Fini l’éphémère, la Capitale culturelle se veut durable Vingt-cinq ans plus tard : ne pas refaire Expo.02 !

Par Patrick Fischer

En 25 ans, le monde a radicalement changé et les grands rendez-vous culturels du pays en sont les témoins. En 2002, Expo.02 se voulait éphémère et provisoire. En 2027, Capitale culturelle ne jure que par la durabilité. Pour une manifestation qui vise le million de visiteurs sur 12 mois, son impact environnemental et l’adaptation aux températures caniculaires sont devenus prioritaires. Chemise verte de circonstance, le directeur général de lcdf27 Olivier Schinz dévoile son programme écologique pour les lecteurs du Ô.

Olivier Schinz, quelle place occupe la réflexion climatique quand on organise une manifestation de cette importance ?
La manifestation est pensée de manière durable depuis le début par l’association Capitale culturelle, avant même la désignation de La Chaux-de-Fonds comme ville organisatrice.

Vous avez la volonté de ne pas refaire Expo.02, cette grand-messe éphémère ?
Le projet que nous défendons, avec sa réflexion sur la durabilité, vient en opposition complète avec cette idée de construire puis de démonter. Il y a une volonté de s’inscrire dans quelque chose qui existe. On ne crée pas d’éléphant blanc.

Comme ethnologue, quel regard portez-vous sur ce culte du provisoire ? Une époque où on pouvait gaspiller sans se soucier de l’environnement ?
Pour être tout à fait franc et d’un point de vue conceptuel, ce côté éphémère était merveilleux. Expo.02, en raison sans doute de l’absence de trace matérielle, a laissé des traces mémorielles qui dépassent peut-être le destin d’éléments qui auraient pu mal vieillir. C’est une idée qu’on ne peut plus défendre aujourd’hui. Ça marque un tournant, on le voit avec la difficulté des nouveaux projets d’expo nationale à s’imposer.

Y a-t-il pour lcdf27 une volonté d’exemplarité sur la question climatique ?
Oui. Comme édition pilote, on doit jouer un rôle exemplaire dans tous les domaines. On est attendus au contour. Plus que la seule question climatique, la réflexion sur la durabilité est au cœur de La Chaux-de-Fonds Capitale culturelle.

Avez-vous un cahier des charges ?
Il n’y a pas de document précis, on le construit aujourd’hui. Chaque secteur, artistique, technique, communication, etc. doit faire attention et justifier ses pratiques par rapport à la durabilité. Et ces pratiques sont appelées à devenir le cahier des charges pour les éditions à venir.

Elles feront jurisprudence en quelque sorte ?
Exactement.

Est-ce que la durabilité est un critère de sélection des projets retenus ?
Oui, c’était indiqué de manière explicite dans les appels aux projets. Mais on n’a pas eu à se battre là-dessus car les artistes intègrent aujourd’hui très largement cette composante. Pour les arts vivants, on a fait attention à ne pas faire venir des compagnies depuis l’autre bout du monde. Dans le domaine des arts visuels, on est plus sur une problématique liée aux matériaux utilisés.

Un bilan carbone sera-t-il tiré fin 2027 ?
On est justement en train d’établir les indicateurs, dans tous les domaines, pour faire le reporting de cette manifestation.

Quelles mesures sont prévues pour limiter l’impact environnemental ?
Si on prend l’exemple de la scénographie, on va utiliser un maximum d’éléments réutilisables. Notre réflexion est de savoir ce que ça deviendra en 2028. On cherche des solutions pour revendre ce qu’on achète. La ville de La Chaux-de-Fonds se porte parfois acquéreuse, sinon il y a aussi des associations qui se montrent intéressées. On fait de la location là où on ne trouve pas de repreneur.

La ville récupérera des anciens abattoirs complètement rénovés ?
C’est un lieu qui va être complètement transformé. La volonté de réhabiliter ce quartier existait avant Capitale culturelle. Les trains s’arrêtent désormais toutes les 30 minutes à la nouvelle gare des Forges. Ce n’était pas prévu pour notre manifestation mais c’est évidemment un atout énorme. Il y a une cohérence qui s’inscrit dans un mouvement plus large que 2027.

Y aura-t-il une meilleure offre en transports publics ?
Les études qu’on a réalisées au niveau de la mobilité montrent que les transports publics existants sont suffisants, avec des renforts à mettre en place à certains moments. On est en discussion avec les CFF pour des navettes spéciales ou des cadences renforcées. Au niveau de la mobilité, notre effort sera d’encourager les visiteurs à venir en transports publics mais aussi de transformer la manière dont on se déplace en ville, car pour beaucoup de Chaux-de-Fonniers, les Anciens Abattoirs sont encore perçus comme étant au bout du monde.

Est-ce que la canicule 2026 va changer vos plans pour 2027 ?
Ça change peu nos plans car on est dans quelque chose de prévisible, qui impacte les manifestations en plein air depuis plusieurs années déjà. La question climatique ne se limite pas à la canicule, on doit considérer la multiplication des événements extrêmes qui posent une question de sécurité.

Comme la tempête qui a balayé Festi’Neuch en 2025 ?
Exactement. Nous avons nommé un responsable sécurité et mandaté une entreprise spécialisée, qui a travaillé pour Festi’Neuch et Paléo, afin d’avoir les prévisions météo les plus fiables. Nous avons des plans d’urgence pour chaque situation.

