Qui veut gagner 150 000 francs ? Le prix BCN de l’innovation est l’un des mieux dotés, c’est certain. Le lauréat de l’édition 2026 sera connu le 1er octobre. D’ici là, votre journal a repris contact avec le gagnant de l’année dernière, la start-up Symactiv, qui a développé des granulés pour revitaliser
les sols, véritable coup de cœur du jury. Depuis, un succès « inespéré » est au rendez-vous.
Son cofondateur et CEO Louis Becker a répondu aux questions du Ô.
Pour quelle raison vous êtes-vous préoccupé de la santé de nos sols ?
J’avais un petit jardin. Mon objectif était de produire le plus possible sur 1 m2 sans utiliser d’engrais et en améliorant la qualité du sol.
Et d’où est venue cette idée ?
Elle vient d’une vision que je partageais avec mon associé Philippe Schläpfer : aider l’agriculture à devenir à la fois rentable et durable. Je ne critique pas les agriculteurs qui ont utilisé engrais et pesticides car cela a permis de nourrir la population, mais la conséquence c’est une dégradation des sols qui sont devenus des déserts.
Chez nous aussi ?
Dans le Seeland il y a des endroits où on a perdu 50 cm de terre. Quand vous labourez, vous tuez la microbiologie qui tient la structure des sols, dès lors plus exposés à l’érosion. Les engrais, pesticides et fongicides tuent ce qui reste. C’est un problème qu’on ne rencontre pas seulement en Afrique mais aussi dans les pays riches car ces phytos sont des produits chers.
Quelle est la recette miracle de vos granulés ?
Nos pellets sont des biostimulants 100% suisses. Ils sont constitués de mycélium, des déchets de champignons recyclés, de biochar, un charbon de bois, de roche volcanique et de sciure de bois. Tout est produit dans notre pays.
Comment votre innovation est-elle accueillie chez les paysans ?
Assez bien. Nous avons pas mal de clients qui sont des agriculteurs conventionnels. Ils se sont rendu compte par eux-mêmes que s’ils veulent maintenir les rendements ils devront investir toujours plus dans les intrants.
C’est un cercle vicieux ?
Clairement oui. Le but de notre innovation est de briser ce cercle vicieux, de passer d’une agriculture traditionnelle à une agriculture de régénération sur des sols qu’on pourra toujours cultiver dans 20 ou 30 ans. Aujourd’hui, avec les sécheresses, plus la terre est pauvre plus il y aura de fortes baisses de rendement.
Quel est votre marché ?
Ce sont surtout les maraîchers, producteurs de légumes, paysagistes. Nous avons aussi des vignerons pour des tests qui vont durer 3 ou 4 ans. Les biostimulants permettent de prolonger de quelques jours la durée de conservation des abricots, ce qui peut intéresser les grands distributeurs. Nous avons beaucoup de demandes de la part de communes qui veulent lutter contre la sécheresse car nos pellets favorisent la rétention d’eau, on peut réduire l’arrosage de 15 à 20 % la première année. Par ailleurs, nous organisons des formations auprès des professionnels pour répondre aux nombreuses questions sur la régénération des sols.
Qu’est-ce que le prix BCN, doté de 150 000 francs, a changé pour vous ?
Avant, on produisait de petites quantités à la main avec une petite machine. Le prix nous a permis de nous équiper pour passer du stade artisanal à une échelle semi-industrielle. En 3 mois, nous avons produit 20 tonnes de granulés. Nous avons même dû stopper provisoirement les ventes car le rythme de production ne suivait pas. Pour la suite, nous avons un partenariat avec le séchoir d’Orbe, qui permettra de passer à de très gros volumes.
Et en termes de visibilité ?
C’était énorme. Et on a aussi gagné beaucoup de crédibilité.
Neuchâtel est une terre d’innovation high-tech, vous revendiquez une sorte d’innovation low-tech ?
Je dirais plutôt une innovation biotech. Contrairement à de nombreuses start-up qui passent beaucoup de temps à développer un produit et à lever des fonds, nous avons avancé dès le premier jour main dans la main avec nos clients.
Quelque chose à ajouter ?
Oui, la question de la souveraineté ! C’est un combat qui me motive : ne pas être dépendant de l’étranger. Avec le blocage du détroit d’Ormuz, on a vu à quel point notre agriculture est dépendante du pétrole pour ses intrants.
Comment vous est venue l’idée de produire du cuir de champignon ?
Loris Narduzzi : Nous avons une tradition familiale qui nous a été transmise par nos grands-parents, c’est la cueillette des champignons. Je cherchais une nouvelle matière dans le cadre de mon master à la HEAD et j’ai contacté mon cousin Grégory pour avoir son avis.
Grégory Friche : J’étais encore en études, en biotechnologie et microbiologie, j’avais un accès au laboratoire, équipé pour développer ce nouveau produit.
C’est un projet végan ?
LN : On a surtout vu le potentiel au niveau de la durabilité.
GF : L’avantage c’est qu’il ne faut pas beaucoup de matière. Le plus important ce sont les conditions de la croissance du mycélium dans un milieu microbiologique. Il suffit d’une bactérie parasite et ça ne pousse pas.
Du coup, les champignons vous ne les mangez pas ?
En fait, nous ne faisons pas pousser des champignons. On se concentre sur le mycélium, c’est la structure racinaire du champignon.
Quelle est la caractéristique du cuir de mycélium ?
LN : Il est imperméable et intéressant au niveau de sa résistance. Il n’est pas nocif.
Et sa solidité ?
GF : C’est ce qu’on va tester. Le but est qu’il soit aussi résistant que le cuir animal.
Actuellement, on travaille à la maison sur des prototypes. Nous sommes à la recherche d’un partenariat pour accéder à un laboratoire.
Comme la légende de Steve Jobs qui aurait commencé dans son garage ?
LN : Exact, sauf qu’on est au sous-sol et sans lumière, ce qui est mieux pour les champignons.
Quel effet a eu le prix Boost, il vous a boosté ?
Ça nous a bien motivés. On a eu beaucoup de retours de personnes qui ne connaissaient pas le projet et qui l’ont trouvé très innovant.
Qu’avez-vous fait avec les 10 000 francs du prix ?
On ne les a pas encore dépensés ! On les garde de côté pour acheter de la matière première, louer des locaux ou trouver un collaborateur scientifique.
Votre principal défi ?
GF : Ça va être la pré-industrialisation, les tests de résistance et de durabilité. Il faut qu’on obtienne une qualité identique pour chaque bracelet.
D’autres applications sont-elles possibles, des tissus, des vêtements ?
LN : C’est envisageable si on parvient à réaliser de grandes surfaces. Pour le moment c’est encore un marché de niche.































