Êtes-vous capable de faire un massage cardiaque ? Vous dites…

Cible de la mission : On recense quelque 200 arrêts cardiorespiratoires (ACR) par année dans le canton. Or, 19 ACR sur 20 sont fatals. Comment faire mieux ? Une « First Responder » neuchâteloise confrontée à la mort témoigne.

Investigations, enquêtes et analyses : Kevin Vaucher se mue en sentinelle pour poser son regard sur les défis régionaux et se frotter aux grands dossiers des Montagnes.

Le constat – 1 minute = 10 % de survie en moins
Que faire face à un arrêt cardiorespiratoire (ACR) ? Cette question pèse lourdement sur les autorités communales. Et on ne parle même pas de la présence trop peu nombreuse de défibrillateurs (un défibrillateur peut coûter jusqu’à 3000 francs). Or, chaque seconde compte pour maximiser les chances de survie. La présence d’environ 1300 « First Responders » est un atout dans cette course contre la montre. « First Responders » est une application de bénévoles capables de dispenser les premiers gestes de réanimation et de défibrillation avant l’arrivée des secours professionnels. Basé sur la proximité géographique, ce réseau permet de gagner un temps précieux car chaque minute qui passe diminue de 10 % les chances de survie. « Il faut intervenir entre 1 à 5 minutes pour que cela soit utile », témoigne Thaïs* qui est récemment intervenue sur le territoire neuchâtelois pour tenter de ramener à la vie un homme victime d’un ACR en montant dans le bus.

« J’y vais ou j’y vais pas ? » : la question récurrente
Malgré les bons réflexes du chauffeur et l’arrivée rapide de « First Responders » et des secours, l’homme n’a pas pu être ramené à la vie. Ce fait dramatique met en lumière un constat peu connu de la population : 19 arrêts cardiaques sur 20 sont fatals. Pour ce septuagénaire, tout commence par une scène banale de la vie quotidienne. Thaïs rentre chez elle vers midi lorsqu’elle reçoit une alarme de l’application  « First Responders » : « Un arrêt cardio-respiratoire est annoncé dans mon village. Je décide donc de valider l’urgence comme je suis à proximité immédiate. À ce moment-là seulement, on me communique l’endroit précis de l’intervention. Je suis arrivée sur place en 1 à 2 minutes », explique cette infirmière de formation qui est donc allée à bonne école. « J’y vais ou j’y vais pas ? Cette question m’a hanté l’esprit jusqu’à mon arrivée sur place. Pourquoi ? Par peur d’arriver trop tard ou de ne pas savoir quoi faire. »

Sur les lieux, Thaïs connaissait l’homme à terre
Même si la volonté du canton est d’atteindre les 2000 « First Responders » d’ici 2027, les plus de 1300 volontaires actuellement recensés permettent déjà de tisser une belle toile de premiers secours : « Quand je suis arrivée sur le lieu de l’arrêt cardiorespiratoire, j’étais la première First Responder mais il en est arrivé 2 autres rapidement. » Pour pouvoir agir vite et cibler ses zones d’intervention potentielle, chaque « First Responder » peut personnaliser les paramètres d’alarme pour être averti uniquement des urgences qui se trouvent dans un secteur restreint autour de chez lui. « Il peut aussi décider des jours et des heures auxquels il est disponible », confie Thaïs. Comme le réseau est conçu sur le principe de proximité, il n’est pas rare que les « First Responders » connaissent les victimes d’ACR. C’était le cas de Thaïs qui a constaté qu’elle connaissait l’homme à terre mais qui ne pouvait plus reculer. « Je sais qu’il faut agir vite alors j’ai foncé. Le chauffeur de bus avait heureusement commencé le massage cardiaque. »

Débriefing et échange autour de son état émotionnel
« J’ai d’abord veillé à ce que l’environnement autour soit sécuritaire – ce qui était le cas, la police neuchâteloise étant déjà sur place – avant de prendre le relais. » Comme tous ses comparses bénévoles, elle est dotée d’un kit d’intervention muni notamment de gants et d’un masque de réanimation de poche (pour pratiquer le bouche-à-bouche de façon hygiénique). Malgré tous les efforts des intervenants (intubation, pose de voie veineuse…), l’homme n’a finalement pas survécu. « Le décès a été prononcé environ 40 minutes après l’alarme. » Le soir de l’intervention, Thaïs a été contactée par l’équipe de « First Responders » pour une discussion sur son état émotionnel ainsi qu’une proposition de mise en contact avec un psychologue (qu’elle a refusée). Dans le canton, une personne est victime d’un ACR tous les 2 à 3 jours, ce qui souligne encore plus l’importance de ces héros du quotidien ! Rassurez-vous, la sentinelle du Haut veille et vous serez toujours les mieux informés…

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