Le climat est-il un thème qui va figurer dans la programmation ?
Notre programme est composé de 12 thématiques, une par mois, et l’une d’entre elles s’intitule : « Quand la nature infiltre la ville ». On y évoquera le climat et la durabilité. La plasticienne Claudia Comte présentera une grande exposition consacrée à la tempête de l’été 2023. Nous aurons un festival Do it Yourself qui reviendra sur la notion de recyclage.

Est-ce que l’art peut changer nos comportements climatiques ?
Évidemment oui… et évidemment non ! Bien sûr que l’art peut faire réfléchir et changer nos comportements, même si je pense que son impact est minime par rapport à d’autres leviers. Mais oui, il faut que la culture défende une certaine vision, qu’elle soit exemplaire au niveau des pratiques liées à la durabilité.

C’est le message de lcdf27 ?
Ce qu’on veut montrer c’est que Capitale culturelle n’est pas un feu d’artifice puis… fini terminé ! Notre ambition n’est pas seulement de passer un bon moment en 2027 mais de lancer une dynamique, de transformer un lieu, son image et ses pratiques culturelles pour qu’il soit plus vivant et plus durable.

Mais la culture est aussi une activité polluante. Les grandes expos, les concerts déplacent des foules, le streaming est énergivore…
Oui, il y a des pratiques paradoxales et contradictoires. Si on veut être puriste tout n’est pas exemplaire, c’est sûr. Mais il y a quand même une dynamique qui va dans la bonne direction.

Olivier Schinz est le directeur de lcdf27 depuis 2024. Né à Colombier, il a beaucoup voyagé en Afrique de l’Ouest, en Mauritanie et au Moyen-Orient pour ses recherches en anthropologie. De retour dans le canton, il a été conservateur adjoint du musée d’ethnographie de Neuchâtel.

Le réchauffement climatique vous inquiète ?
À titre personnel, je suis très militant. Bien sûr que ça m’inquiète, mais avec le sentiment que ça m’échappe tellement que ça ne provoque pas d’anxiété. Toutefois, si je pense à mes filles, je me demande quel monde on va leur transmettre.

Militant, ça se manifeste comment ?
Le refus de prendre l’avion depuis 15 ans déjà…

Faut dire que vous avez bien voyagé avant !
C’est vrai, le bilan carbone de ma vie n’est pas très bon. Sinon je n’ai pas de voiture, je me déplace en transports publics.

On sous-estime le problème ?
Oui, j’ai le sentiment qu’on est peu enclins à faire l’effort de changer certaines pratiques. Il y a beaucoup d’inertie et l’illusion qu’on peut améliorer les choses sans avoir à faire de choix importants. Et il y a cette idée qu’on ne peut pas faire grand-chose à notre niveau individuel. C’est peut-être vrai mais je crois beaucoup à l’exemple, il est important de montrer une préoccupation collective.

Votre geste quotidien pour la planète ?
Mon vélo (…Rires) ! Plusieurs vélos même.

Vos vacances ?
C’est train vélo ! On reste en Europe, et on vise le Nord pour s’adapter au changement climatique. Cet été c’était le Danemark.

L’urbanisme chaux-de-fonnier,
du patrimoine de l’UNESCO à Capitale
culturelle. (octo © Ville de La Chaux-de-
Fonds)
L’urbanisme chaux-de-fonnier, du patrimoine de l’UNESCO à Capitale culturelle. (octo © Ville de La Chaux-de- Fonds)

Olivier Schinz est le directeur de lcdf27 depuis 2024. Né à Colombier, il a beaucoup voyagé en Afrique de l’Ouest, en Mauritanie et au Moyen-Orient pour ses recherches en anthropologie. De retour dans le canton, il a été conservateur adjoint du musée d’ethnographie de Neuchâtel.

Le réchauffement climatique vous inquiète ?
À titre personnel, je suis très militant. Bien sûr que ça m’inquiète, mais avec le sentiment que ça m’échappe tellement que ça ne provoque pas d’anxiété. Toutefois, si je pense à mes filles, je me demande quel monde on va leur transmettre.

Militant, ça se manifeste comment ?
Le refus de prendre l’avion depuis 15 ans déjà…

Faut dire que vous avez bien voyagé avant !
C’est vrai, le bilan carbone de ma vie n’est pas très bon. Sinon je n’ai pas de voiture, je me déplace en transports publics.

On sous-estime le problème ?
Oui, j’ai le sentiment qu’on est peu enclins à faire l’effort de changer certaines pratiques. Il y a beaucoup d’inertie et l’illusion qu’on peut améliorer les choses sans avoir à faire de choix importants. Et il y a cette idée qu’on ne peut pas faire grand-chose à notre niveau individuel. C’est peut-être vrai mais je crois beaucoup à l’exemple, il est important de montrer une préoccupation collective.

Votre geste quotidien pour la planète ?
Mon vélo (…Rires) ! Plusieurs vélos même.

Vos vacances ?
C’est train vélo ! On reste en Europe, et on vise le Nord pour s’adapter au changement climatique. Cet été c’était le Danemark.

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