Du palais au polar, Nicolas Feuz dévoile ses nuances de noir

Par Lieven Humbert

Il vient de quitter le ministère public pour se consacrer pleinement à l’écriture : l’ancien procureur du canton de Neuchâtel Nicolas Feuz est désormais écrivain à plein temps et… conférencier. En effet, le mardi 22 septembre au Club 44 (20 h 15), il racontera son parcours et reviendra sur les différents rôles qu’il a tenus au cours de sa vie. Rencontre !

Évidemment, nous commençons par le questionner sur l’interaction entre son ancien métier et celui d’écrivain : « Mon rôle de procureur a été à 80 % de l’enquête et à 20 % de la défense, ce n’est pas que du bureau ! On assume aussi les services de permanence, on est même parfois sur le terrain à 3 h. » Cette activité chronophage allait de pair avec une charge psychique intense : « On vit constamment dans la noirceur humaine sous tous ses angles comme les scènes sanglantes, les violences domestiques et sexuelles ou la pédocriminalité. Forcément, ça pèse !

La vie de procureur : c’était pas facile tous les jours
Le challenge consistait alors à trouver un équilibre avec sa vie privée pour prendre du recul et ne pas perdre pied. « Un procureur général m’a dit « Souviens-toi d’une chose, ce ne sont pas tes dossiers, ce sont ceux du ministère public. Ne prends rien à cœur. » Il avait raison. Ce recul m’a permis de toujours penser à écouter les 2 sons de cloches et ne pas se focaliser sur un seul. » Cela l’a ainsi préservé de longues années, contrairement à d’autres. « On n’est pas tous fait pareil, j’ai vu des procureurs ne pas tenir très longtemps. » Au final, ce vécu l’aide énormément aujourd’hui lorsqu’il prend la plume pour donner vie à l’un de ses polars, toujours très « noirs ».

Entrer dans la tête d’un criminel
« Je suis un fan de polars depuis l’âge de mes 15 ans. J’ai aussi eu des phases d’ »espionnage » avec Ken Follett, Tom Clancy et d’autres. » À son tour désormais d’attirer l’intérêt des lecteurs. « Les polars intéressent les gens avec une fascination positive mais aussi négative. La première est celle qui entoure les métiers couverts par le secret. » Ils ont l’impression qu’on leur ouvre une porte vers un monde très peu connu. « Ces dernières années, la police scientifique a permis de relancer de vieilles affaires et cela constitue un motif de fascination supplémentaire. » Côté verso, il y a également un intérêt plus sombre : « L’envie d’entrer dans la tête d’un criminel pour comprendre pourquoi il agit ainsi, notamment ce qu’il y a de pire, des féminicides aux viols. Comment peut-on s’en prendre à des enfants ? »

Pas d’alcool, pas de sexe et pas de clope
Nicolas Feuz écrit d’ailleurs aussi pour les enfants depuis une dizaine d’années avec l’éditeur spécialisé Auzou. Il nous explique la différence avec ses polars habituels : « Quand on nous a approchés avec Marc Voltenauer, on a d’abord refusé. On ne se voyait pas adapter notre écriture pour les 10 à 12 ans. Quel serait le niveau d’enquête et le degré de noirceur – ou plutôt de grisaille (rires) qu’on pourrait conserver ? Je m’attendais au « pas d’alcool, pas de sexe » mais le « pas de clope » était plus surprenant. On m’a refusé une scène où les grands du collège de La Fontelle (Cernier) allait se cacher pendant la récré pour fumer, alors que c’était des faits réels en plus. » C’est bien connu Laurent, la réalité dépasse parfois la fiction. Ce n’est assurément pas à l’ancien procureur, devenu roi du polar, qu’on l’apprendra…

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