Le 12 août, des milliers de personnes ont levé les yeux vers le ciel pour assister à l’éclipse. Je n’avais pas les fameuses lunettes, alors je l’ai regardée depuis mon salon, à la télévision, avec ma famille. Et finalement, ce n’est pas seulement ce qui se passait là-haut qui m’a marquée, mais ce que cet événement provoquait ici, parmi nous.
Quelques semaines avant l’éclipse, j’avais vu les fameuses lunettes dans les magasins. J’avais hésité à en prendre, puis je m’étais dit que j’avais le temps. Évidemment, le jour venu, impossible d’en trouver. Pas question de regarder le soleil sans protection : j’ai donc vécu l’événement depuis mon salon. Au début, j’étais un peu déçue par les images télé. J’aurais aimé être dehors, voir la lumière changer, sentir ce qui se passait autour de moi. Puis les images ont commencé à défiler : des places remplies, des familles installées dehors, des enfants le nez en l’air, des inconnus côte à côte.
Ce soir-là, tout était différent
Certains avaient fait des kilomètres, d’autres étaient simplement descendus de chez eux. Et partout, le même geste : lever les yeux. C’est peut-être cela qui m’a le plus marquée. Pas seulement ce qui se passait dans le ciel, mais ce qui se passait en bas. Nous n’avons probablement jamais eu autant de moyens d’être connectés et, pourtant, nous ne regardons presque plus les mêmes choses. Dans une même pièce, chacun peut être absorbé par son écran, son fil d’actualité, ses vidéos ou ses préoccupations. Ce soir-là, c’était différent.
Conscience de vivre la naissance d’un souvenir commun
Pendant quelques minutes, des milliers de personnes qui ne se connaissaient pas, qui n’avaient ni le même âge, ni la même histoire, ni forcément les mêmes opinions, attendaient exactement la même chose. Il n’y avait rien à réussir, rien à défendre, rien à expliquer. Juste quelque chose à regarder ensemble. Assise dans mon salon, j’ai eu cette drôle de sensation : j’étais en train de vivre un moment que je ne vivrais plus.
Bien sûr, il y aura d’autres éclipses. Mais pas celle-là. Pas à cet âge-là. Pas avec exactement ces personnes autour de moi. Et, chose assez rare, j’en avais conscience pendant que je le vivais. La plupart du temps, on ne sait pas qu’un repas, une soirée, une conversation ou un trajet tout simple finira un jour par nous manquer. On le découvre après.
Une même direction l’espace d’un instant
Là, pour une fois, le caractère exceptionnel du moment était annoncé à l’avance. Nous savions qu’il fallait être là, maintenant. Peut-être est-ce aussi pour cela que les éclipses, les grands événements sportifs, certains concerts ou certaines fêtes populaires nous touchent autant. Ils créent, pendant un instant, un « nous ». Une émotion commune dans un quotidien où nous vivons de plus en plus souvent chacun dans notre propre monde.
Finalement, je n’avais pas les lunettes. Je n’ai pas vécu cette éclipse comme je l’avais imaginé. Mais je ne crois pas l’avoir ratée. Dans quelques années, je ne me souviendrai peut-être plus très bien des images vues à la télévision. En revanche, je crois que je me souviendrai de cette sensation étrange et précieuse : savoir que, pendant quelques minutes, nous étions très nombreux à regarder dans la même direction.


























