. La technologie permet de trouver des solutions. Une Golf consomme moitié moins que dans les années 1980. Mais d’un autre côté, avec la mode des SUV, les voitures sont devenues plus grosses et plus lourdes.
Et l’automobiliste, il a la possibilité de polluer moins en adaptant sa conduite ?
– Oui, il existe les conseils du TCS. Pour consommer moins de carburant, l’idéal serait d’avoir un trafic fluide autour de 80 km/h. Il faut éviter de mettre des choses qui dépassent inutilement de l’habitacle, il faut éviter de rouler avec ses chaînes à neige dans le coffre en été. Avec des pneus gonflés à la bonne pression, on consommera moins.
Et couper le moteur au feu rouge ?
–
C’est devenu quasi automatique sur les nouvelles voitures. Dans les anciennes où il faut tourner la clé et redémarrer, c’est mieux pas ! Aujourd’hui, on a des moteurs qui s’arrêtent en descendant la Vue-des-Alpes, on arrive à zéro consommation.
Le métier de garagiste, comment a-t-il changé en 40 ans ?
– De nouveaux métiers sont apparus, mécatroniciens ou spécialistes électriques, mais le cœur du métier n’a pas changé, on est là pour prolonger la vie des véhicules. Ce qui a changé, c’est le marché. En Suisse et dans les pays industrialisés, l’offre de voitures dépasse la demande, le rapport s’est inversé. Selon une étude de KPMG, on va arriver à 6 concessionnaires pour 100 000 habitants, ce qui représente une dizaine pour le canton de Neuchâtel. On y est bientôt.
Le prix du baril est partout le même, comment expliquer les écarts de prix à la pompe, parfois plus de 10 cts le litre dans le canton ?
– Il y a différents facteurs. Ça peut être l’état des stocks mais aussi la concurrence, qui est vive entre les stations sur des routes très fréquentées comme vers Sugiez. En réalité, le prix de l’essence est surtout un moyen d’attirer les gens dans leurs shops.






























