« Beeeee, beuuuuuuu, beaaaaaa ! » Traduction du langage mouton : « Il fait chaud, enlevez-moi cette laine qui me fait transpirer. » Eh oui, l’arrivée des beaux jours n’a pas seulement des répercussions sur les humains, elle en a aussi beaucoup sur les animaux. Les moutons, avec parfois 3 à 6 kilos de laine sur le dos, sont en première ligne quand le soleil commence à taper. Les moutons Ouessant du lycée Blaise-Cendrars n’y échappent pas et ils sont allés faire un petit tour chez le « coiffeur-barber » lundi ! Nous y étions !
Dans ce domaine, on ne parle pas de coiffeur ni de « barber » mais de tondeur. Problème : ils ne sont plus qu’une poignée (et encore) pour faire tourner leur tondeuse dans toute la Suisse romande. Le propriétaire des 14 moutons du lycée Blaise-Cendrars, Jean-Jacques Tritten, a fait appel au Jurassien Joël Rich qui débordait de demandes. « Le problème, c’est que tout le monde appelle en même temps après l’hiver. Il avait déjà reçu 180 demandes quand je l’ai appelé », explique cet ophtalmologue retraité.
De la Sagne au MUZOO,
tous les moutons y passent
D’ailleurs, le tondeur expérimenté est arrivé avec près de 2 heures de retard car il avait de « la laine sur la planche » : « Une quarantaine de moutons dans la vallée de la Sagne puis les 3 moutons de Muzoo. » Impossible de l’attendre directement dans les champs car les moutons sont malins et rapides. Le tondeur n’aurait pas encore le temps de leur courir après. Les bêtes ont donc été rassemblées dans une remorque de transport et apportées dans un garage où l’homme a pu déposer son matériel et brancher sa tondeuse. Joël a l’assurance du tondeur qui sait ce qu’il fait. Il explique qu’une seule lame de sa tondeuse peut raser jusqu’à 70 moutons.
En 5 minutes chrono, le mouton est tout nu
Mais si la laine est mouillée ou trop grasse en séchant, elle perd environ la moitié de son poids –, la durée de vie de la lame se réduit à 7 tontes seulement. « Bon, allons-y. » Joël va chercher sa première « cliente » qui s’appelle… Frida. Il bloque gentiment sa tête entre ses jambes et commence le travail. En 5 minutes chrono, le mouton est tout nu ! « Un bon tondeur réussit toujours à enlever la laine en une seule pièce », sourit Joël en balançant la « touffe » sur le sol. Et de une ! Un petit coup de cisaille sur les onglons et la belle peut bientôt retourner au champ. Zénith lui succède dans les mains expertes du tondeur puis vient le tour de Clochette. La laine s’accumule dans le garage transformé en salon de tonte et Jean-Jacques Tritten prépare déjà 6 gros sacs pour la stocker. Que va-t-il en faire ?
30 à 40 centimes le kilo de laine
« Avant, j’allais l’apporter à la filature de Cernier mais elle a fermé ses portes en décembre 2025. C’était la dernière filature de Romandie si je ne me trompe pas. Du coup, je vais l’apporter à Huttwil, dans le canton de Berne. La filature produit essentiellement du textile avec cette laine et ce qui est de moindre qualité finit en isolation thermique pour les maisons. C’est un excellent isolant naturel. » Bien que la laine ne vaille plus grand-chose aujourd’hui (30 à 40 centimes le kilo), les industriels préfèrent souvent les fibres synthétiques ou faire venir de la laine… d’Australie, meilleur marché. « C’est une aberration totale lorsque l’on sait que la Suisse compte encore 350 000 moutons. »
Vecteurs de bonne humeur dans le quartier
Ce savoir-faire est plus que jamais en danger depuis une vingtaine d’années « quand la Confédération a soudainement cessé de donner de l’argent pour valoriser cette matière qui était utilisée pour les couvertures de l’armée. » Heureusement, il existe encore quelques « mordus » comme Jean-Jacques pour faire survivre cette filière, lui qui passe tous les jours voir ses 14 moutons et ses 4 chèvres sur les pentes en contrebas du lycée. « C’est un terrain communal où je fais de l’éco-pâturage. Cela décharge un peu les équipes de la ville qui ont suffisamment à faire. Les moutons mettent aussi de la bonne humeur et les enfants adorent. » Et au final, avril étant passé, tout le monde est tout heureux de se découvrir d’un fil…






























